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L’aquaculture : secteur difficile et sujet sensible

1 avr 2018 | PAR La rédaction | N°328
Après avoir enregistré de grosses pertes, la Ferme marine de Mahébourg (FMM) a vu son capital se recomposer. Aujourd’hui, parmi ses 20 actionnaires dont des personnes physiques, la Compagnie mauricienne de textile (CMT) en détient 76,28 %. DR
La Ferme marine de Mahébourg (FMM), pionnier de l’aquaculture, vient d’enregistrer ses premiers bénéfices en 2017, quinze ans après son lancement. Mais son extension inquiète le secteur touristique qui craint la prolifération des requins.

Depuis une dizaine d’années, l’agence de promotion des investissements de Maurice - le Board Of Investment (BOI) – souhaite « vendre » l’aquaculture comme secteur porteur. Mais preuve que l’exercice est difficile, peu de monde a répondu à l’appel. La Ferme marine de Mahébourg (FMM), initiative d’entrepreneurs mauriciens, fait d’ailleurs figure de pionnier ayant vu le jour en 2002. Après avoir enregistré de grosses pertes, elle a vu son capital se recomposer. Aujourd’hui, parmi ses 20 actionnaires dont des personnes physiques, la Compagnie mauricienne de textile (CMT) en détient 76,28 %.
Située à Pointe-aux-Feuilles, dans le lagon du sud-est, elle est protégée de la houle par la barrière, avec une profondeur de 25-30 mètres. Elle est surtout à proximité de l’aéroport pour l’exportation. La FMM a misé sur l’ombrine, un poisson qui n’existait pas à Maurice mais très prisé aux États-Unis et en Asie. « C’est une espèce qui grandit vite et arrive à maturité en deux ans », précise Pierre Yves Semaesse, directeur de la ferme. Celle-ci compte 120 employés dont 25 personnes à l’écloserie - la plupart diplômés en biologie - et a nécessité 350 millions de roupies (8,7 millions d’euros) d’investissements pour un complexe avec écloserie, l’unité de transformation et le bâtiment administratif. FMM occupe désormais quatre sites de production. 

Des hôteliers en colère

Chaque site accueille 20 cages de 25 mètres de diamètre qui produisent quelque 45 000 poissons chacune, une faible densité selon le directeur de FMM qui est tournée principalement vers l’export. « Nous avons multiplié les petits volumes sur de nombreuses destinations », précise Pierre Yves Semaesse. La ferme a développé ses marchés grâce à une présence au salon Seafood de Bruxelles. Elle a des clients aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Italie, en Espagne, à Dubaï, à Singapour et en Afrique du sud. Mais en 2016, elle enregistrait encore des pertes de 24 millions de roupies (600 000 euros) pour un chiffre d’affaires de 180 millions de roupies (4,5 millions d’euros). Pour atteindre la rentabilité, Pierre-Yves Semaesse a démultiplié les capacités de la ferme pour augmenter la production. En 2017, un premier objectif de 1 500 tonnes a été atteint, en attendant les 3 000 tonnes à l’horizon 2020.
En 2017, FMM a réalisé un chiffre d’affaires de 220 millions de roupies (5 millions d’euros) et un premier bénéfice s’est dégagé. Certes modeste, à 1 million de roupies (25 000 euros), ce bénéfice indique que le point mort a enfin été franchi. Et cela en demeurant dans une aquaculture raisonnée. « Nous produisons un poisson qui provient d’un endroit paradisiaque élevé dans des conditions paradisiaques », se réjouit Pierre-Yves Semaesse. Mais dans la région de Mahébourg, cette satisfaction n’est pas forcément partagée par ceux qui craignent que l’extension de la ferme n’attire les requins. Une crainte qui, plus largement, s’exprime dans le secteur hôtelier alors que le gouvernement voudrait qu’enfin le secteur de l’aquaculture puisse décoller. Jocelyn Kwok, directeur de l’Ahrim (Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice) a contesté, devant le tribunal environnemental, la licence d’exploitation de Growfish, une entreprise souhaitant créer une ferme aquacole à Bambous (sur la côte ouest). 
« Le risque requin est lié à la démesure du projet Growfish, cent fois plus élevés que ceux de la ferme de Mahébourg, explique l’Arhim. Chacun des sites de Bambous identifiés contient de 48 à 84 cages de 50 mètres de diamètre chacune, soit une surface équivalente à 30 stades d’athlétisme ! » Le tribunal a tenu des séances mais l’audience a été reportée à une date ultérieure. « Nous devons nous inspirer des problèmes survenus à La Réunion. Pouvons-nous prendre le risque d’une attaque de squale ? », s’interroge Jocelyn Kwok. Pour sa part, Pierre Yves Semaesse souligne qu’il existe peu d’études indépendantes liant aquaculture et requins. Le débat reste ouvert, mais vu le poids du tourisme à Maurice, le principe de précaution s’impose. 

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