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Réunion

Jean-Paul Noël a donné des ailes à l’aéroport Roland Garros

1 aoû 2016 | PAR Alain Foulon | N°311
« L’objectif est d’ouvrir une à deux nouvelles route chaque année entre 2017 et 2020. Outre Le Cap, on pense à Toulouse, à Francfort, à Oman, à Bombay, à Canton et à Bangkok. » Studio Lumière/SA ARRG
À la tête de l’aéroport depuis 2002, ce Réunionnais s’est passionné pour l’aérien et conduit depuis 2011 une ambitieuse stratégie de modernisation et d’internationalisation. Un motif de satisfaction alors qu’il s’apprête à prendre sa retraite.


« D’ici à cinq ans, nous visons un trafic réalisé à 50% avec le reste du monde et à 50% avec la Métropole. Actuellement, nous sommes à 40/60. L’objectif est aussi d’atteindre les trois millions de passagers entre 2025 et 2030. » Jean-Paul Noël présente avec enthousiasme ces gros challenges qui seront transmis à son successeur à partir de 2017. Cadre de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI), il s’est retrouvé un peu par hasard à la direction de l’aéroport Roland Garros en 2002 et a apprécié ce nouveau métier.  

160 MILLIONS D’INVESTISSEMENTS POUR LA DEUXIÈME PHASE DU PROGRAMME D’INVESTISSEMENTS SUR 2016-2022

À l’époque, la CCI était le gestionnaire. Mais en 2011, l’aéroport change de main avec la création de la Société Aéroportuaire où l’État est actionnaire à 60%, aux côtés de la CCI (25%) de la Région (10%) et de la commune de Sainte-Marie (5%). Jean-Paul Noël, nommé président du directoire, demeure le pilote. Et c’est d’autant plus passionnant qu’un ambitieux programme de développement doit être mis en œuvre. La première phase de ce programme s’est achevée en 2015 avec des investissements de 120 millions d’euros, soutenus par l’Union européenne, l’État et la Région. Une deuxième phase est engagée sur la période 2016-2022 avec des investissements qui devraient atteindre 160 millions d’euros et permettront de multiplier la capacité par deux. 

STRATÉGIE MARKETING DE DIVERSIFICATION ET D’INTERNATIONALISATION

Au-delà de ces moyens financiers qui améliorent l’infrastructure et les services aux voyageurs avec, par exemple, un Duty Free qui sera porté de 250 à 600 mètres carrés, Jean-Paul Noël a déployé une véritable approche marketing et une stratégie de diversification et d’internationalisation. « Depuis un an, nous utilisons l’outil informatique « Milanamos » particulièrement bien adapté à l’analyse des données dans l’aérien. » Il s’agit de mieux connaître les voyageurs, leur origine et leur destination et de voir ainsi les lignes directes qui pourraient être éventuellement lancées. Un travail qui se réalise en étroite concertation avec l’IRT (organisme de promotion du tourisme) et avec Air Austral, compagnie leader qui, avec son premier Boeing 787 Dreamliner et un second en octobre, pourra développer son offre régionale. « Milanamos » a montré que 25 destinations fournissaient plus de 4 000 passagers. C’est le cas du Cap, en Afrique Sud, qui, avec 5 000 passagers, est à l’étude pour une desserte directe. « L’objectif, explique Jean-Paul Noël, est d’ouvrir une à deux nouvelles routes chaque année entre 2017 et 2020. Outre Le Cap, on pense à Toulouse, à Francfort, à Oman, à Bombay, à Canton et à Bangkok. » Cette dernière destination est déjà annoncée en vol direct par Air Austral pour la fin de l’année grâce son second Boeing 787. D’autant plus intéressant que l’aéroport thaïlandais est un « hub » important. L’Allemagne fait partie également des marchés porteurs et permettrait de lancer une desserte directe, deux à trois fois par semaine en haute saison. En attendant, la compagnie Condor, qui dessert déjà Maurice, a été pressentie pour assurer dès la fin de l’année une liaison Francfort-Maurice-Réunion. 

IL FAUT PLUS DE CHAMBRES D’HÔTEL

« Ces nouvelles destinations représentent un potentiel de 200 000 passagers supplémentaires. » Même si l’aéroport Roland Garros bénéficie d’une croissance régulière (+ 3,2% en 2015 où il a franchi le cap des 2 millions de passagers), il a besoin de prendre du poids. À titre de comparaison, l’aéroport de Bordeaux affiche 4,5 millions de passagers. Le seuil critique pour jouer dans la catégorie supérieure se situe dans les 2,5 millions de passagers. Mais le développement du trafic réunionnais passe par celui de la clientèle touristique qui lui-même passe par le développement du parc hôtelier. « Nous n’avons qu’environ 3 500 chambres à La Réunion contre 23 000 à Maurice », souligne Jean-Paul Noël. 
Trafic de passagers

UN PROJET DE PÔLE DE MAINTENANCE ET DE FORMATION AÉRONAUTIQUES

Le deuxième axe de la stratégie de développement de l’aéroport Roland Garros vise à développer les activités extra aéronautiques qui ne représentent encore que 25% de son chiffre d’affaires contre une moyenne de 40% dans les aéroports français. Cela concerne de multiples activités qui vont de la manutention à l’hôtellerie en passant par le commerce. Une demande de permis de construire a d’ailleurs été déposée pour l’implantation d’un hôtel Hilton dans deux ans. L’extension importante du Duty Free devrait doper le commerce. Enfin, une étude a été menée dans l’océan Indien en vue de déterminer la faisabilité d’un pôle aéronautique de maintenance. « Elle s’avère concluante pour certaines activités d’entretien avec un potentiel d’une vingtaine d’appareils à traiter par an, mais aussi de la formation et du transfert technologique. L’idée est d’identifier, d’ici la fin de l’année, un ou deux opérateurs comme partenaires. » Jean-Paul Noël n’oublie pas que le lycée Stella, à Saint-Leu, dans le sud-ouest de l’île, propose déjà un BTS en maintenance aéronautique. Et il pense à une implantation des activités de formation à l’aéroport de Pierrefonds, dans le sud, qui dispose d’une vaste zone d’activité. Le seul problème, c’est qu’actuellement, il n’y a aucune concertation entre les deux aéroport qui n’ont pas la même gouvernance. « Un pays comme La Réunion ne peut pas avoir deux aéroports qui travaillent chacun de leur côté. Il faut une ligne stratégique. On parle de complémentarité, mais on ne lui a pas encore donné de traduction. »

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