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Réunion

La franchise fait la loi dans tous les secteurs

Le magasin Jules à Saint-Paul. Cette enseigne est l’une des 14 exploitées sous franchise par le groupe Ghanty, leader de l’habillement avec un chiffre d’affaires de près de 100 millions d’euros. DR
Des poids lourds de l’économie réunionnaise comme le groupe Bernard Hayot, première entreprise régionale, ont bâti leur stratégie sur ce modèle économique qui s’impose, depuis les années 2000, à des entreprises de toutes tailles et dans tous les secteurs.

Mode, alimentation, restauration, ameublement, santé, beauté, services à la personne… La franchise investit tous les secteurs et à vitesse grande V. « Nous sommes dans un monde qui change à un rythme effarant, que ce soit sur le plan économique ou sociétal. Rester seul devient très difficile et il est urgent de se mettre en réseaux organisés, de mutualiser les moyens, pour faire des économies, être plus visibles, réactifs, profiter d’une intelligence collective. Tous les secteurs d’activité sont touchés, y compris les pharmacies qui étaient pourtant farouchement indépendantes », observe Olivier Mignot, président de la société Franchise Management, en charge par le passé du développement international de la franchise Décathlon, notamment à La Réunion avec le groupe Bernard Hayot

DES FRANCHISES SUR PLUS DE 500 POINTS DE VENTE

« À La Réunion, la franchise s’inscrit dans une tendance moderne, selon David Javegny, directeur adjoint de l’observatoire économique de la Chambre de commerce et d’industrie. Elle a eu du mal à s’établir dans les années 90 et c’est véritablement dans les années 2000 qu’on observe une mutation. C’est un modèle devenu attractif pour les porteurs de projet, rassurant pour les financeurs mais aussi pour le consommateur final qui cherche la caution et la sécurité d’une marque. Aujourd’hui, les activités de réseau permettent d’avoir accès à une palette d’outils et à une gamme de produits renouvelés, mais aussi à de la formation et de l’assistance. » Sous forme de franchise ou de concession commerciale, le commerce et les services en réseau représentaient un peu plus de 500 points de vente à La Réunion en 2016 pour environ 160 entreprises, selon les informations transmises par la CCI Réunion. Sans avoir accès au type de contrat, on sait néanmoins qu’il s’agit essentiellement d’enseignes de franchise référencées dans les annuaires nationaux de la franchise avec 26% dans l’équipement de la personne, 13% dans la santé & beauté, 9%dans le commerce et les services automobiles, 8% dans la restauration, 7% dans la location (hors immobilier), le reste représentant diverses activités de commerce et services (équipement de la maison, alimentation, immobilier…).
 

Magasin Decathlon à Saint-Pierre. Cette enseigne, exploitée sous forme de franchise par le groupe Bernard Hayot, performe à La Réunion. Ce groupe, première entreprise régionale avec 980 millions d’euros de chiffre d’affaires, exploite également les enseignes Carrefour et MrBricolage.
Magasin Decathlon à Saint-Pierre. Cette enseigne, exploitée sous forme de franchise par le groupe Bernard Hayot, performe à La Réunion. Ce groupe, première entreprise régionale avec 980 millions d’euros de chiffre d’affaires, exploite également les enseignes Carrefour et MrBricolage.   DR
 

MÊME RAVATE S’Y EST MIS

« La franchise permet de structurer le commerce et les services. À La Réunion, elle met à niveau, densifie le tissu économique et crée de l’emploi a fortiori », estime David Javegny, même si l’île n’a pas attendu l’arrivée des enseignes nationales pour se développer et bénéficie d’opérateurs locaux multi-sites et d’indépendants (Pardon !, L’Effet Péi, Vogue, Gold Center, Océanor, 100 000 chaussures, Jina, etc.). Parmi les acteurs locaux, le groupe Ravate, sixième entreprise de l’île, qui, après s’être développé pendant des années sous sa propre marque Ravate, a choisi aussi de prendre Leroy Merlin en franchise en 2008, ce qui marque un tournant important dans sa stratégie. « Par rapport à la mondialisation, se regrouper est une force. Attachés à notre culture, l’équipement de la maison, nous devions, dans le cadre de notre développement économique, représenter l’une des meilleures enseignes de notre cœur d’activité pour La Réunion », explique Noor Ravate, qui projette d’implanter une nouvelle enseigne localement à l’horizon 2018. 
 

