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Impôt sur la fortune : 1 330 réunionnais l’ont payé en 2017

1 juil 2018 | PAR Ignace de Witte | N°331
La convention fiscale signée entre la France et Maurice permet à un Français de Métropole ou de La Réunion d’acheter un bien immobilier à Maurice sans ne qu’il ne soit pris en compte dans le calcul de sa fortune. Notre photo : villa de luxe Anahita Macbeth. DR
Chaque année, la Direction générale des impôts réalise une étude statistique ville par ville sur l’ISF (Impôt de solidarité sur la fortune), devenu en 2018 l’Impôt sur la fortune immobilière (IFI). En dix ans, le nombre de contribuables réunionnais concernés a progressé de 16,6 %, et bien davantage encore leur patrimoine.

Plus de 16,6 % d’assujettis à l’ISF sur dix ans, c’est plutôt bon compte-tenu de la crise économique qui est passée par là. Mais la grosse surprise ne vient pas de leur nombre mais plutôt de leur patrimoine moyen qui a augmenté de 57,7 % en une décennie. Ces deux éléments combinés (nombre de contribuables assujettis et patrimoine moyen) font que la fortune de toutes ces personnes aisées réunies a augmenté de + 84 % en dix ans, pour atteindre 3,2 milliards d’euros, ce qui explique sans doute pourquoi le marché du luxe à La Réunion se porte si bien.
Le « ticket d’entrée » pour payer l’ISF est de 1,3 million d’euros de patrimoine. L’étude de la Direction générale des impôts (DGFIP) est nationale mais pas exhaustive. Elle écarte en effet les villes de moins de 20 000 habitants et les villes ayant moins de 50 redevables à l’ISF. Selon l’Institut national des statistiques (Insee), 12 communes de La Réunion sur 24 ont moins de 20 000 habitants et échappent ipso facto au champ de l’étude. Sur les 12 communes restantes, certaines ont moins de 50 contribuables redevables de l’ISF et sortent également du champ de l’étude.

Redevables à l’ISF

Pour 2017, il reste au final sept communes sur 24 sur lesquelles portent l’étude : Saint-Denis, Saint-Pierre, Saint-Paul, Le Tampon, La Possession, Sainte-Marie et Saint-André. On retrouve exactement les mêmes villes dans le classement établi dix ans plus tôt, en 2007, et des comparaisons sont donc possibles.
Au total, le patrimoine des redevables à l’ISF comptabilisés en 2017 s’élève à 3,243 milliards, contre 1,762 milliard en 2007, soit une augmentation de + 84 % en 10 ans.
Il est relativement facile d’obtenir, par extrapolation, une indication du nombre réel de contribuables soumis à l’ISF à La Réunion. Les sept communes qui entrent dans le champ de l’étude de la Direction générale des impôts totalisent en effet, selon l’Insee, une population de 534 926 habitants au 1er janvier 2017 et comptent 1 330 contribuables soumis à l’ISF, soit 0,25 % de la population locale, un Réunionnais sur 400. Ramené à la population totale de l’île (851 000 habitants), selon une règle de trois, cela fait 2 116 Réunionnais dont le patrimoine serait supérieur à 1,3 million d’euros et qui seraient soumis à l’ISF à La Réunion. Et le total de leur patrimoine s’élèverait à plus de 5 milliards d’euros.




(source Direction générale des impôts).

Que les gros salaires lèvent la main

Une autre façon d’estimer le nombre de personnes fortunées est de regarder les revenus. L’écart entre les « pauvres » et les « riches » se mesure de plusieurs façons. L’Insee parle par exemple de « rapport interdécile », autrement appelé D9/D1: c’est le rapport entre le revenu « plancher » des 10 % les plus aisées (D9) et le revenu « plafond » des 10 % les plus modestes (D1). Au niveau national, hors transferts sociaux, ce rapport est de 6,9. 
Concrètement, les 10 % de la population les plus pauvres (D1) gagnent moins de 10 790 euros par an, alors que les 10 % les plus riches gagnent plus de 74 430 euros. Les diverses prestations sociales, dont bénéficient les ménages les plus modestes, et les différents prélèvements, auxquels sont soumis les plus aisés, permettent de réduire cet écart de 6,9 à 4,7. Concrètement, en tenant compte des prestations/prélèvements sociaux, les 10 % les plus modestes gagnent au maximum 13 580 euros et les 10 % les plus riches au minimum 63 260 euros (par personne et par an).
L’Insee fait des statistiques plus fines, en découpant la population en tranches non pas de 10 % mais de 1 % : à partir de 77 960 euros de revenus annuels, vous faites partie des 1 % les plus riches de France. On peut aller encore plus loin : au-delà de 168 800 euros de revenus, vous faites partie des 0,1 % les plus riches et, au-delà de 396 560 euros de revenus, des 0,01 % encore plus riches (toujours par personne et par an).

