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Réunion

Le bio et l’agriculture raisonnée pour en finir avec l’agriculture chimiquement assistée

1 sep 2019 | PAR Ignace de Witte | N°343
On compte actuellement à La Réunion 234 exploitations bénéficiant du label AB (Agriculture Biologique), sur un total de 7 870. Ce n’est pas beaucoup (3 %, contre 9 % dans l’Hexagone). Mais le nombre progresse.

Le bio part de très loin à La Réunion qui est le deuxième département de France en consommation de glyphosate ! Mais le bio a de l’avenir car les conditions climatiques se révèlent particulièrement favorables, l’île faisant partie des 25 hotspots de diversité biologique mondiale et, a priori, c’est une terre de prédilection pour l’agriculture biologique. Pourtant, les agriculteurs réunionnais se montrent accros aux traitements chimiques qui dopent les rendements de leurs champs comme on dope des coureurs cyclistes.

L’agriculture bio, ce n’est pas tourner le dos à la science, l’agriculture bio est une science !

La Réunion importe chaque année 50 tonnes de substance active. Lors des très fortes pluies, on assiste à ce qui s’appelle le « lessivage » des terres agricoles. Les produits chimiques mis sur les champs ruissellent jusqu’au lagon, polluant l’eau au point que la baignade doit parfois être interdite ! Le produit employé le plus connu est le glyphosate, qui détruit toutes les mauvaises herbes, les bonnes aussi, à l’exception des plants génétiquement modifiés pour y résister (ce qui explique le rapprochement entre Bayer et Monsanto).
Les adeptes du bio ne veulent évidemment pas entendre parler de cette chimie et encore moins d’OGM. Bernard Astruc, un des « papes » du bio, est revenu au mois de mars dernier prêcher la bonne parole et, à chaque fois, son auditoire s’élargit. Il y avait 15 personnes à sa première conférence en novembre 2017, ils sont des centaines aujourd’hui et surtout plus de 20 000 qui ont signé sa pétition pour une île 100 % bio et zéro produits phyto. Son objectif, avec l’aide de Joana Écormier du collectif Oasis Réunion, est maintenant d’atteindre 100 000 signatures, pour mieux se faire entendre des collectivités.
Il faut prendre conscience que la nature est merveilleuse. Par exemple, en Métropole, les tomates élevées sous serre sont pollinisées par le bourdon. À La Réunion,  c’est un insecte local, la « mouche charbon » (Xylocopa fenestrata) qui assure cette pollinisation. L’agriculture bio, ce n’est pas tourner le dos à la science, l’agriculture bio est une science !

 

Bernard Astruc a commencé avec 15 personnes venues l’écouter parler d’agriculture biologique, ils sont maintenant des centaines à chacune de ses conférences.
Bernard Astruc a commencé avec 15 personnes venues l’écouter parler d’agriculture biologique, ils sont maintenant des centaines à
chacune de ses conférences.  Photo : Ignace de Witte
 

Quand le bio ne convient pas, il existe l’agriculture raisonnée

Les agriculteurs réunionnais délaissent très lentement l’agriculture chimiquement assistée. Il y a même un planteur de canne (Kanéré de la Fournaise) qui a le label AB. Sa production située à Sainte-Rose est modeste (5 hectares), elle n’est pas destinée à faire du sucre mais du jus frais de canne. 
L’évolution vers le bio se heurte parfois à des problèmes inattendus. Par exemple, il n’existe pas encore au niveau national de référentiel bio pour le fruit de la passion, alors que cela ouvrirait des débouchés intéressants, sur le marché local et à l’export (le fruit de la passion ne poussant pas en Métropole). L’Association réunionnaise pour la modernisation de l’économie fruitière, légumière et horticole (Armeflhor) y travaille. C’est cet organisme qui a sélectionné de nouvelles variétés de bananes (CV902, MA13, Bambou, Jobo), permettant de produire ce fruit toute l’année. L’Armeflhor a également aidé les agriculteurs réunionnais à trouver la bonne variété de fraise (A92-19), caractérisée par une très belle présentation, de bons rendements et une qualité gustative excellente. La production s’étend aujourd’hui sur 15 hectares et représente 650 tonnes. Parfois, la nature si généreuse nous joue des tours : fin avril 2017, on a détecté la présence sur l’île de la mouche orientale des fruits (Bactrocera dorsalis). Cet insecte extrêmement polyphage (mangue, papaye, agrumes, goyave, tomate, piment café) peut provoquer jusqu’à 50 % de perte de récolte… C’est dans ces cas précis que se pose la question de l’usage des pesticides, insecticides et autres produits phytosanitaires. Entre le 100 % chimique et le 100 % bio, La Réunion peut sans doute trouver ce qu’on appelle une « agriculture raisonnée ».

