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Réunion/Maurice

L’antenne économique de La Réunion fête ses trois ans

1 juil 2018 | PAR Jean-Michel Durand | N°331
De gauche à droite : Didier Robert, président de la Région Réunion ; Ivan Collendavelloo, Premier ministre adjoint de Maurice et ministre de l’Énergie et des Services publics ; Marjaana Sall, ambassadrice de l’Union européenne à Maurice et Emmanuel Cohet, ambassadeur de France à Maurice. DR
À l’occasion de cet anniversaire, il a été question de bilan mais également de projets communs. Comme cette académie d’innovation industrielle que veulent créer l’Association pour le développement industriel de La Réunion (Adir) et son homologue de Maurice, L’Association of Mauritian Manufacturers (AMM).

« Je fais le rêve, pas pour demain mais peut-être pour après-demain, d'un marché commun des îles de l'océan Indien. » Didier Robert, président de la Région Réunion, s’est montré enthousiaste en venant célébrer les trois premières années d’existence de l’antenne mise en place par sa collectivité à Maurice. Cette « ambassade » de La Réunion a pour principale mission de renforcer la coopération institutionnelle et économique. Elle accompagne, en cohésion avec la Maison de l’export à La Réunion (émanation de la Région elle aussi) et le représentant du Club Export Réunion à Maurice, les entreprises réunionnaises qui veulent s’implanter sur le marché mauricien ou faire de Maurice une plate-forme pour conquérir d’autres marchés, en Afrique notamment. 
« L’antenne offre aux entreprises un appui logistique avec la mise à disposition de salles de réunion et de conférence et elle facilite les relations avec les professionnels de Maurice. Nos services vont jusqu’à l’organisation de missions », rappelle le dynamique et infatigable responsable de l’antenne, Grégory Martin. En dressant son bilan, ce dernier a mis en relief la conquête de certains marchés étrangers, le tourisme et la recherche & développement. 

Des marchés de proximité 

Les relations économiques et commerciales entre les deux îles ont connu un certain essor qui n’apparaît pas dans les statistiques douanières. En effet, celles-ci ne prennent pas en compte les ventes de services ni l’activité des filiales d’entreprises réunionnaises à Maurice. Durant ces trois dernières années, « plus de 1,5 million d’euros de marchés de services ont été remportés par des entreprises réunionnaises à Maurice », souligne Grégory Martin. 
Pour les échanges de biens, la balance penche nettement en faveur de Maurice. En 2017, La Réunion a importé pour 90,4 millions d’euros et n’a exporté que pour un montant de 17,9 millions d’euros. Encore peu même si la tendance est à la hausse par rapport à 2016. On constate aussi que les implantations réunionnaises sont à la hausse. En trois ans, l’antenne de la Région-Réunion en a recensées 36 dont 16 en 2017. Parmi elles Corail Hélicoptères qui a ouvert une filiale mauricienne et a obtenu l’autorisation d’opérer. L’un de ses principaux actionnaires, le Réunionnais Alfred Chane-Pane, a pu témoigner de son parcours. En profitant pour évoquer, sur le ton de l’humour, la différence de sens que peut revêtir le mot « oui » selon qu’on se trouve à La Réunion ou à Maurice. Il est vrai que toute implantation, à Maurice comme ailleurs, doit prendre en compte la gestion des risques inter-culturels. 

Jouer en duo sur les marchés extérieurs

Au-delà des implantations de part et d’autre et de la concurrence qui peut naturellement se manifester, la coopération a du sens dans la conquête de nouveaux marchés extérieurs au deux îles. En juin 2017 a eu lieu la première mission conjointe Maurice-Réunion de prospection économique en Afrique du Sud. Et en octobre 2017, Maurice a invité La Réunion à participer à des missions de prospection en Côte d’Ivoire. Pour accompagner ce mouvement, les deux agences de promotion des territoires - Nexa pour La Réunion et l’Economic Development Board (EDB, ex-BOI) pour Maurice - ont engagé un travail commun pour le développement conjoint des marchés africains. Un accord de partenariat devrait être signé courant 2018. 
Le marché réunionnais est un marché émetteur important pour le tourisme mauricien. Avec 141 381 visiteurs réunionnais en 2017, il s’agit même du deuxième marché après celui de la France métropolitaine. D’autant plus intéressant qu’il se manifeste pour une bonne part en contre-saison. 
Depuis peu, on constate également un flux plus important de touristes mauriciens à La Réunion. Ils ont été plus de 30 000 en 2017, contre 21 000 en 2016, soit une progression de 42,8 % ! Là aussi, l’avantage est que ces arrivées ne sont pas concentrées sur la haute saison. Alors que le concept d’île Vanille semble encore se chercher, un premier roadshow conjoint Maurice-Réunion a été organisé, en juillet 2017, en Chine. Il s’agit du premier exercice de promotion commune des deux îles dans l’ex-Empire du milieu.
Alors que Maurice a la volonté affichée de devenir, d’ici 2030, une économie à revenus élevés, la question de l’innovation et de la recherche & développement (R&D) devient cruciale. La Réunion peut accompagner cette transition. L’Association pour le développement industriel de La Réunion (Adir), qui regroupe les principaux industriels, et son homologue de Maurice, L’Association of Mauritian Manufacturers (AMM), ont entrepris de créer une académie d’innovation industrielle pour joindre leurs forces. Un financement Interreg (programme européen visant à promouvoir la coopération entre les régions européennes) sera mobilisé à cet effet. D’ailleurs, sept projets de R&D sont en cours et financés par le programme opérationnel européen Interreg V (2014-2020). La pépinière CB-Tech du Cyroi (Cyclotron Réunion Océan Indien), tournée vers les start-up spécialisées en sciences du vivant, a commencé un rapprochement avec l’incubateur du groupe mauricien ENL, La Turbine. La Technopole de La Réunion, pour sa part, accompagne la structuration de l’incubateur de Rodrigues. Un accompagnement qui pourra bénéficier de fonds européens.

Investissement mauricien dans Réuniwatt

Preuve qu’il est possible de créer de la substance, l’écosystème de l’innovation à La Réunion commence à trouver écho auprès des fonds d’investissement mauriciens, à la recherche de leviers de croissance. L’une des opérations les plus importantes est l’investissement d’un million d’euros réalisé par Compass, le fonds de capital-risque du groupe ENL, dans Réuniwatt. Un investissement qui fait de Compass un actionnaire minoritaire mais stratégique de cette start-up qui, avec sa vingtaine de collaborateurs, principalement ingénieurs et docteurs, développe une expertise unique au monde en matière de prédiction de la production photovoltaïque à 24 heures. Réuniwatt valorise la vision par satellite géostationnaire en temps réel, et de manière opéra-tionnelle, sur toute la ceinture intertropicale. L’entreprise délivre ses services de la Nouvelle-Calédonie à la Californie. Elle est également propriétaire de plusieurs brevets de technologies de terrain et partenaire du producteur d’électricité Albioma pour la gestion d’une centrale photovoltaïque de 1 mégawatt, à Saint-Leu, à La Réunion. De quoi séduire Compass qui a fait de l’énergie l’un de ses secteurs prioritaires. 

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