Trois familles au palmarès

On ne dispose hélas pas de chiffres aussi fins pour La Réunion, du moins pas de chiffres récents, mais ce qu’on sait, c’est que les inégalités de revenus sont un peu plus importantes ici : selon l’Insee, le rapport interdécile est de 4,8 après transferts sociaux, contre 4,7 en Métropole. On sait également que les Réunionnais les plus riches ne le sont pas tant que ça si l’on compare avec les fortunes de Métropole.
C’est confirmé par le magazine Challenges, qui établit chaque année le classement des 500 plus grosses fortunes de France. Attention : contrairement à l’étude de la Direction générale des impôts sur l’ISF, le classement de Challenges prend en compte les actifs professionnels. Seulement trois familles réunionnaises figurent dans ce palmarès en 2017 : Armand Apavou à la 169e place, avec une fortune estimée à 500 millions d’euros, Jacques de Chateauvieux à la 203e place (415 millions d’euros) et la famille Ravate (les 12 enfants d’Issop) à la 443e place (150 millions d’euros).
Deux familles antillaises ayant des intérêts à La Réunion sont également dans ce Top 500 : la famille Hayot, à la 235e place (350 millions d’euros) et la famille Ho Hio Hen, à la 365e place (200 millions d’euros). Le classement du magazine Challenges confirme par ailleurs que les riches sont de plus en plus riches : pour être parmi les 500 plus grosses fortunes de France, le « ticket d’entrée » était de 82 millions d’euros en 2015, contre 100 millions d’euros en 2016 et 120 millions d’euros en 2017.  

La sur-rémunération fait du bien 

Dernier élément de l’équation : une grande partie des 85 000 fonctionnaires en poste à La Réunion bénéficie d’une « sur-rémunération ». Les dépenses de personnel de l’État sont 50 % plus élevées par habitant ultramarin que pour un habitant de métropole. Concrètement, un professeur d’université au salaire de 4 000 euros par mois en Métropole gagne à La Réunion, à travail égal, 6 000 euros. 
On notera que de nombreuses entreprise privées doivent offrir des conditions de rémunération identiques pour espérer attirer les meilleurs éléments et que la sur-rémunération se propage donc du secteur public au secteur privé. Selon un rapport de l’Iedom (Institut d’émission des départements d’outre-mer) publié en juin 2017, le salaire moyen d’un cadre est ainsi de 45 500 euros annuels à La Réunion, contre 40 500 euros en Métropole.
La sur-rémunération est un des facteurs qui expliquent que le marché du luxe est florissant à La Réunion, par le pouvoir d’achat supplémentaire que cela procure à cette catégorie de la population. Le marché du luxe s’ouvre également aux classes moyennes. Selon le rapport annuel de l’Iedom, « en 2016, la masse salariale dans le secteur privé poursuit sa progression sur un rythme soutenu à +4,1 %, après +3,6 % en 2015 », dans un contexte d’inflation très faible.

L’ISF est mort, vive l’IFI !
L’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF) a été créé en 1981 par le socialiste Michel Rocard (qui a aussi créé le RMI, Revenu minimum d’insertion). Certains contribuables partent se domicilier fiscalement à l’étranger pour y échapper : ISF = Incitation à sortir de France !Notre confrère Les Échos n’avait d’ailleurs pas hésité à titrer : « L’impôt sur la fortune motive une délocalisation fiscale par jour. » L’ISF a été remplacé le 1er janvier 2018 par l’IFI (Impôt sur la fortune immobilière) par Emmanuel Macron, conformément à l’une de ses promesses de campagne.
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