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Réunion

La voiture pour tous, c’est fini

1 juil 2019 | PAR Ignace de Witte | N°341
La population augmente mais les pouvoirs publics veulent que le parc automobile diminue de 12 % et que l’on passe à la voiture électrique. Cela va se jouer au niveau du porte-monnaie.




Le réseau routier de La Réunion comporte 395 km de routes nationales (RN), 722 km de routes départementales (RD) et 1 600 km de voiries communales. On peut améliorer ce réseau, mais il sera difficile, voire impossible, de créer de nouvelles routes sans empiéter sur des surfaces agricoles, ce qui n’est pas souhaitable. Il faut donc se contenter du réseau existant qui, pour rester fluide, ne peut pas accepter un nombre de véhicules qui augmente chaque année. Le parc actuel est de 450 000 véhicules immatriculés (motos, camions, voitures, bus, véhicules utilitaires) et il va devoir diminuer, malgré l’augmentation de la population. C’est écrit noir sur blanc dans la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) page 101 : « Dynamique du parc automobile de -12%. Les principaux indicateurs de ce scénario sont les suivants : suppression de 40 000 véhicules nets, soit 190 000 véhicules particuliers, ou faire baisser la distance totale de 12 %. »

Page 70 de l’annexe « Évaluation environnementale de la PPE », on enfonce le clou : « Une réduction de la place du véhicule particulier au profit des transports en commun est indispensable pour réduire la demande en carburant du secteur des transports. »
En résumé, la volonté des pouvoirs publics et de : 1) diminuer le nombre de voitures en circulation, 2) augmenter les transports en commun et 3) passer à l’électrique. Cela va se mettre en œuvre en grande partie en jouant sur le porte-monnaie. Le prix des voitures neuves et d’occasion va augmenter, de même que le prix des pièces, des réparations, de l’assurance, sans oublier le carburant, le stationnement et les PV. Posséder une voiture coûtant de plus en plus cher, de moins en moins de Réunionnais pourront en acheter une. En parallèle, on va étoffer et très certainement mettre en place la gratuité des transports en commun, comme c’est déjà le cas dans une trentaine de villes en Métropole (Dunkerque, Châteauroux, Gap, Niort, Figeac, Castres, Aubagne, Compiègne, etc.). C’est un phénomène qui prend même de l’ampleur. Le Luxembourg (600 000 habitants) a annoncé la gratuité du bus et du train dans tout le pays en 2020. En Estonie (1,3 million d’habitants), les bus sont déjà gratuits depuis 2018 (mais pas le train). En France, le Sénat a lancé une mission d’information sur la gratuité des transports publics, qui doit rendre ses conclusions à la rentrée. La Région Réunion va elle aussi lancer son étude. En attendant, la collectivité régionale cherche toujours a rendre le parc automobile plus propre. Le taux d’octroi de mer est de 0 % pour les véhicules électriques (VE) et de 6,5 % pour les voitures hybrides (dont le moteur thermique a une cylindrée inférieure à 2,5 litres). À l’inverse, l’octroi de mer pour les fortes cylindrées est de 34,5 % (+ 8,5% de TVA) pour les réserver aux très riches.
Les résultats espérés de cette politique qui frappe au porte-feuille sont que la part des déplacements en voiture va diminuer, de - 6 % entre 2016 et 2025 et encore de - 3 % entre 2025 et 2035, au profit des transports en commun, dont la part dans le nombre total des déplacements va passer de 5 % en 2016 à 14 % en 2035.
Il convient de signaler que deux réunions ont été organisées avec les concessionnaires automobiles de la place dans le cadre de la révision de la PPE 2019-2023 et la préparation de la période 2023-2028. Il se murmure officieusement que les taux intermédiaires d’octroi de mer sur les véhicules pourraient servir de variable d’ajustement, pour préserver leur chiffre d’affaires malgré la diminution du parc automobile.
Petite précision sur les déplacements en voiture : en 2016, sur un total de 2 436 189 déplacements par jour dans l’île, 66 % étaient effectués en voiture (soit 1 607 885). Mais cela ne représente pas le nombre de voitures sur la route car l’étude additionne le conducteur et les passagers. Les 66 % se décomposent en 45 % de conducteur et 21 % de passagers. En 2016, il y a donc eu 1 096 285 voitures sur la route, avec à leur bord autant de conducteurs (les voitures n’étant pas encore autonomes) accompagnés de 511 600 passagers. En moyenne, à La Réunion, une voiture sert donc au déplacement d’1,5 personne. Le co-voiturage n’est donc vraiment pas encore entré dans les mœurs, même si l’on observe que les parkings- relais sont de plus en plus utilisés.

