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Océan Indien

La croissance, c’est comme le cholestérol, il y a la bonne et la mauvaise

1 fév 2016 | PAR La rédaction | N°305

Dans ce numéro de L’Eco austral, vous pouvez découvrir, chers lecteurs, si vous ne le savez pas déjà, comment le RSI (Régime social des indépendants) pénalise lourdement l’entrepreneuriat en France et dissuade même les porteurs de projet de se lancer. Quand on vient vous ponctionner 46,5% de votre revenu en charges sociales et autres CSG/CRDS, avant même l’impôt, pour une couverture santé médiocre et une retraite de misère (en comparaison avec d’autres régimes), il y a de quoi y réfléchir à deux fois avant de prendre des risques. Pour ceux dont l’activité le permet (dans les TIC notamment), ils choisiront peut-être l’expatriation. De nombreux pays, y compris dans l’Union européenne, ont des régimes sociaux plus favorables et les entrepreneurs français peuvent même y bénéficier de la Caisse des Français de l’étranger (CFE) qui coûte beaucoup moins cher et laisse une grande liberté, comme celle de ne pas cotiser pour la retraite. Vous avez bien compris, chers lecteurs, la Sécurité sociale française est bien plus favorable à un Français qui entreprend à l’étranger qu’à celui qui entreprend dans son pays. Bon, avec ça, les politiciens peuvent toujours faire la danse du ventre en invoquant la croissance, comme on invoquerait la pluie dans un désert aride ! La bonne croissance ne viendra pas, mais la mauvaise peut-être… En effet, la croissance, c’est comme le cholestérol, il y a la bonne et la mauvaise. Il convient tout d’abord de rappeler ce qu’est ce sacrosaint PIB (Produit intérieur brut) auquel les économistes vouent un culte outrancier. Le PIB national est le total de la valeur ajoutée des entreprises et du coût de l’administration… Cela veut dire que lorsque vous créez des emplois de fonctionnaires, vous produisez du PIB et donc de la croissance puisque cet indicateur sert de base pour la chiffrer. Mais il faut supporter le coût de ces emplois, qui impacte d’autres secteurs de l’économie et accroît la dette publique sans créer directement de la richesse. 
Aujourd’hui, tout le monde s’inquiète de la baisse de croissance de la Chine, mais sans comprendre qu’elle est naturelle et signifie tout simplement que le temps du grand rattrapage, à marche forcée, est terminé. Les Chinois vont pouvoir penser un peu plus à leur bonheur, et peut-être voyager pour venir respirer l’air pur de l’océan Indien. 
Cela nous amène à parler de Maurice où, régulièrement, le gouvernement annonce des projets pharaoniques, comme la métamorphose de Port-Louis, qui dépasse le milliard d’euros, en restant évasif sur la manière de les financer. Si cela accroît encore l’endettement de l’État et conduit à augmenter la pression fiscale, ce ne sera pas forcément de la bonne croissance. Après les périodes de grand rattrapage, comme en Chine, les pays en développement devront vivre avec moins de croissance du PIB et s’attacher à réaliser les investissements qui produisent la bonne croissance plutôt que la mauvaise. C’est le cas de Maurice. Pourquoi mettre 3 milliards de roupies (75 millions d’euros) dans une nouvelle banque publique, la Maubank, alors que plus de vingt banques privées sont déjà en activité. Certes, l’intention du gouvernement de soutenir les PME est louable, mais comme il existait déjà une banque de développement, on se demande s’il y a avait besoin de créer une banque commerciale qui va aller sur tous les segments du marché et a l’ambition de s’attaquer aux deux gros acteurs que sont la MCB et la SBM. Créer un fonds de garantie destiné aux PME et travailler avec les banques existantes aurait été plus simple et beaucoup moins coûteux. De même, pourquoi créer un nouvel organisme de promotion du secteur financier, la FSPA (Financial Services Promotion Authority), alors qu’il existe le BOI (Board of Investment) ? Sachant que c’est l’ancien responsable du secteur financier au sein du BOI, Harvesh Seegoolam, qui va prendre les rênes de la FSPA (lancée le 12 février), on peut se demander si les rapports entre les deux structures para-publiques, et leurs échanges d’informations, permettront de générer les synergies nécessaires. Un investisseur peut en effet venir à Maurice pour investir dans le secteur financier, mais il peut aussi être intéressé par l’immobilier. Devra-t-il alors frapper à deux portes différentes comme cela se passait il y a quinze ans ? Il existait à cette époque une FSPA et même la MFA (Mauritius Freeport Authority), en plus du BOI. Par la suite, la FSPA et la MFA ont été intégrées au sein du BOI de façon à pouvoir proposer un « guichet unique ». Cela semble pertinent et sans doute moins coûteux. Mais là, on retourne quinze ans en arrière ! Si des questions se posaient sur l’efficacité du BOI, il fallait peut-être l’améliorer avant de créer une nouvelle structure qui va forcément coûter de l’argent public. Sans doute y a-t-il derrière cela des subtilités politiques qu’on ne connaît pas. Mais peut-on encore se le permettre par les temps qui courent où il faut générer de la bonne croissance et éviter la mauvaise qui, comme le mauvais cholestérol, peut conduire à l’accident cardiaque ? 

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