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« Il faut une relance de l’investissement industriel par une fiscalité attractive »

1 mai 2017 | PAR Thierry Chateau | N°319
« L’adaptation aux changements est difficile par manque de ressources (l’industrie a perdu son attractivité fiscale), de visibilité et parce que le système est plus favorable aux commerçants qu’aux producteurs. » DR
Christopher Hart de Keating (*), nouveau président de l’AMM (Association of Mauritian Manufacturers) prône une politique ambitieuse pour l’industrie locale afin qu’elle puisse reconquérir son marché tout en visant l’export.

L’Eco austral : Comment évaluez-vous la situation de l’industrie locale, avec les difficultés des fabricants à se faire une place et la concurrence des produits importés ? 
Christopher Hart de Keating
: La situation de l’industrie locale est globalement caractérisée par un affaiblissement continu depuis la suppression, voici dix ans, de 95% des barrières douanières. Elle est donc en reconquête de son marché domestique alors que nous avons atteint un pic dans la consommation intérieure avec une population qui ne progresse plus. Nous devons donc redéfinir des stratégies d’ouverture au-delà du marché domestique. 

Plusieurs industries y sont déjà parvenues. Est-ce l’avant-garde d’un mouvement plus important à venir ?
Il est vrai que quelques pionniers, aux marques bien ancrées, résistent, prennent des risques, innovent et investissent pour devenir des acteurs régionaux. Ces entreprises seront des locomotives qui pourront demain entraîner d’autres entreprises dans leur sillage si nous avons l’intelligence de faire jouer les « Business Linkages » et les échanges de bonnes pratiques entre industriels de secteurs différents. C’est un chemin ardu et difficile même pour les grandes entreprises mauriciennes qui restent des PME au niveau international. Ça l’est encore plus pour une entreprise qui n’appartient pas à un groupe, ce qui est le cas de la majorité de nos « Domestic Oriented Enterprises » (DOE).

Quels sont les obstacles auxquels elles se heurtent ?
Il y a bien sûr la différence de taille entre nos industries et celles de pays aux marchés bien plus grands leur permettant des économies d’échelle. Il faut y ajouter l’absence de matières premières sur notre territoire, ce qui maintient la valeur ajoutée de nombre de nos produits finis en deçà des minima régionaux pour l’exportation (SADC, COMESA) et génère des surcoût dans la chaîne logistique. Ces déséquilibres étaient compensés par des barrières douanières. Mais depuis leur retrait et l’absence de soutien à la production locale, les pertes de parts de marché se sont accentuées. Les flux à l’export des DOE depuis dix ans sur le marché régional n’ont pas progressé, sauf exception. D’abord parce que les pays voisins s’industrialisent et que ce sont des conglomérats internationaux qui s’y installent, mais aussi pour de multiples causes liées au contexte de chaque pays (dévaluation de la monnaie, instabilité, barrières non tarifaires, etc.).
L’adaptation à tous ces changements est difficile par manque de ressources (l’industrie a perdu son attractivité fiscale), de visibilité et parce que le système est plus favorable aux commerçants qu’aux producteurs. Pour réindustrialiser le pays, il faut une relance de l’investissement industriel par une fiscalité attractive avec un plan sur dix ans. L’AMM s’est positionnée pour accompagner cette transformation.

Quelles sont vos priorités en tant que président de l’AMM ?
En 2017, c’est une nouvelle AMM qui se structure : promouvoir l’industrie toujours, accompagner sa transformation aussi. Afin d’y parvenir, l’association s’organise en Act Tank : un lieu d’échange sur les meilleures pratiques et d’expérimentation de solutions collectives. Ce travail se fera en collaboration avec la MCCI, Business Mauritius et la Mexa. Notre Act Tank agira sur six axes : proposer une stratégie industrielle « coup de fouet » sur dix ans, innover avec la transition écologique et numérique, former pour une plus forte valeur ajoutée et recruter des jeunes dans l’industrie, internationaliser nos entreprises, intensifier le networking et le partage d’expérience entre membres, sans oublier notre action phare qui est le label Made in Moris. Pour résumer, les priorités sont d’accompagner la transformation des industries mauriciennes et de faire acheter les produits Made in Moris.

Comment voyez-vous l’avenir de l’industrie locale et quelles sont les opportunités à saisir ?
L’avenir de l’industrie locale passe par l’amélioration de ses procédés et de ses produits pour avoir toujours plus de proximité avec les consommateurs mauriciens. Avec les tendances qui influencent l’industrie au niveau mondial, le développement de services autour du produit est à la fois le gage d’une performance accrue et la garantie d’accès à de nouveaux marchés. Pour notre industrie locale qui est limitée par la taille de son marché, dépendante des matières premières étrangères et fortement concurrencée par des produits importés, c’est un train qui passe et qu’il faut prendre en marche ! L’AMM a organisé son offre d’accompagnement en ce sens avec détermination et en s’entourant des meilleurs partenaires et expertises. Pour réussir cette transformation, il faudra aussi des mesures de soutien du gouvernement qui permettront une relance du marché domestique.

Qu’est-ce que vous proposez exactement au gouvernement ?
Un pacte public-privé sur l’achat local : un « Sustainable Public and Private Procurement ». Il s’agit d’orienter vers les entreprises mauriciennes une part des achats publics sur les fournitures et grands projets d’infrastructures dont le pourcentage variera en fonction du coût global. Pour le secteur privé, cela doit aussi passer par une incitation fiscale en direction des grands donneurs d’ordre avec des critères spécifiques : traçabilité, fraîcheur, impact social, empreinte carbone, service clientèle, etc. 

(*) Christopher Hart de Keating a été élu président, le 31 mars dernier, lors de l’assemblée générale de l’association. Il est directeur général des Gaz Industriels Ltd, une entreprise créée en 1952, qui produit et distribue des gaz industriels, des gaz médicaux utilisés dans les hôpitaux et les cliniques, ainsi du matériel et des consommables pour la soudure.

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