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KENYA : le pays 2.0 de l’Afrique de l’Est

1 avr 2019 | PAR La rédaction | N°338
La troisième économie d’Afrique de l’est mise sur les énergies renouvelables et sur les technologies de l’information et de la communication pour émerger. Malgré tout, la corruption reste problématique et l’incertitude politique pesante.



La première visite d’État d’un président français depuis l’indépendance du pays est indubitablement la reconnaissance de l’importance du Kenya. « Tous les schémas sont en train d’être repensés. Ceux qui estiment que l’avenir des pays africains, c’est de faire ce que les pays européens faisaient il y a 20 ou 30 ans, se trompent », assurait Emmanuel Macron, le président français, lors de cette récente visite (mars 2019) qui faisait partie d’une tournée effectuée à Djibouti, puis en Éthiopie. Mais que représente le Kenya ? 
Son PIB, estimé à 79 milliards de dollars en 2017, est constitué à plus de 50 % de services. L’agriculture ne représente plus que 30 %, mais elle occupe toujours les deux tiers de la main d’œuvre. Pour certains produits : le thé, les fleurs et les légumes verts (haricots), le pays fait partie des leaders mondiaux. 

Démarches simplifiées

L’industrie représente 20 % du PIB mais sa part relative tend à diminuer, ce qui illustre « les difficultés du pays à passer d’une économie de comptoir à un stade industriel », constate la mission économique et commerciale de l’Ambassade de France au Kenya. La faiblesse du pays reste le niveau des infrastructures (routes, voies ferroviaires). En 2008, a été lancé le programme gouvernemental Vision 2030. L’État a investi massivement, ce qui a permis au pays de faire passer son taux de croissance de 3,9 % en 2000 à 5,9 % en 2010. Le pays s’est aussi appuyé sur des financements bilatéraux pour, par exemple, réhabiliter la liaison ferroviaire entre Mombasa et Nairobi, mais au prix d’un endettement colossal. Sa construction a été couverte par un emprunt de 2,8 milliards d’euros, financé à 90 % par la Banque d’import-export de Chine. Un prêt qui « resserrera encore l’emprise de la Chine sur l’économie kényane », critique le site kényan Standard.
Parallèlement au programme Vision 2030, Nairobi a multiplié les initiatives pour simplifier la création d’entreprises, raccourcir les délais de traitement grâce à un guichet unique. Une plate-forme de déclaration des impôts en ligne a même été créée.
La simplification des conditions d’obtention des licences commerciales ainsi que le développement de partenariats public-privé devraient avoir une influence positive. D’autant que la plupart des secteurs sont ouverts aux investissements étrangers.

Transfert d'argent par téléphone

Preuve de l’efficacité de ces mesures : le Kenya est, en 2019, à la 61e place sur 190 pays dans le classement Doing Business de la Banque mondiale. Une progression qui se traduit par de bons résultats dans le tourisme et par une avancée du pays dans les nouvelles technologies. 
Les recettes du tourisme ont bondi de plus de 31 % en 2018. Deux millions de touristes sont arrivés dans le pays, portant les recettes du secteur à 1,55 milliard de dollars ! Outre les 68 marques hôtelières déjà présentes au Kenya, les autorités visent à attirer plus d’investisseurs pour devenir l’une des destinations touristiques du continent africain.
Mais le vrai challenge que veut relever Nairobi se trouve dans le secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC). Cette volonté s’incarne dans la technologie de transfert d’argent par téléphone : M-Pesa. Lancé en 2007 par l’opérateur Safaricom, ce système de paiement mobile surfe sur la pénétration du téléphone portable et la croissance d’une économie tournée vers l’avenir. M-Pesa permet aux détenteurs de mobiles d’effectuer toutes sortes d’achats comme régler ses factures d’électricité, rembourser ses frais de scolarité ou même réserver des billets d’avions ou de bus ou encore de faire ses courses alimentaires. L’application permet surtout la bancarisation, voire même l’inclusion économique, de populations entières. Autre innovation moins connue : M-Akiba, une plate-forme mobile de souscription d’obligations du Trésor lancée en 2017 !

Pots de vin à tous les étages

Autre domaine où les progrès accomplis sont tangibles : le secteur énergétique. Grâce à l’ouverture aux investisseurs privés, la production électrique est constituée d’un mix composé à 80 % d'énergies renouvelables. De fait, le Kenya est l’un des pays les plus avancés en Afrique dans ce domaine. C’est d’ailleurs à Nairobi qu’a eu lieu le troisième One Planet Summit. En 2018, la Ketraco, la compagnie nationale en charge du réseau Mais des problèmes persistent. Le kitu kidogo (le « petit quelque chose » en swahili), le pot-de-vin, tend à devenir un mode de fonctionnement et donc un frein à l’investissement car devenu systémique. On estime que « l’évaporation » annuelle du Budget de l’État serait de 5,2 milliards d’euros ! Résultat : Transparency International classe le Kenya au 143e rang sur 180 dans son classement anti-corruption, loin derrière de bons élèves comme le Rwanda, 48e.
Outre cette grave déviance, le Kenya fait face à un environnement sécuritaire régional toujours menacé par l’activité des Shebabs somaliens. 

L'engagement de l'Afrique
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Financer les PME africaines
Le déplacement d’Emmanuel Macron au Kenya a permis de lancer l’initiative « Choose Africa » pour financer et accompagner le développement des TPE et PME africaines. Le groupe AFD consacrera 2,5 milliards d’euros à cette initiative d’ici 2022, dont 1 milliard en fonds propres et 1,5 milliard pour faciliter l’accès des entreprises africaines au crédit. Près de 10 000 TPE et PME africaines seront accompagnées d’ici 2022.
Soutenir la ville durable
Lors du One Planet Summit,  un appel à candidatures pour des projets innovants dans le domaine de la ville durable a été lancé par la Direction générale du Trésor (rattachée au ministère français de l’Économie et des Finances). Cinq millions d’euros du fonds FASEP (Fonds d’étude et d’aide au secteur privé, qui vise à faire bénéficier les pays en développement du savoir-faire des grands groupes et PME français) seront débloqués pour cette initiative. Il cible principalement les PME et les start-up françaises. L’appel à projets vise à sélectionner une dizaine de projets qui seront présentés lors du Sommet Afrique-France de 2020. 
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