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Madagascar

L’avenir repose sur l’équilibre des échanges économiques

1 mar 2019 | PAR Alain Foulon | N°337

Plusieurs lecteurs nous ont fait remarquer qu’il n’est pas établi que le général de Gaulle soit l’auteur de la fameuse boutade : « Madagascar est un pays d’avenir et le restera. » En effet, on peut en douter. Outre le fait que Georges Clemenceau a exprimé la même formule à propos du Brésil, il est difficile de penser, comme le prétendent certaines sources, que le général de Gaulle ait adopté ce ton ironique lors de son discours, très solennel, du 22 août 1958, à Tananarive. Un discours qui ouvrait la porte de l’indépendance et qui est d’ailleurs téléchargeable sur le site de la Fondation Charles de Gaulle. Il se terminait par : « Vive Tananarive ! Vive Madagascar !Vive la République ! Vive la France ! » On n’y trouve pas la fameuse boutade, ce qui aurait été incongru. Le général l’aurait-il lancée à quelques proches collaborateurs ? C’est du domaine du possible. Quoi qu’il en soit, force est de constater que cette petite phrase correspond à la réalité malgache depuis près d’un demi-siècle. Tout le monde attend maintenant que le nouveau président, Andry Rajoelina, parvienne à la rendre caduque. On en saura plus dans les prochains mois. Mais déjà, ce dernier était l’invité officiel de la fête de l’Indépendance, le 12 mars, à Maurice et, le lendemain, l’Economic Development Board de Madagascar et celui de Maurice proposaient un Business Forum où il était question de Transcending to a New Era of Economic Collaboration. Nous aurons l’occasion d’en parler dans notre prochaine édition.  

Donald Trump n’a rien d’un fou

À l’heure où l’économie mauricienne semble s’essouffler avec un déficit commercial qui se creuse et des usines textiles qui ferment, il est urgent de développer des synergies régionales. Même si dans le textile, justement, et dans d’autres secteurs comme l’externalisation de services aux entreprises (BPO), il existe une concurrence réelle entre les deux pays, les axes de complémentarité ne manquent pas.
Et de toute façon, dans la région océan Indien comme dans le reste du monde, l’avenir repose sur l’équilibre des échanges économiques. L’économie d’un pays qui achète tout, ou presque, et ne vend rien n’est pas viable sur le long terme. Quoi qu’on en dise, le président Trump a eu raison de taper sur la table et de brandir la menace du protectionnisme. Depuis des années, la Chine vend énormément de produits aux Etats-Unis et son excédent commercial avec ce pays a atteint 323,32 milliards de dollars sur l’année 2018. Comme l’économie n’est rien d’autre qu’une dynamique d’échanges, la Chine a donc acheté des bons du Trésor américains. Une manière de financer l’économie américaine. En 2018, on estimait que ces obligations d’État pesaient plus de 1 000 milliards de dollars. Une telle situation n’est pas saine.

Une solution : les droits de douane déductibles

Dans notre région du Sud-ouest de l’océan Indien, tout le monde veut à la fois exporter et protéger sa production locale. À La Réunion, la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) défend la stratégie du bon achat (SBA), c’est-à-dire le choix des produits et services pays. C’est bien, mais c’est toujours le consommateur qui paie l’addition quand il y a des surcoûts. Un peu de concurrence ne fait jamais de mal même s’il ne s’agit pas de prôner le libéralisme sauvage. Un juste compromis est nécessaire. Et cela pourrait passer par les droits de douane déductibles, comme l’a proposé le juriste Jean-Claude Martinez dès 2008 (*). Cela fait plus de dix ans que nous avons sous la main cette solution originale sans l’avoir mise en œuvre. Trop simple sans doute pour les technocrates ! De quoi s’agit-il exactement ? Les droits de douane sont déductibles par l’exportateur sous forme d’un crédit douanier de ses achats dans le pays importateur. Il s’agit de faire muter l’ancien droit de douane en un droit modulable, remboursable, négociable et bonifiable. La meilleure voie, nous semble-t-il, vers un équilibre des échanges économiques. Et l’on se prend à rêver d’une Commission de l’océan Indien (COI) qui aurait l’audace de l’emprunter. 

(*) Les Droits de douane déductibles contre le retour du protectionnisme - L’Harmattan (octobre 2008).

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