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Jean-Claude Pitou booste la Sodiac

1 juin 2017 | PAR Alain Foulon | N°320
« C’est la diversité de ses métiers qui rend passionnante la SODIAC. » Guillaume Foulon
La Société dionysienne d’aménagement et de construction, qu’il dirige depuis près de trois ans, a vu son chiffre d’affaires grimper de près de 20% en 2016 et, surtout, son bénéfice pratiquement quadrupler, atteignant 1,6 million d’euros. Le fruit d’une révolution tranquille…


« Je ne suis pas un foudre de guerre qui réduit les charges à tout prix. » Jean-Claude Pitou n’est pas du genre « cost killer ». Cet ingénieur des arts et métiers, discret mais efficace, a plutôt voulu élaborer un vrai projet d’entreprise quand il a été nommé directeur général délégué de la SODIAC en 2014. Adopter un fonctionnement d’entreprise privée pour cette société d’économie mixte qui a pour principaux actionnaires la Ville de Saint-Denis (40%), la Cinor (Communauté intercommunale du nord – 30%) et la Caisse des Dépôts (20%), son Pdg étant Philippe Naillet.

UNE NOUVELLE ORGANISATION

Paradoxalement, Jean-Claude Pitou ne vient pas du privé. Il commence son parcours au Conseil général (collectivité départementale) où il s’occupe d’abord de la construction d’IUT, de collèges et de gares routières avant d’être directeur général adjoint chargé des investissements et du patrimoine. Ensuite, de 2012 à 2014, il est directeur adjoint du TCO (Territoire de la côte ouest), un établissement public de coopération intercommunale. Puis, c’est l’aventure de la SODIAC où il semble visiblement s’épanouir, pris au jeu du challenge. Quand il arrive, la trésorerie nette est négative et l’entreprise perd de l’argent. Aujourd’hui, cette trésorerie s’élève à 9,2 millions d’euros. Spécialisée dans le logement social, l’immobilier d’entreprise et l’aménagement urbain, la SODIAC a redressé ses comptes dès 2015 avec un chiffre d’affaires qui se contracte de 12%, mais un résultat net qui atteint 427 000 euros. Jean-Claude Pitou n’a donc pas joué sur le volume même si, désormais, le chiffre d’affaires se trouve sur une pente ascendante et que le nombre de salariés est passé de 80 à une centaine. Il met en place une nouvelle organisation et propose des valeurs en faisant appel à des cabinets comme Custom ou KPMG, leader de l’audit et du conseil, et à Michel Jouvert dont l’association regroupe des grands propriétaires publics et privés. « Ils nous ont accompagné pendant six à dix mois de façon importante, mais le changement s’est fait pas petites touches. » Ni « cost killer » ni partisan de la « marche forcée », Jean-Claude Pitou.

MIEUX RÉPONDRE AUX BESOINS DES « CONSOMMACTEURS »

Il y a cependant un projet, auquel les salariés adhèrent, et un Business Plan pour conduire la croissance. Le dirigeant se penche aussi sur le marketing numérique et le « Big Data », se faisant accompagner par des professeurs d’HEC. « Je trouve qu’il y a peu d’entreprises dans notre domaine qui travaillent sur des stratégies marketing. » L’idée est de mieux coller aux besoins des usagers ou plutôt des « consommacteurs ». La moindre des choses quand on fait de l’habitat, de l’immobilier d’entreprise et de l’aménagement. Il s’agit par exemple de réduire les distances entre le domicile, le travail et les lieux de loisirs. L’un des grands projets en cours est d’ailleurs le « Quadrilatère Océan », en plein cœur de Saint-Denis, développé avec Icade, une filiale de la Caisse des Dépôts. Un quartier qui veut préfigurer la ville du futur et dont les travaux doivent démarrer en 2018 pour une livraison en 2023. Au programme quelque 620 logements dont 200 en accession à la propriété et 140 pour personnes âgées. Sans oublier des logements sociaux avec 260 en location et une vingtaine en accession. Une véritable mixité sociale pour un lieu de vie et de travail qui comprendra aussi 5 000 mètres carrés de bureaux, 20 000 mètres carrés de commerces et un hôtel de 110 chambres. « On voudrait que le Quadrilatère soit une vitrine de Saint-Denis, une ville durable, solidaire et connectée », souligne Jean-Claude Piton qui a lancé une étude sur l’aspect économique du projet, incluant l’économie sociale et solidaire, de même que l’innovation sociale. Une réflexion est menée sur des projets de micro SWAC (climatisation à partir de l’eau de mer de grande profondeur). Au total, les travaux sont estimés entre 120 et 130 millions d’euros. 

DES PROJETS QUI FOISONNENT

D’autres projets démarrent comme la Cour Keveguen, un ensemble de bureaux de 9 380 mètres carrés avec deux bâtiments et 360 places de parking. Situé en face du parc des expositions de Saint-Denis, il devrait accueillir l’Agence régionale de la Santé (ARS) et un espace de restauration. La livraison est prévue avant la fin 2019.
Non loin, le Centre Indoor Prima abritera un grand magasin Décathlon, franchise exploitée par le groupe Bernard Hayot, qui se porte acquéreur du foncier. « Ce qui permettra de louer à bon prix l’espace au-dessus du magasins à des opérateurs dans ce centre qui est voué aux activités sportives », précise Jean-Claude Pitou. Le démarrage des travaux est prévu pour fin 2017 ou début 2018 pour une livraison fin 2019. 
Toujours dans le même périmètre, le parc Technor prend son envol et compte déjà plus de 2 000 salariés. On y trouve notamment le Village by CA. Dans le parc, la SODIAC vend et aménage le foncier pour le compte de la Cinor. Autre projet économique qui l’intéresse, le futur centre de gestion multi-filières des déchets du nord-est, pour lequel Egis (filiale de la Caisse des Dépôts) a été désigné comme assistant au maître d’ouvrage, le Syndicat intercommunal de traitement des déchets du nord et de l’est (SYDNE). La société d’économie mixte pourrait intervenir sur la construction et la maintenance. Elle a d’ailleurs été retenue comme maître d’œuvre avec Egis pour le projet de téléphérique à la Montagne qui devrait être en service en 2020. Les projets foisonnent comme cette future zone d’activité économique – qui comprend une vingtaine d’hectares - du côté de Saint-Joseph : Les Terrasses (appelée auparavant ZAC des Grègues 2). Autant de projets et de métiers différents les uns des autres. « C’est cette diversité qui rend passionnante la SODIAC. » Mais pour cela, la gestion des ressources humaines est capitale et l’entreprise s’adresse à la société Vakom, un spécialiste dans ce domaine qui fait du « sens de l’humain » son principal atout. De quoi plaire à Jean-Claude Pitou, le « révolutionnaire tranquille ». 

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« Je ne suis pas un foudre de guerre qui réduit les charges à tout prix. » Jean-Claude Pitou n’est pas du genre « cost killer ». Cet ingénieur des arts et métiers, discret mais efficace, a plutôt voulu élaborer un vrai projet d’entreprise quand il a été nommé directeur général délégué de la SODIAC en 2014. Adopter un fonctionnement d’entreprise privée pour cette société...