Olivier Mignot, président de la société Franchise Management : « Les enseignes qui s’implantent à la Réunion sont souvent rapidement dans le Top 10 du réseau de franchise en terme de chiffre d’affaires. »
Olivier Mignot, président de la société Franchise Management : « Les enseignes qui s’implantent à la Réunion sont souvent rapidement dans le Top 10 du réseau de franchise en terme de chiffre d’affaires. »  DR
 

UN TOURNANT HISTORIQUE POUR LE GROUPE GHANTY

Un autre acteur majeur de la franchise est le groupe Ghanty, leader de l’habillement, présent à La Réunion et aux Antilles, fondé par Rashid et Moze Ghanty en 1974. L’entreprise a longtemps travaillé sous sa propre enseigne Ghanty Royal (jusqu’à neuf magasins entre 1 000 et 2 000 mètres carrés), recréant des collections avec des stocks de fin de saison de marques européennes, avant d’abandonner progressivement ce modèle et d’opter pour la franchise à partir de 2004. « À La Réunion, c’est très difficile d’avoir sa propre enseigne avec ses propres collections. Cela fonctionne pour des marchés de niche. Notre but est de répondre à l’ensemble de l’offre, pouvoir habiller les Réunionnais pour toutes les occasions », résume Yachine Ghanty qui a repris les rênes de l’entreprise éponyme et croit profondément à la franchise « qui apporte le bon produit au bon moment et au bon prix ». Ghanty compte 67 magasins sur l’île, 14 enseignes (Jules, Brice, Okaïdi-Obaïbi, La Halle aux vêtements et chaussures, Undiz, Jennyfer, Promod, Inglot, Parfois, Zippy, etc.) et un rythme d’ouvertures d’une dizaine de nouvelles boutiques par an pour les cinq prochaines années. 
 

À la tête du groupe familial Ravate avec ses frères et sœurs, Noor Ravate est aussi directeur général de Leroy Merlin Réunion. Et il annonce une deuxième grande enseigne en franchise pour 2018.
À la tête du groupe familial Ravate avec ses frères et sœurs, Noor Ravate est aussi directeur général de Leroy Merlin Réunion. Et il annonce une deuxième grande enseigne en franchise pour 2018.  DR
 

DES FRANCHISÉS DYNAMIQUES À LA CONQUÊTE DU TERRITOIRE

À près de 10 000 kilomètres de la France métropolitaine, une notion extrêmement importante à maîtriser est celle de la logistique. « Les marges générées sont conditionnées par la capacité à optimiser les conteneurs, comme un lego. Plus un conteneur est rempli, plus on optimise les marges », explique Olivier Mignot. Autre problématique, et non des moindres, surtout dans le secteur de l’équipement de la personne, est la gestion de la contre-saisonnalité. « C’est le point le plus compliqué de notre métier », juge Yachine Ghanty, pour qui « la mode est devenue une denrée périssable, avec des produits qui doivent être disponibles immédiatement. Il y a plusieurs mécaniques qui peuvent se mettre en place : soit on anticipe des collections futures, soit on a des collections spécifiques pour l’hémisphère sud ou alors on trouve nous-mêmes nos collections ». 

UNE CARTE POSSIBLE À L’EXPORT

Bien souvent, les franchisés à La Réunion ont une connaissance fine de leur marché et la capacité de déployer un concept sur tout le territoire. Ils mêlent plusieurs activités, ont une puissance logistique importante et la maîtrise du foncier, le nerf de la guerre. Le groupe familial Locate, qui exploite pas moins de 26 points de vente franchisés, participe d’ailleurs à la création d’un nouveau complexe commercial pour 2019 (voir notre article dans ce même dossier). Ce qui ne l’empêche pas de regarder à l’extérieur. On lui doit ainsi l’implantation des enseignes André et Eram à l’île Maurice. Même stratégie pour le groupe Optic Développement qui a implanté la franchise Alain Afflelou à Mayotte et à Maurice, en attendant Madagascar (voir notre article dans ce dossier). Il reste difficile d’évaluer le nombre d’entreprises disposant d’une master franchise leur permettant de s’engager dans l’export. « Cette information est peu divulguée car le marché est petit et hyper concurrentiel. Même chose pour les droits d’entrée ou la redevance, souvent tenus secrets », souligne David Javegny, directeur adjoint de l’observatoire économique de la CCI. « La Réunion est un laboratoire pour les grandes enseignes qui souhaitent s’implanter dans l’hémisphère sud, reconnaît néanmoins Yachine Ghanty. La proximité avec l’île Maurice, l’Afrique du Sud et l’Asie permet des opportunités indéniables de développement de points de vente. »
 

Yachine Ghanty, directeur général du groupe Ghanty : « La Réunion est un laboratoire pour les grandes enseignes qui souhaitent s’implanter dans l’hémisphère sud. La proximité avec l’île Maurice, l’Afrique du Sud et l’Asie permet des opportunités indéniables de développement de points de vente. »
Yachine Ghanty, directeur général du groupe Ghanty : « La Réunion est un laboratoire pour les grandes enseignes qui souhaitent s’implanter dans l’hémisphère sud. La proximité avec l’île Maurice, l’Afrique du Sud et l’Asie permet des opportunités indéniables de développement de points de vente. »  DR
 

