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Chine

La Chine n’est pas le problème, elle est la solution

1 mai 2016 | PAR La rédaction | N°308
« Faire équipe avec la Chine » est un petit ouvrage de 85 pages tiré des « Troisièmes rencontres de La Rochelle », organisées par la fondation Prospective et Innovation en septembre 2015. À mettre entre les mains de ceux qui veulent comprendre l’évolution du monde et en saisir les opportunités.


On craignait son essor, voilà que l’on redoute désormais le ralentissement de la Chine. Depuis que Deng Xiaoping, ancien secrétaire général du Parti communiste chinois, a libéralisé l’économie chinoise, tous les regards se portent sur l’Empire du Milieu dont la conjoncture économique ne laisse personne indifférent et fait surtout place à de nombreuses approximations dans son analyse. Dans l’ouvrage « Faire équipe avec la Chine », les auteurs de la fondation Prospective et Innovation tentent de prendre le contre-pied de tout ce qui a pu se dire sur le ralentissement de la deuxième économie mondiale. Présidée par Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre français et actuel président de la commission des Affaires étrangères au Sénat, cette fondation s’efforce d’apporter aux décideurs français un éclairage international sur des sujets stratégiques.

L’ENJEU, C’EST D’ANTICIPER LES CHANGEMENTS EN COURS

Été 2015, c’est la panique générale. La Chine semble montrer des signes de faiblesse et tout de suite on craint que le ralentissement chinois ne provoque une récession mondiale. Or, après avoir multiplié son Produit national brut (PNB) par 22 au global et par 15 par habitant, « la Chine n’a plus besoin de ce taux de croissance de 9,8% qu’elle a soutenu en moyenne pendant un tiers de siècle ». Les auteurs expliquent que l’intérêt est de comprendre que « la Chine est en train de changer de modèle et non pas de s’essouffler dans la poursuite du précédent ». L’enjeu est donc d’en déceler les prémisses afin d’y prendre part car « on se trompe en cherchant à lire dans ce ralentissement programmé l’effet inquiétant de cycles économiques, alors qu’il s’agit de l’incidence calculée de changements structurels jugés à présent nécessaires : ne plus dépendre à ce point des exportations ».
 

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LES RÉPONSES FRANÇAISES AUX NOUVEAUX BESOINS DE LA CHINE

À partir de ce constat, la France doit tirer son épingle du jeu et s’organiser pour aborder 17% de l’économie mondiale et 400 millions de consommateurs solvables. C’est l’une des raisons pour lesquelles Ubifrance a été créée. L’agence française pour le développement international des entreprises, placée sous la tutelle du Quai d’Orsay, de Bercy et du ministère chargé de l’aménagement du territoire, accompagne les entreprises françaises dans leur parcours export, depuis l’orientation sur les marchés étrangers jusqu’à la concrétisation d’affaires et l’implantation sur le terrain. Selon les auteurs, « elle a en Chine, avec 7 bureaux et 100 collaborateurs, le plus grand réseau d’influence et de soutien après celui des USA ». À l’échelle départementale, le livre évoque également l’initiative Horizon Chine du Conseil général de Charente-Maritime. La collectivité territoriale milite pour l’établissement d’une plateforme de coopération culturelle, éducative et économique avec la Chine du nord-est (Dongbei). Enfin, on connaît la « success story » de cette laiterie bretonne devenue le principal approvisionneur en lait maternisé pour la Chine. Cela a été rendu possible par l’entremise d’un fonds franco-chinois.

FAIRE DES AFFAIRES EN CHINE

Dans le contexte d’une concurrence mondiale attisée par l’entrée en scène des émergents, les auteurs de cet ouvrage incitent les PME françaises à avoir recours à des concentrations avec leurs homologues chinois en affirmant que « plus l’usine est grosse, plus les coûts sont bas ». Par ailleurs, la Chine est devenue le premier marché de l’e-commerce avec 320 milliards de dollars en 2014. Alibaba à elle seule fait plus d’affaires en Chine qu’eBay et Amazon réunies dans le monde entier. En 2015, malgré un recul à 7% de croissance, ce chiffre correspond, sur la base du PIB chinois actuel, à une augmentation annuelle de la taille d’une économie turque toute entière ou, si l’on préfère, d’une économie russe tous les trois ans. Autant d’éléments qui poussent la Fondation Prospective et Innovation à promouvoir un rapprochement encore plus affirmé avec la Chine, « elle qui ouvre les routes de la Soie, se porte vers l’Asie centrale, s’intéresse au Pacifique, s’active en Afrique. »
« Faire équipe avec la Chine »
Par la fondation Prospective et Innovation, préface de Jean-Pierre Raffarin, éditions Ginko (2015), 85 pages - 8 euros

LA CHINE MISE TOUT SUR L’INNOVATION
Fini l’ère des avantages comparatifs du low cost, la Chine glisse très vite vers le upmarket. Car c’est cela l’accès réel à la parité avec les plus avancés : le jour où on ne lira plus sur les iphones « Designed by Apple in California, assembled in China », mais sur des appareils équivalents, voire supérieurs, « Conceived and designed in China, assembled in Ethiopie », la Chine sera vraiment l’émule des USA. Jusque là, elle demeure à leur hauteur, mais dans leur roue. Et ses dirigeants le savent fort bien, qui se gardent de prétendre à la moindre parité, mais préparent ardemment le moment du dépassement après égalisation. Cela passera par une pluie féconde d’innovations, une culture de l’innovation dans un pays qui vient de faire sa réussite moyennant une culture de la copie, de l’imitation, de la sous-traitance. C’est une révolution interne qui, vu la taille et la vitesse de croissance de la Chine, aura des effets mondiaux. 
Extrait de « Faire équipe avec la Chine ». 
UN NOUVEAU MODÈLE DE DÉVELOPPEMENT
Comme le monde le lui a « demandé », la Chine change son modèle de développement, trop massif, trop quantitatif, trop menaçant pour la planète, selon les experts occidentaux. La Chine, qui n’aime pas être accusée, n’apprécie pas d’apparaître comme « le mouton noir » de l’environnement. Ainsi, elle s’est mise à la recherche d’une « nouvelle normalité » mondialement compatible. Signalons pour sourire que l’Occident, il y a peu, avait peur de la croissance accélérée et, maintenant, il craint la croissance ralentie ! Dès le XIIe plan, le projet de croissance qualitative et inclusive a été fixé par les autorités chinoises comme prioritaire. Le constat avait été fait, la situation bien comprise, le modèle de ces dernières années n’était plus viable : pollution, surcapacité industrielle, dettes des entreprises, bulle boursière et immobilière… Avec la conscience populaire des enjeux, le changement est donc engagé. À la chinoise, rapidement ! 
Extrait de « Faire équipe avec la Chine ». 
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