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La fabrication de l’opinion publique est une industrie prospère

1 mai 2018 | PAR Alain Foulon | N°329

En l’espace d’un mois et, comme par hasard, au moment où Vladimir Poutine s’engageait dans la course à la présidentielle, deux campagnes médiatiques importantes se sont efforcées de discréditer la Russie. Il y a eu l’affaire de l’empoisonnement de l’ex-espion russe Sergueï Skripal en Grande-Bretagne qui a conduit l’Occident à déclencher une crise diplomatique alors que, pourtant, aucune preuve de l’implication de la Russie n’avait été apportée. Ensuite, il y eut la prétendue attaque à l’arme chimique en Syrie, attribuée au régime de Bachar el-Assad dont la Russie est un fidèle allié. Là encore, pas la moindre preuve ! On avait l’impression qu’on nous refaisait le coup des armes de destruction massive de l’Irak. En réfléchissant un peu, on se disait qu’il était curieux que Bachar el-Assad, alors qu’il était en train de gagner la guerre, décide de prendre un tel risque. Mais apparemment, plus c’est gros, plus ça marche. Et Jean-Marie Le Pen, toujours aussi mordant à bientôt 90 ans, ironisait sur Twitter : « La justice en France est lente. On devrait envoyer nos magistrats se recycler en Syrie. Une attaque chimique, 5 minutes après, l’enquête est faite, le coupable désigné, et 15 jours après puni, sous réserve de la présomption d’innocence. » 

« Idiots utiles » et « sombres crétins »

Heureusement, quelques journalistes font leur travail sérieusement, le plus souvent dans une presse alternative qu’on retrouve sur Internet. Et l’on devait apprendre l’implication des Casques blancs dans l’orchestration d’une véritable mise en scène. Cette soi-disant organisation humanitaire est en réalité opposée au régime syrien et ne craint pas de s’allier aux djihadistes sur le terrain. Le problème, c’est qu’elle est souvent la seule source d’information de certains journalistes occidentaux. Malgré l’intox évidente, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France ont procédé à quelques attaques aériennes. Rien de très méchant en vérité même si, comme toujours, ce sont les civils qui ont trinqué. Il s’agissait plutôt d’une opération de com dans laquelle on comprend l’intérêt de Donald Trump. Accusé d’accointances avec Vladimir Poutine et la Russie durant sa campagne électorale et encore aujourd’hui, le président américain a trouvé là une occasion de montrer sa fermeté et de clore le bec à ses détracteurs du camp des faucons. Pour la Grande-Bretagne et la France, on comprend moins. Sans doute faut-il y voir le rôle joué par certains « idiots utiles », pour ne pas dire de « sombres crétins », incompétents en matière de politique internationale, dominés par leurs émotions et subjugués par une certaine idéologie des « droits de l’homme » et tous ces concepts vaseux qui ne servent qu’à la fabrication de l’opinion publique.  

Intox et géopolitique

Si l’on se place dans une perspective géopolitique, on ne voit pas l’intérêt de l’Europe de jeter la Russie dans les bras de la Chine. Au contraire, une alliance avec ce grand pays – qui appartient à l’Europe historiquement et culturellement – donnerait le jour à une superpuissance à même de rivaliser avec les États-Unis et la Chine. De quoi inquiéter les États-Unis dont l’intérêt évident est de tout faire pour éviter un rapprochement entre l’Europe de l’Ouest (et même une partie de l’Europe de l’Est) et la Russie, y compris les coups les plus tordus. C’est une stratégie géopolitique cohérente et pour cela des agences de fabrication de l’opinion publique sont mises à contribution. C’est une vieille tradition américaine depuis la guerre de Sécession. L’un de leurs coups les plus fameux au XXe siècle a été « l’affaire des couveuses du Koweit » en 1990. Un faux témoignage, relatant le massacre de nouveaux-nés par l’armée irakienne, avait permis de justifier l’intervention américaine avec toujours quelques « alliés » occidentaux à la remorque. Mais sans la France, et c’est tout à l’honneur de Jacques Chirac. 
En l’espace d’une trentaine d’années, la fabrication de l’opinion publique a connu une forte croissance. C’est une industrie florissante. Et qui fonctionne d’autant mieux que la nouvelle génération de journalistes occidentaux, pour une bonne part d’entre eux n’ont quasiment plus de culture générale, ignorent l’Histoire, manquent d’esprit critique et se trouvent sous l’emprise de l’idéologie dominante. Plusieurs livres ont été consacrés à la fabrication de l’opinion publique dont, en 1988, celui des Américains Noam Chomsky et Edward S. Herman : Manufacturing Consent. The Political Economy of the Mass Media. Un ouvrage réédité en 2002 et traduit en français en 2003 sous le titre La fabrique de l’opinion publique. Un antidote précieux face à l’intox que nous subissons quotidiennement. 

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