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Je commence à aimer les anglais

1 juil 2016 | PAR Alain Foulon | N°310


On a beaucoup écrit sur le référendum britannique du 23 juin qui a ouvert la porte au « British Exit » (Brexit). Pour la plupart des médias grand public, le ton était dramatique. Des éditorialistes larmoyants en parlaient comme d’une catastrophe nucléaire.
Certains commentateurs remettaient en cause la légitimité démocratique d’un référendum. D’autres se proposaient de conditionner le droit de vote des citoyens à l’obtention d’un diplôme. Ils n’osaient pas parler de « camp de rééducation » pour les 51,9% d’électeurs britanniques qui avaient « mal voté », mais ils semblaient le penser très fort. Les démocrates sont ainsi, ils aiment la démocratie quand elle va dans leur sens, mais la rejettent quand elle s’oppose à leur pensée unique. Ils ont d’ailleurs très bien accepté la fraude, aujourd’hui manifeste, en Autriche, parce qu’elle permettait de battre un affreux candidat étiqueté comme « néo-nazi ». 

LES PEUPLES AVAIENT DÉJÀ DIVORCÉ

Tout cela nous ramène au choix des Anglais et l’on pourrait citer Churchill au passage qui disait que « la démocratie est le pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres ». En ce qui me concerne, je commence à les aimer, ces Anglais. En tant que français, ce n’était pas forcément dans ma nature. Lorsque j’en croisais, je prenais un malin plaisir à évoquer mes ancêtres les Normands qui avaient envahi leur pays. L’Histoire regorge de coups tordus entre les deux pays et De Gaulle ne voulait pas des Anglais dans l’Europe. Un France-Angleterre de rugby prend toujours des allures de bataille homérique. Mais là, vraiment, je commence à aimer les Anglais qui nous donnent une leçon de démocratie et crèvent un abcès qui commençait à nous pourrir la vie. Depuis 2005 et le rejet du projet de Constitution européenne par les Français et les Hollandais, le divorce était consommé entre les peuples et les élites bruxelloise qui ne s’en souciaient guère dans leur folie des grandeurs et poursuivaient l’élargissement de ce qui ressemblait de plus en plus à une espèce d’« URSS molle », selon l’expression de l’économiste Charles Gave. J’en profite pour recommander la vidéo de l’ancien dissident soviétique Vladimir Boukovski (https://www.youtube.com/watch?v= KHOuc12J4W4) dans laquelle il argumente cette comparaison entre l’Union européenne et l’URSS. 

IL N’EXISTE PAS D’EUROPE POLITIQUE

Le drame de l’Europe est de n’avoir pas pu acquérir de réelle dimension politique. Première puissance économique mondiale sur le papier, elle ne pèse pas sur la scène politique internationale. Trop désunie et discordante, élargie trop vite, unie seulement, pour certains de ses membres, par une monnaie unique qui est un non-sens économique. Si de nombreux jeunes Européens sont encore prêts à mourir pour leur patrie, combien sont-ils prêts à mourir pour Bruxelles ? Très tatillonne sur le plan réglementaire, voulant régenter la vie quotidienne de ses citoyens et ses entreprises, l’Union européenne est impuissante politiquement, castrée volontairement. Inféodée aux Etats-Unis qui apprécient évidemment cette impuissance et ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour favoriser la rupture entre Bruxelles et Moscou. 

L’EUROPE DOIT S’ÉMANCIPER DES ÉTATS-UNIS

L’Europe n’est pas capable d’assurer sa défense et c’est la France, dont les forces armées sont amoindries, qui combat seule ou presque les mouvements islamistes en plusieurs points de l’Afrique. L’OTAN est dominée par les Américains qui financent cette organisation à 75%. Comme l’explique le général Vincent Desportes, ancien directeur de l’École de guerre et professeur de stratégie à Sciences Po, « ce n’est pas la France qui doit quitter l’OTAN, mais les États-Unis. L’OTAN doit progressivement se transformer en pilier européen autonome et indépendant des États-Unis, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. La prise de conscience doit être rapide : la défense de l’Europe devra être le fait exclusif des Européens. » (*) Nous en sommes très loin et l’on peut malheureusement craindre que la nomenklatura bruxelloise ne campe sur ses positions atlantistes tout en jetant un regard méprisant sur le peuple britannique qui vient de lui faire un bras d’honneur. Au final, la surdité et l’arrogance de cette nomenklatura la conduiront à sa perte. Et l’euro disparaîtra sans doute bien avant la livre sterling. 

(*) Entretien publié dans la revue « éléments » N°160, mai-juin 2016. 

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