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Réunion

Le bilan des douanes indique un déficit commercial en baisse

1 mai 2018 | PAR Ignace de Witte | N°329
Patrice Vernet, directeur régional des douanes de La Réunion : « La Douane évolue, la dématérialisation nous fait gagner beaucoup de temps et je vous rassure : nos contrôles physiques sont toujours aussi nombreux. » Ignace de Witte
Patrice Vernet, patron des douanes, vient de présenter les résultats annuels de ses services avec la satisfaction du travail bien fait. Si les importations connaissent une baisse significative, les recettes douanières se portent bien et de belles prises sont à mettre à l’actif des douaniers. 

En 2017, la Douane a perçu 1,222 milliard d’euros de taxes et droits sur les marchandises importées à La Réunion, dont les trois quarts (913 millions) au profit de la Région, du Département et des communes (notamment 424 millions d'octroi de mer et 221 millions de taxe sur les carburants). Et pour pouvoir calculer le montant des taxes à percevoir (ou décider de la franchise), le douanier a besoin de documents, notamment une facture détaillée. 
C’est ainsi que 515 000 déclarations en douane ont été traitées, en moyenne en cinq minutes. En réalité, comme 99,9 % des déclarations sont dématérialisées, cela ne prend que quelques secondes mais, de temps en temps, cela prend deux jours. Pourquoi ? Parce que le flair du douanier, de plus en plus aidé par les recoupements informatiques, a bloqué sur un indice, une incohérence, bref quelque-chose d’anormal.
« Quand on contrôle physiquement un colis ou un conteneur, c'est pour trouver quelque chose, parce qu'on a fait un travail en amont. » De fait, le tableau de chasse 2017 est éloquent : 382 000 articles de contrefaçon ont été saisis, soit deux fois plus qu’en 2016. Cela s'explique par l'activité de transbordement de CMA CGM, qui a fait de La Réunion son « hub » de l’océan Indien, qui représente en 2017 quelque 80 000 conteneurs. La Douane de La Réunion a parfaitement le droit de visiter un conteneur qui vient de Chine et à destination de Madagascar, lorsqu'il passe à La Réunion. Elle a même le droit de le faire descendre du navire !

Des contrefaçons de produits réunionnais

Parmi les marchandises saisies pour lesquelles on doit une fière chandelle aux douaniers : de faux étriers de frein Brembo, qui auraient pu mettre la vie des automobilistes (et des piétons) en danger. On notera quelque-chose de nouveau en matière de contrefaçon : on commence à voir des produits réunionnais contrefaits (accessoires rhum Charrette, T-shirts Pardon). Les marchandises illicites sont normalement interceptées à leur point d'entrée sur le territoire (port, aéroport) mais parfois plus tard, chez le commerçant, histoire de vérifier s'il n'y a pas autre chose à découvrir dans son magasin ou son entrepôt. Parfois, la marchandise est 100 % conforme aux normes européennes et authentique, mais il y a une incohérence entre ce qui est déclaré et ce qui est trouvé lors du contrôle physique.
La Douane a procédé à 9,3 millions d’euros de droits et taxes redressés, suite à contrôles et enquêtes (+ 80 % par rapport à 2016) et 21 constatations portant sur des « capitaux non déclarés au passage de la frontière », pour un montant total de 407 000 euros (en clair, des passagers qui prennent l'avion avec plus de 10 000 euros en espèces sur eux qu'ils « oublient » de déclarer).
Plus sale que l'argent sale : les résultats de 2017 montrent une montée en puissance des drogues dures avec la saisie de six kilos d'ecstasy, 1,4 kg de cocaïne et la tendance à la diversification des drogues de synthèse, de plus en plus dangereuses. Pour rappel, en 2016, la douane avait intercepté à Sainte-Rose un « go-fast » qui venait de Madagascar et se dirigeait vers Maurice mais qu'une panne de moteur avait contraint de faire escale à La Réunion. Les douaniers ont ainsi pu mettre la main sur 42 kilos d'héroïne et démanteler une filière. Pas de coup de filet aussi important en 2017 mais le directeur des douanes est formel : « Il y a ici une vraie demande et des réseaux se mettent en place. »

