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Afrique

La Tanzanie se pose en outsider

1 juil 2019 | PAR La rédaction
Si Dar es Salaam est la capitale économique de la Tanzanie, Dodoma est, depuis 2015, la capitale politique officielle du pays et le siège du gouvernement. Stocklib ©Joerg Hackemann
Dans l’ombre de ses voisins kenyan et rwandais, la Tanzanie est pourtant la deuxième économie de l’Afrique de l’Est. S’appuyant sur sa position stratégique grâce à son ouverture sur l’océan Indien et des ressources encore sous-exploitées, le pays veut attirer les investisseurs.

Karibu (bienvenu en swahili, la langue vernaculaire de l’Afrique orientale) en Tanzanie !
Grande comme la France et l’Allemagne réunies, l’ex-Tanganyika est longtemps resté dans l’ombre de ses voisins. Cette république fédérale, constituée d’une partie continentale et de l’île de Zanzibar, a longtemps bénéficié de l’aura de son premier président, Julius Nyerere. Il avait développé un modèle économique original de « socialisme africain » qui s’appuyait sur l’aide occidentale (surtout des pays nordiques) et de la Chine maoïste. Mais face aux résultats médiocres, le « Mwalimu » (l’Instituteur) quitte de lui-même le pouvoir en 1985. 
Sur recommandations des institutions de Bretton Woods, la Tanzanie décide de libéraliser son économie à la fin des années 1980. Résultat ? Pour la période 1989-2017, le pays enregistre un taux de croissance moyen de 5,24 %. Le décollage devient manifeste avec la présidence de Benjamin Mkapa (1995-2005) qui a élaboré la « Vision 2025 », véritable feuille de route de l’économie tanzanienne post- socialiste. Ce plan, qui donne la priorité au développement des infrastructures, veut  faire passer la Tanzanie au statut de « pays à revenu intermédiaire » (revenu national brut, RNB, par habitant de 1 026 à 4 035 dollars).
Le premier atout tanzanien est peut-être sa position géographique – une côte longue de 1 424 km (en comptant Zanzibar), et le voisinage de huit pays enclavés pour lesquels l’accès à la mer est vital. Mais ce sont ses ressources naturelles qui lui donnent tout son potentiel. La Tanzanie est le quatrième producteur d’or en Afrique (derrière le Mali, l’Afrique du Sud et le Ghana).  Le métal précieux a engrangé, en 2018, 1,54 milliard de dollars  de recettes. 

Agriculture de subsistance

On trouve aussi dans le sous-sol des diamantes, la fameuse tanzanite, une pierre semi-précieuse découverte en Tanzanie en 1967, et du gaz. La récente découverte de gaz au large de ses côtes devrait d’ailleurs permettre une  accélération de la croissance dans les années à venir. 
Les caractéristiques climatiques et hydriques du pays lui offrent des perspectives de production d’énergie renouvelable conséquentes. Mais le pays n’a pas encore pris les initiatives nécessaires quant à la production énergétique. En 2015, seuls 25 % de la population avaient l’accès à l’électricité, cette proportion tombant à 7 % en zone rurale… L’agriculture est le deuxième secteur économique porteur. Elle contribue actuellement à hauteur de 30 % du PIB derrière les services (37,5 %) mais devant l’industrie (26,3 %). Elle emploie plus de 70 % de la population active et représente 35 % du montant total des exportations nationales. 
La Tanzanie dispose de 44 millions d’hectares de terres arables qui couvrent 50 % de la superficie totale, mais seulement 25 % sont cultivés. La majeure partie de la production est assurée par des petits producteurs disposant d’exploitations de 0,2 à 2 hectares et s’inscrivant pour la moitié dans une agriculture de subsistance. Le nombre de fermes de grande taille reste limité, mais la structure des exploitations évolue avec un important accroissement des exploitations de taille moyenne (5 à 100 ha) qui représenteraient 43 % des terres cultivées.

 

Point culminant du continent, le Mont Kilimandjaro a reçu en 2016 le prix de la meilleure attraction touristique d’Afrique.
Point culminant du continent, le Mont Kilimandjaro a reçu en 2016 le prix de la meilleure attraction touristique d’Afrique.