 

Ce schéma permet de comprendre le principe de l’aquaponie qui est une contraction de « aquaculture » (élevage de poissons)  et « hydroponie » (culture de végétaux hors sol). Aucun ajout  de produit chimique, même autorisé en bio, n’est permis en aquaponie car cela tuerait les poissons.
Ce schéma permet de comprendre le principe de l’aquaponie qui est une contraction de « aquaculture » (élevage de poissons)  et « hydroponie » (culture de végétaux hors sol). Aucun ajout de produit chimique, même autorisé en bio, n’est permis en aquaponie car cela tuerait les poissons.  © aquaponie-pratique.com
 
L’agriculture biologique : un concept né en France
L’agriculture biologique est née en France d’une réflexion conjointe d’agronomes, de médecins, d’agriculteurs et de consommateurs. Dans les années 1920, ceux-ci ont initié un mode alternatif de production agricole privilégiant le travail du sol, l’autonomie et le respect des équilibres naturels. En 1981, les pouvoirs publics français ont officiellement reconnu l’agriculture biologique. Une Commission nationale en charge de l’organisation et du développement de l’agricultre biologique a alors été créée. En 1991, un règlement communautaire a repris pour l’Union européenne les principes édictés en France pour les appliquer aux productions végétales, puis aux productions animales en 2000.
Labels Bio


Deux labels crédibles pour le bio

Le label français AB (Agriculture Biologique) et l’Eurofeuille de l’Union européenne sont désormais familiers des consommateurs et peuvent être considérés comme crédibles. Ils certifient un niveau de qualité ainsi qu’un mode de production et de transformation respectueux de l’environnement, du bien-être animal et de la biodiversité. L’agriculture biologique a recours à des pratiques de culture et d’élevage soucieuses du respect des équilibres naturels. En effet, elle exclut l’usage des produits chimiques de synthèse, des OGM et limite les intrants. Les produits pouvant être certifiés issus de l’agriculture biologique sont nombreux : produits agricoles vivants ou non transformés, produits agricoles transformés destinés à l’alimentation humaine, aliments pour animaux ainsi que matériel de reproduction végétative et semences utilisées pour les cultures. L’agriculture biologique est soumise à une réglementation européenne appliquée par tous les États membres et complétée par des dispositions nationales. Les opérateurs de la filière bio de tous les stades (production, transformation, stockage et distribution) sont contrôlés au moins une fois par an par des organismes certificateurs agréés qui répondent à des critères d’indépendance et d’impartialité. Une mention de cet organisme figure sur chaque produit, près du logo.
Le bio à l’école
Près de Cannes, la petite commune de Mouans-Sartoux a décidé de produire elle-même ses propres fruits et légumes bio pour nourrir ses écoliers (1 300 repas par jours). Depuis 2010, ils sont cultivés dans le verger municipal qui fait 6 hectares et que les enfants peuvent venir visiter en sortie pédagogique.
Vrai bio et faux bio
«  Tout n’est pas vert dans le bio  », c’est le titre d’un hors-série Les dossiers du Canard enchaîné publié en juillet dernier où il est question de vrai et de faux bio ou encore de bio frelaté. Outre le fait qu’on peut s’interroger sur le bilan carbone de carottes bio qui ont voyagé 10 000 kilomètres, on constate qu’il existe dans certains pays des labels bio peu crédibles. Les contrôles de denrées alimentaires à l’entrée de La Réunion ont révélé, par exemple, du blé importé d’Inde et estampillé bio mais contenant des traces de pesticides. Consommer des fruits et légumes bio produits localement est la solution idéale, mais la gamme demeure limitée et, à certaines périodes de l’année, c’est carrément la pénurie. Quoi qu’il en soit, Jean-François Choux, un des pionniers de l’aquaponie dans l’île, y croit et s’efforce de développer le label VB (Vraiment Bio) qui garantit des produits bio vendus à moins de 50 km du lieu de production et sans utilisation de pesticides dits bio. La priorité est ainsi donnée aux circuits courts. L’aquaponie convient parfaitement au Vraiment Bio. En effet, elle consiste à produire des légumes et des fruits par reproduction de ce qu’offre la nature, en combinant cette culture avec un élevage de poissons. L’ammonium dégagé par les poissons dans leur bassin est transformé en nitrites par une première bactérie présente dans la nature. Puis ces nitrites sont transformés, grâce à la bactérie nitrobacter, en nitrates sous forme d’azote. L’eau est porteuse des éléments nutritifs utiles et, en bout de course, purifiée par les plantes qui s’en nourrissent, elle retourne aux poissons. C’est la reproduction du cycle naturel de l’azote. En circuit fermé, l’aquaponie permet d’économiser 80 % à 90 % d’eau par rapport aux autres cultures.  
Nadia Ramassamy militante bio
Dans un courrier daté du 5 juillet, la députée a alerté le ministre de la Transition écologique sur la difficulté pour les Réunionnais d’acheter des fruits et légumes bio, qui sont 30 % plus chers. Elle dénonce le fait que « la consommation de produits bio demeure le miroir des inégalités sociales, sanitaires et des fractures territoriales qui traversent notre pays. En effet, un cadre consomme deux fois plus de produits bio qu’un ouvrier, et cette disparité se reproduit entre les enfants de cadres et d’ouvriers (…) Ce n’est pas le manque d’accès qui réduit la consommation de ces produits, mais le prix ». Étant médecin de formation, Nadia Ramassamy insiste également sur l’aspect sanitaire : « Consommer bio, c’est réduire les risques d’obésité, c’est limiter le risque de cancer […] de diabète et de maladies cardiovasculaires. » Elle termine son courrier en demandant un meilleur accompagnement des agriculteurs qui veulent se convertir au bio.
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