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L’autonomie énergétique : un objectif très coûteux

1 juin 2019 | PAR La rédaction | N°340
Comme le photovoltaïque et l'éolien seront davantage mobilisés, il faudra compenser leur intermittence par des installations de stockage « 2 h » de 66 MW et « 4 h » de 353 MW. ©Région Réunion
La « Loi de transition énergétique pour la croissance verte » impose d'atteindre l’autonomie énergétique à horizon 2030. Un pari difficile si l’on considère la part des transports dans la consommation d’énergie fossile. Une étude montre néanmoins que c’est possible à condition d’investir 2,3 milliards d’euros.

L'étude, commandée par l’Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) concerne La Réunion, La Martinique et La Guadeloupe et se veut un « outil d’aide à la décision pour les instances locales qui auront à effectuer des choix dans le cadre de leur politique énergétique ». Elle a été présentée par Jean-Michel Bordage, directeur régional de l’Ademe, et Stéphane Biscaglia, ingénieur spécialisé dans les réseaux et le stockage électrique.
Les cabinets Artelia, Enerdata et Ordeccys, qui ont réalisé cette étude, ont intégré le fait que plusieurs scénarios sont possibles, en fonction des décisions politiques. Par exemple, le parc automobile dans dix ans sera le résultat des aides publiques et de la réglementation mises en place d'ici là pour que les automobilistes abandonnent le thermique au profit de l'électrique : installation de bornes de recharges, taxes sur les carburants, malus, interdiction des centres-villes aux véhicules polluants, etc.

 

La Renault ZOE
La Renault ZOE, pionnier et leader des véhicules électriques à La Réunion. Mais ce segment de marché ne représente encore que 1 % du marché automobile.  ©Droits réservés
 

Biomasse locale

Pour l'instant, l'électrique représente 1 % du marché automobile réunionnais, mais cela peut évoluer rapidement. Plusieurs scénarios ont donc été étudiés, avec un scénario central dit « tendanciel ». Celui-ci confirme que La Réunion peut techniquement parvenir à 100 % d'autonomie énergétique en 2030, et répondre à la demande des ménages et des entreprises, avec un parc de production de 1 320 MW qui tienne compte de l'abandon du fioul dans les centrales EDF, mais aussi du charbon dans les centrales d’Albioma, au Gol et à Bois-Rouge, dès 2025, remplacé par de la biomasse produite localement. Comme le photovoltaïque et l'éolien seront davantage mobilisés, il faudra compenser leur intermittence par des installations de stockage « 2 h » de 66 MW et « 4 h » de 353 MW pour lisser la production et maintenir la tension sur le réseau à 220 volts. L'étude estime les investissements nécessaires à 2,3 milliards d'euros.
À noter que l'étude n'a traité que le transport terrestre, laissant de côté l'aérien et le maritime, et que lors de la présentation, on n'a pas abordé la question devenue politique : faut-il ou non construire un incinérateur à La Réunion ?
Le lendemain de la présentation de cette étude, la Région organisait un forum de trois jours sur les énergies durables, avec plusieurs participants et invités des autres îles et notamment Marjaana Sall, ambassadrice de l'Union européenne pour Maurice et les Seychelles, et Hamada Madi (dit Boléro), secrétaire général de la Commission de l’océan Indien (COI). Une demi-journée a été consacrée à l’une des conditions essentielles pour parvenir à l'autonomie énergétique, comme le prévoit le scénario « tendanciel » : la maîtrise de la consommation. Un montant de 160 millions d’euros est prévu pour des actions de maîtrise de l'énergie sur la période 2019-2023, dont 95 millions d’euros pour le résidentiel et 65 millions d’euros pour les entreprises et les collectivités. Ces actions doivent permettre d'économiser 318 GWh (dont 196 GWh pour les entreprises et les collectivités et 121 GWh pour le résidentiel).  Ce volume de 318 GWh est loin d'être négligeable, il représente environ 10 % de la demande électrique.
On retiendra que, parmi les actions envisagées, il y a la poursuite d'actions classiques, comme les aides à l'achat d'un chauffe-eau solaire, mais aussi des mesures totalement inédites comme une aide à l'achat d'une marmite à riz « 2.0 ». Moins énergivore, elle sera mise sur le marché prochainement et suscite déjà beaucoup de curiosité.

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