UN ÉNORME POTENTIEL

La franchise a le vent en poupe, c’est indéniable. « Les enseignes qui s’implantent à la Réunion sont souvent rapidement dans le Top 10 du réseau de franchise en terme de chiffre d’affaires », remarque Olivier Mignot. Et pour cet expert, le marché réunionnais présente un énorme potentiel pour les nouvelles enseignes. « C’est une île circulaire où l’on circule mal, alors on peut aisément imaginer l’ouverture de quatre magasins aux quatre coins de l’île en prenant soin à l’emplacement. La densité commerciale y est faible par rapport au nombre d’habitants. Malgré un taux de chômage élevé, la population est assez riche et la clientèle avide des produits des enseignes nationales qu’elle connaît bien. » 

Cédric Leveneur
DR

CÉDRIC LEVENEUR : LE COIFFEUR BIO VEUT DÉVELOPPER SA FRANCHISE
Ce coiffeur réunionnais de 53 ans, à la tête d’Ozone Bio Concept Store à Saint-Denis et Saint-Pierre, a mis la problématique environnementale et le bien-être 100% au naturel au cœur de ses activités. Il y a la coiffure, la vente de cosmétiques et de soins biologiques depuis 2012 (une trentaine de marques avec des exclusivités à La Réunion et dans l’océan Indien qui fournissent 30% du chiffre d’affaires) et, depuis peu, un « organic bar » proposant limonades, jus, thés, cafés, chocolats etc., le tout bio. « L’idée est de faire revivre le parcours client : on se fait du bien en santé en prenant soin de ses cheveux, en achetant des produits écologiques et naturels, et en dégustant des jus et gâteaux bio. Aujourd’hui, nous sommes obligés de nous diversifier et je crois beaucoup au bio, c’est un marché porteur », insiste l’entrepreneur. Primé à de nombreuses reprises au plan national pour son engagement en faveur de l’environnement (Meilleure stratégie environnement durable 2012 et 2013 et Meilleur revendeur 2012 et 2016 au Business Trophy Coiffure de Paris). « Nous allons aller encore plus loin dans la partie écologique. Des locaux aux soins, tout est déjà pensé pour réduire au maximum l’impact sur la nature : meubles en carton recyclé, serviettes écologiques, éclairage basse consommation… ». Cédric Leveneur cherche actuellement des candidats à la franchise. Il vise d’abord un développement en Métropole et ne cache pas ses ambitions ailleurs, en Europe et en Asie. Avant de revenir à La Réunion, plus tard. « Il nous faudra une reconnaissance nationale pour que les coiffeurs réunionnais franchissent le pas. »
LA MAISON DES GOURMETS, UNE FRANCHISE LOCALE 
On compte peu de franchises locales sur le territoire réunionnais car les entreprises s’y développent le plus souvent en propre. Mais la Maison des Gourmets a choisi cette formule. Cette fromagerie charcuterie épicerie fine, créée par Nathalie Grenot en 2010 à Saint-Denis, a choisi de se développer en franchise, avec un magasin à Saint-Pierre en 2015 pour « avoir une bonne visibilité sur l’île, massifier les approvisionnements auprès des producteurs et des grossistes, et trouver ainsi des solutions pour avoir des prix compétitifs ».
FRANCHISE, CONCESSION, LICENCE DE MARQUE : LES DIFFÉRENCES
La licence de marque permet l’utilisation d’une marque, la concession permet l’utilisation d’une marque et offre la garantie de l’exclusivité du territoire. Quant à la franchise, elle octroie une marque, une obligation de savoir-faire, le transfert de ce savoir-faire et une assistance. La coopérative (par exemple Leclerc et Intersport) est un regroupement d’adhérents qui souhaitent réaliser des économies d’échelle. Dans ce cas, 1 adhérent égale 1 voix. 
LA FRANCE CHAMPIONNE D’EUROPE DE LA FRANCHISE
En 2016, la France occupait la première place en Europe avec des franchises qui représentaient un chiffre d’affaires de plus de 55 milliards d’euros et 618 845 emplois (directs et indirects). Cette activité se réalisait à travers 1 900 réseaux et 71 508 points de vente. De quoi occuper le troisième rang mondial. Source : Fédération française de la franchise (FFF).
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Mode, alimentation, restauration, ameublement, santé, beauté, services à la personne… La franchise investit tous les secteurs et à vitesse grande V. « Nous sommes dans un monde qui change à un rythme effarant, que ce soit sur le plan économique ou sociétal. Rester seul devient très difficile et il est urgent de se mettre en réseaux organisés, de mutualiser les moyens, pour faire des ...