La douane se dédouane

Les douaniers sauvent des vies ; pourtant, ils passent aux yeux de certains pour des fonctionnaires qui ne font rien qu'embêter les passagers, les entreprises et tout le monde. Il existe un groupe Facebook d'usagers mécontents parce que leur colis met quelques jours à peine pour venir de l'autre côté de la terre jusqu'à La Réunion, mais qu'il est ensuite « bloqué en douane » pendant de longues semaines. Patrice Vernet refuse d'être tenu pour responsable : « Le message de la Poste ''en cours de dédouanement’' n'est pas clair. Quand le dossier est complet, avec la facture, pour que l'on puisse calculer le montant des taxes, cela ne prend que quelques secondes. Je rappelle que c'est la responsabilité du transporteur (la Poste -NDLR) de veiller à ce que le dossier soit complet. »
La Douane cherche à prévenir les tracasseries administratives et, en partenariat avec la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) Réunion, elle a organisé quatre réunions d'information destinées aux primo-importateurs/exportateurs, accordé douze entretiens personnalisés et animé huit modules de formation à la réglementation douanière. Vingt-deux opérateurs réunionnais disposent à ce jour du label européen AEO (en français, Opérateur économique agréé) qui leur permet de simplifier leurs opérations douanières. Il existe également au sein de la Douane une cellule conseil, qui n'est pas assez sollicitée par les entreprises. Par exemple, qui sait qu'il existe une possibilité de remboursement de l'octroi de mer sur un bien réexporté ? 

LE FLAIR DES DOUANIERS DEVIENT NUMÉRIQUE
Le nombre de douaniers en poste à La Réunion stagne depuis plusieurs années (201 fonctionnaires) alors que l'aéroport Roland Garros accueille de plus en plus de passagers (2,2 millions en 2017), que le port de la Pointe-des-Galets manipule de plus en plus de conteneurs (331 000 EVP en 2017) et que de plus en plus de Réunionnais commandent sur Internet (1,5 million de colis postaux en 2017). Pour faire face, à effectif constant, à une activité fortement en hausse, les douaniers se font épauler par des logiciels.
Palangriers dans les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF). Les prises qui sont exportées ne figurent plus automatiquement dans les statistiques des douanes.  Ce qui explique une importante baisse (- 59 %) qui n’est pas le reflet de la réalité.
Palangriers dans les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF). Les prises qui sont exportées ne figurent plus automatiquement dans les statistiques des douanes. 
Ce qui explique une importante baisse (- 59 %) qui n’est pas le reflet de la réalité.  DR
 

OÙ L'ON APPREND L'EXISTENCE DU POISSON FANTÔME

Les statistiques sont comme les bikinis qui dévoilent beaucoup mais cachent toujours l'essentiel ! Ainsi faut-il décrypter certains chiffres du commerce extérieur pour mieux comprendre la réalité. La baisse des importations est directement liée au fait qu'en 2016, La Réunion a importé quatre avions de ligne, pour un montant total de 800 millions d'euros. Si on enlève cette opération exceptionnelle, les importations ont augmenté de 3,2 % en 2017 par rapport à 2016.
La baisse des exportations est également trompeuse. Elle concerne essentiellement le poisson congelé (- 59 %) et n'est que comptable. Quand un navire immatriculé à La Réunion entre au port et débarque son poisson, ce n'est pas comptabilisé dans les importations : ça, tout le monde le sait. Par contre, ce qui est nouveau, c'est que certains industriels procèdent maintenant le poisson « sous douane » avant de l'envoyer vers l'Asie (Vietnam, Hong-Kong, Singapour) et les États-Unis, de sorte que ce poisson n'entre à aucun moment dans les statistiques douanières. C'est ainsi que les exportations diminuent en chiffres alors qu'en réalité elles augmentent ! 
Autre précision utile : les exportations de La Réunion vers l'île Maurice ont augmenté, passant de 4,88 millions d'euros en 2016 à 6,9 millions d'euros en 2017, soit 2 millions de plus. Mais, il faut savoir que c'est essentiellement dû à la vente exceptionnelle d'un yacht d'une valeur de 1,43 million d'euros. En réalité, les exportations n'ont augmenté que de 622 243 euros. Et encore, en fouillant un peu plus loin, on découvre que c'est en grande partie en raison des Réunionnais qui partent s'installer à l'île Maurice. En effet, la valeur des déménagements, qui entrent dans les chiffres des exportations, est passée de 347 962 euros en 2016 à 970 661 euros en 2017.
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