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La Réunion doit faire le plein d’énergies renouvelables

1 juil 2019 | PAR Ignace de Witte | N°341
Outre le solaire et l’éolien, la géothermie est également au programme. ©Julien K/Région Réunion
Avec la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), c’est un nouveau modèle économique qui se profile à l’horizon 2030. Mais avec un objectif intermédiaire de 50 % d’énergies renouvelables dès 2020. C’est dire s’il faut passer à la vitesse supérieure pour ne pas en rester aux vœux pieux.

Il y a près de trois ans, le 19 décembre 2016, l’assemblée plénière de la Région a voté une PPE (Programmation pluriannuelle de l’énergie) 2016-2023 dans une relative indifférence, alors que c’est un document crucial pour l’avenir de notre île. Le 29 mars 2019, les élus ont validé le Rapport n°105719, un document de plus de 500 pages qui « entre dans le dur » et aborde trois sujets : le bilan de la PPE sur la période écoulée (2016-2018), la révision de la période en cours (2019-2023) et la feuille de route pour les cinq années suivantes (2024-2028). La PPE de La Réunion est en phase avec la PPE nationale, mais avec quelques aménagements, l’île étant une Zone non interconnectée (ZNI).
La loi sur la transition énergétique (article L100-4 du Code de l’Énergie) fixe des objectifs précis et chiffrés : autonomie énergétique totale à l’horizon 2030 avec, comme objectif intermédiaire, 50 % d’énergies renouvelables en 2020, c’est-à-dire… l’année prochaine !

La Région ne veut pas d’incinérateur

Le bilan de la période écoulée est encourageant. Depuis le 3 décembre 2018, EDF accepte sur son réseau 35 % d’électricité produite par des sources intermittentes (photovoltaïque et éolien), soit 5 % de plus qu’auparavant. L’objectif est maintenant de parvenir à 45 % d’ici 2023. La Réunion va se couvrir de panneaux photovoltaïques supplémentaires, mais va également diversifier les énergies renouvelables (ENR) : géothermie, éolien terrestre et éolien offshore. 
Comme l’île n’est pas à l’abris d’une conjonction d’aléas climatiques (pas de soleil, pas de vent et pas de pluie), EDF a besoin de 40 MW de « moyens de flexibilité » pour garantir la fourniture d’électricité en toutes circonstances. La centrale à fioul et bioéthanol du Sud (présentée dans l’Éco Austral n°332 de septembre 2018) est l’un de ces moyens, elle a été officiellement raccordée au réseau en mars 2019.
Comme c’est déjà fait aux Antilles (centrale du Galion à la Martinique), Albioma va abandonner le charbon comme combustible dans ses centrales de Bois-Rouge et du Gol et fonctionner à 100 % avec de la biomasse, du moins quand une filière locale sera en mesure de prendre le relais. Les débats étaient donc un peu plus animés lors de l’assemblée plénière du 29 mars 2019. La majorité a rappelé son refus catégorique de participer au financement de l’« unité de valorisation énergétique » (UVE) des déchets de Pierrefonds (un incinérateur) car c’est en totale contradiction avec sa volonté de mettre en place à La Réunion des filières de recyclage et de parvenir au « zéro déchet » à l’horizon 2030. Cet objectif sera précisé dans son Plan régional de prévention et de gestion des déchets (PRPGD), qui sera présenté à la rentrée. Sur ce dossier, il semble qu’EDF émette des réserves car l’incinérateur est un moyen de production qui ne dépend pas de la météo et peut contribuer à la sécurisation du réseau.

Promouvoir les transports en commun

La demande en électricité va évoluer de façon prévisible en ce qui concerne les paramètres liés à la démographie, mais beaucoup moins prévisible en ce qui concerne l’évolution des modes de vie et notamment le développement de la voiture électrique. Tous les concessionnaires de l’île (qui ont été consultés dans le cadre de la PPE) sont favorables à la mobilité électrique, d’autant plus qu’avec 0 % d’octroi de mer sur les voitures électriques, ils peuvent proposer ces voitures quasiment à « prix métropole ». La consommation moyenne (que nous avons personnellement relevée) d’une voiture électrique est de 15 kWh au 100 km et selon une étude d’Artelia-Ener-data-Ordecsys pour l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) de La Réunion, en 2030, date à laquelle La Réunion est sensée être parvenue à l’autonomie énergétique, les voitures électriques consommeront 988 GWh, soit 25 % de la consommation électrique totale de l’île (4067 GWh). 
La PPE doit forcément avancer main dans la main avec le Schéma régional des infrastructures et des transports (SRIT), déjà voté par la Région, et dont l’un des objectifs est « d’atteindre une part modale des TC (transports en commun - NDLR) de 15 % à horizon 2030 ». La Région a prévu que les Réunionnais allaient utiliser deux fois plus les transports en commun, pour que leur part passe de 7 % des déplacements en 2016 à 14 % en 2028 (et 15 % en 2030). Selon le SRIT, le nombre de véhicules sur les routes doit également diminuer. Et cela se fera de grès ou de force !
La loi de transition énergétique demande à La Réunion de parvenir à l’autonomie énergétique en 2030, la PPE répond qu’en 2028, 81 % de l’électricité sera produite à partir d’énergies renouvelables.


 

EDF rachète le trop plein de votre batterie
Au niveau national, EDF prévoit de devoir recharger d’ici quatre ans 600 000 voitures électriques et hybrides de façon intelligente grâce à sa filiale DREEV et le spécialiste américain du smart charging NUVVE. Une voiture électrique est la majeure partie du temps immobile, sur une place de parking ou dans son garage. L’idée est que si toutes les voitures inutilisées sont branchées, on peut les recharger, mais on peut aussi pomper l’énergie stockée dans les batteries pour la réinjecter dans le réseau si nécessaire. On pourra même échanger des charges entre voitures, comme on le fait aujourd’hui avec certains téléphones portables. L’automobiliste qui va adhérer à ce système de mutualisation de l’énergie sera rétribué par EDF, à hauteur d’une vingtaine d’euros par mois. Ce n’est pas beaucoup, mais cela équivaut à ce que dépense en moyenne chaque mois un automobiliste pour recharger sa voiture électrique. En clair, il fera le plein gratuitement ! En jonglant ainsi entre recharge et décharge, EDF va pouvoir lisser la demande, exploiter au maximum les énergies renouvelables et moins recourir aux énergies fossiles. La Réunion peut s’inscrire dans cette démarche, à condition que l’on installe effectivement les 3 600 bornes publiques de recharges 7 kW inscrites dans la PPE. Le smart charging peut également être étendu aux wall-box installées au domicile des propriétaires de voiture électrique, pour lancer la recharge aux heures creuses, voire alimenter la maison en électricité si nécessaire (en cas de cyclone par exemple) grâce aux batteries de la voiture. 
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