©Stocklib ©Joerg Hackemann


 

Près de 1,5 million de touristes

Le déficit en infrastructures, qui a été jusqu’à présent un goulet d’étranglement pour l’économie, pourrait bientôt être comblé par la lancée d’un plan d’investissements majeur. Il devrait permettre au pays de se doter des installations capables de soutenir sa croissance dynamique. Les projets de développement de centrales hydroélectriques, d’extension des ports de Dar es Salaam et de Mtwara (côte du sud-est de la Tanzanie), ainsi que la construction d’un réseau ferroviaire devraient être mis en œuvre. Le gouvernement lance aussi des projets concernant le traitement et la gestion de l’eau, le soutien à la transition énergétique et le développement des énergies renouvelables.
Le tourisme confirme son importance et s’impose à hauteur de 4,3 % du PIB tanzanien en contribution directe. Il s’appuie sur des attractions uniques et diversifiées, dont sept sites inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. Les parcs nationaux, dont le célèbre Serengeti, le Mont Kilimandjaro (point culminant du continent) et l’archipel de Zanzibar attirent chaque année près 1,5 million de visiteurs. 
C’est la neuvième destination en Afrique. Leur nombre pourrait croître de plus de 16 % d’ici à 2023. À preuve, les recettes touristiques ont atteint, en 2018, 2,4 milliards de dollars, en hausse de 7 % par rapport à 2017. Et avec trois aéroports internationaux et plusieurs projets en cours de renforcement des infrastructures de transports terrestres, l’accessibilité du pays pourrait favoriser dans les prochaines années la croissance du nombre de touristes. D’autant que l’offre d’infrastructures d’hébergement et de restauration est en forte croissance. Plusieurs groupes hôteliers, dont Hyatt, Marriott, Rotana, City Lodge Group et Melia Hotel International, ont récemment décidé de développer leur présence dans les principales villes du pays. 

Améliorer les affaires
Face à son classement très médiocre dans le dernier Doing Business de la Banque mondiale - la Tanzanie y est classée en 144e position sur 190 pays - Dodoma (ville où est située la nouvelle capitale) a dévoilé en 2018 le « Blue Print ». Ce document vise à amender le cadre législatif et réglementaire pour améliorer l’environnement des affaires. Concrètement, les défis à relever concernent les procédures de création d’entreprise, l’emploi des travailleurs nationaux et étrangers (qualifications à affiner), la délivrance des permis de construire, l’accès à l’électricité, le respect des contrats, la résolution des sinistres dus aux impayés, le maintien d’un dialogue constructif entre les secteurs public et privé, l’amélioration des compétences et des ressources humaines de tous les partenaires et la gestion de la mise en œuvre des mesures recommandées dans ce rapport. Ce faisant, « les autorités tanzaniennes admettent l’urgence des réformes à mener pour atteindre les objectifs de la Vision 2025 et améliorer la compétitivité de l’économie nationale », rappelle Philippe Galli, le chef du service économique de l’ambassade de France  en Tanzanie.
Carte Tanzanie
©Stocklib / Rainer Lesniewski
 


La Tanzanie en bref 
Superficie : 947 303 km²  
Population : 54 199 163 (2017) 
Langue (s) officielle (s) : swahili et anglais  
Monnaie : Tanzanian Shilling (1€ = 2 618 TZS en octobre 2018) PIB par habitant : 1 034 dollars/habitant (FMI 2017) 
Taux de croissance : 6,6 % (COFACE, 2018
Une dérive autoritaire ?
Depuis son élection en 2015, John Magufuli, dit Tingatinga (le « bulldozer » en swahili), depuis son passage au ministère des Travaux publics entre 2010 et 2015, semble donner un virage autoritaire à son gouvernement. Un nombre grandissant de journalistes et de membres de l’opposition ont été arrêtés depuis son arrivée au pouvoir. En 2018, des lois introduisant une licence (au prix élevé) pour les blogueurs et interdisant la publication de statistiques sans l’accord de l’institut statistique ont renforcé la perception d’un verrouillage de plus en plus important de l’espace d’expression. 
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