Habiter plus près de son lieu de travail ?
Le trajet quotidien des Réunionnais qui prennent leur voiture pour aller travailler est de 25 km, contre 20 km en Métropole. En effet, 70 % des emplois se concentrent sur quatre bassins : 30 % sur Saint-Denis-Sainte-Marie, 18 % sur Saint-Pierre-Saint-Louis, 11 % sur Saint-Paul-Saint-Gilles et 11 % sur Le Port-La Possession. 
Le 11 juin, l’Assemblée nationale a adopté le projet de loi présenté par Élisabeth Borne, ministre des Transports, qui inscrit les trajets domicile-travail dans les sujets soumis aux négociations sociales au sein des entreprises de plus de 50 salariés. Les entreprises devront mettre en place des solutions pour faciliter les déplacements de leurs salariés. Le projet de loi instaure également un forfait « mobilité durable » pouvant aller jusqu’à 400 euros par an et par salarié pour ceux qui viennent au travail en vélo ou en co-voiturage, sans justificatif de distance.
La Société réunionnaise de produits pétroliers (SRPP– Groupe Rubis), voit passer dans ses cuves de stockage, chaque année, 538 000 m3 de carburant
routier, 237 000m3 de carburant aérien et 15 000 m3 de carburant maritime.
 


On n’échappe pas aux échappements
D’après l’observatoire Énergie Réunion, La Réunion rejette 2 wmillions de tonnes de CO2 dans l’atmosphère chaque année, soit… 2,3 tonnes par habitant ! C’est évidemment le transport routier qui est le premier responsable d’émis-sion de gaz à effet de serre, mais pas uniquement. Si l’île consomme chaque année 538 000 m3 de carburant routier (SP95 et diesel), il faut y ajouter 237 000 m3 de carburant aérien (carburéacteur ou jet) et 15 000 m3 de carburant maritime. À ce propos, il faut noter que les navires ne peuvent pas s’avitailler en fioul lourd à La Réunion, seulement en gazole marine. Cela ne pose toutefois aucun problème aux compagnies maritimes, les gros navires disposent de suffisamment d’autonomie pour se passer d’un tel service. 
Pour sa turbine à combustion de Port-Est, qui fonctionne au fioul lourd, EDF s’avitaille par ses propres moyens, aux Émirats Arabes Unis, avec un navire principal dédié, le Silver Amanda, parfois secondé par un autre navire. Tous les autres produits pétroliers proviennent de Singapour. La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) indique : « À l’avenir, il semble possible qu’avec les évolutions positives de qualité des produits pétroliers produits dans la zone (Inde, Australie, Afrique du Sud), les sources d’approvisionnement de La Réunion se diversifient, mais il n’y a pas de visibilité sur ces évolutions à court terme. »
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Bientôt des transports en commun gratuits ?
Une étude va être lancée sur la gratuité des transports en commun à La Réunion. Au Luxembourg (600 000 habitants), la gratuité totale des transports en commun a été évaluée à 40 millions d’euros par an. Le gouvernement juge que c’est un effort acceptable et cela sera mis en place en mars de l’année prochaine. Dans les nombreuses villes où la gratuité a été mise en place, on constate une baisse des actes de vandalisme et du nombre d’incivilités.
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