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Le challenge de l’économie collaborative

1 avr 2016 | PAR Bernard Alvin | N°307
Selon certaines définitions, économie collaborative est un terme qui regroupe l’ensemble des nouvelles formes de partage, d’échange et de location permises par Internet afin de collaborer entre particuliers. Stocklib/Nopporn Suntornpasert
Pas vraiment nouvelle, l’économie collaborative est un concept à la mode et qui profite des réseaux en vogue sur Internet. Mais dans un monde schizophrène, elle a bien du mal à se généraliser.


Ces derniers temps, il est difficile d’ouvrir un journal ou un magazine sans voir d’article portant sur l’économie collaborative. Bien sûr, il y a des sujets qui font plus couler d’encre que d’autres, Uber étant sans doute le meilleur exemple. 
On dit qu’une personne sur cinq a déjà eu recours à l’économie collaborative. On associe très souvent cette économie comme étant celle générée par les jeunes de 18 à 24 ans. Ils seraient les principaux utilisateurs des formules Air BnB, Blablacar, Drivy, Ouicar, etc. Personnellement, je n’ai pas 18 ans, mais j’ai déjà utilisé ces services. À dire vrai, en ce qui me concerne, la pratique de l’économie collaborative n’est pas nouvelle, ce qui signifie que ce type de service n’est pas nouveau non plus. Les idéologies du partage ne sont pas nouvelles non plus. Autrefois, le mouvement hippie prônait également le partage et le vivre ensemble. Certains estiment que les valeurs de cette économie collaborative se rapprochent plus de l’idéologie collectiviste des kibboutzim, mouvement qui a quand même 100 ans d’âge ! Doit on considérer cette idéologie du partage comme un cycle qui revient à la surface tous les 50 ans ?

UN BOOSTER QUI S’APPELLE INTERNET

Si Internet n’a rien inventé sur ce plan idéologique, le mouvement actuel été clairement facilité par sa généralisation et celle des outils de navigation (ordinateurs, téléphones communicants, tablettes…). D’ailleurs, certains n’hésitent pas à définir l’économie collaborative comme « un terme qui regroupe l’ensemble des nouvelles formes de partage, d’échange et de location permises par Internet afin de collaborer entre particuliers ». Selon cette définition, l’économie collaborative n’existe que sur Internet. Rachel Botsman et Roo Rogers, qui ont théorisé ce mouvement, estiment que l’usage et le partage prennent le pas sur la possession et l’accumulation des biens. Il n’est pas un secteur qui ne soit touché. On trouve ici une plateforme qui met en contact directement les producteurs locaux et les consommateurs à travers des lieux d’échanges physiques, une autre qui permet à des inconnus de partager leurs connaissances et de troquer leurs cours en devenant tour à tour professeur et étudiant. Ou encore une autre qui propose aux habitants d’un lieu de faire la cueillette des fruits du jardin de son voisin afin de partager la récolte en trois, entre le propriétaire de l’arbre, les cueilleurs et une banque alimentaire.

UNE QUESTION D’ÉTAT D’ESPRIT

Il y a quelques années de cela, des études montraient que les Français rêvaient d’être propriétaires de leur logement. Il semblerait donc que le vent ait tourné. Serait-on devenu moins possessif ? Serait-on devenu très assoiffé de communication et d’échanges humains au point de vouloir tout partager ? Certes, derrière cet engouement pour le parage se cache aussi une réponse à la crise économique. Les économies de bon nombre de pays ne vont pas bien, la pauvreté a tendance à se développer, aussi l’économie collaborative offre-t-elle une certaine réponse. Mais on peut aussi se demander pourquoi les économies s’essoufflent car celles-ci sont faites par la gente humaine !
Les gens n’auraient-ils plus le cœur à consommer ? Serait-on en train de rejeter la société de consommation avec ses excès, notamment sur le plan du dérèglement climatique et de la course effrénée au toujours plus de production, de rendement, de croissance qui rend les hommes esclaves et condamnés à se tuer au travail pour préserver des résultats économiques ? 1968 est-il de retour ? Assiste-t-on à un mouvement de sagesse et d’humanité qui ferait qu’on serait devenu moins matérialistes, moins possessifs, plus communicants, plus respectueux de l’environnement ?
Dans le même temps, nos journaux et nos magazines nous montrent que les théâtres de guerre ont tendance à se développer et que les budgets consacrés à la fabrication, la vente et l’achat d’armes se développent aussi. Sont-ce les mêmes hommes qui seraient devenus à la fois des adeptes de l’économie et de la vie collaboratives et des va t’en guerre ? En fait, on peut très bien utiliser tous les systèmes collaboratifs et communicants pour suivre des desseins d’amitié comme d’inimitié ! Tout dépend de l’état d’esprit des personnes.

IL Y A UN CHAÎNON MANQUANT

Si je suis réfugié de guerre ou habitant d’un quartier déshérité, nul doute que j’ai des choses à dire sur la notion d’inimitié ! Il est difficile de se sentir aimé ou estimé si l’on vit dans un endroit où règne la guerre ou la délinquance et son cortège d’agressivités. Si la terre n’a jamais été vraiment en paix depuis l’aube des temps, il est à noter que les endroits « insécures » ont tendance à être de plus en plus nombreux ces dernières années. Autrefois, lorsqu’est apparu l’« homo routardus » (l’époque du Guide du routard), on pouvait partir à la découverte de nombreux pays « reculés » et les découvrir à pied, à vélo, à cheval, en voiture, en train, en bateau, et bien sûr en avion pour certains.
On pouvait par exemple parcourir l’Afghanistan à dos de cheval. Qui s’aventurerait à faire cela de nos jours ? Vivrait-on ainsi dans un monde schizophrène avec à la fois une tendance à la communication et une tendance à l’insécurité et à l’agressivité ? Une des réponses est peut-être à rechercher dans la notion de communauté qui est également très à la mode. « Community builder » est devenu un métier ! On entend souvent parler de communautarisme… L’homme semblerait vivre bien plus en communauté qu’avant. Ainsi, l’économie collaborative serait plus une pratique des personne motivées pour vivre au sein de communautés ? Et alors, l’inimitié, l’agressivité, voire la guerre, seraient plus une problématique extérieure aux com-munautés qui lutteraient pour se faire respecter ou se préserver ou se défendre des ennemis localisés clairement en dehors des frontières et jamais en interne ?
Ainsi, on aurait d’un côté une forte progression de la notion de confiance entre les personnes (d’une même communauté) et une forte progression de la notion de défiance (entre les communautés) ?Y aurait il donc un « chaînon manquant » entre les communautés qui conduirait à ce système schizophrénique ? Le lien entre les communautés sera-t-il l’invention de la prochaine génération ? Cette génération va-t-elle inventer de nouveaux moyens technologiques pour porter cette nouvelle tendance ?
En tout cas, pour le passionné du développement des potentiels humains que je suis, je ne peux que me désoler de voir que les progrès apportés par l’économie et la sociologie collaboratives sont contrebalancés par les dégâts produits par les nombreux conflits humains aux quatre coins de la planète. Nous avons donc encore beaucoup à faire pour développer la condition majeure pour le développement des capacités humaines : la confiance entre les personnes. Souhaitons bonne chance aux prochaines générations pour relever avec succès ce superbe challenge !
Bernard Alvin

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