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Réunion

Le contenu de l’assiette est un révélateur de la société

1 sep 2019 | PAR Ignace de Witte | N°343
Les Réunionnais dépensent chaque année 2,1 milliards d’euros pour se nourrir, c’est le premier poste de dépenses des ménages (*). Mais le contenu du caddie et de l’assiette varie beaucoup selon les catégories sociales.

La part de l’alimentation dans le budget d’un ménage varie de 33 % à 21 %. C’est logique : plus on gagne d’argent, moins l’alimentation occupe une part importante du budget car on réalise d’autres dépenses. Un cadre qui touche, en moyenne, trois fois plus qu’un retraité ne va pas dépenser trois fois plus pour s’alimenter, mais seulement deux fois plus, car il va se permettre des plats et des vins plus fins, donc plus chers. Il va prendre ses repas plus souvent à l’extérieur du domicile, au restaurant, mais le volume de son estomac demeure le même. 
Selon une étude de l’Insee, les ménages les plus modestes « sont contraints à se limiter à certains produits ou à certaines gammes de produits » et « les plus aisés diversifient leur consommation ». Sous ces mots très neutres se cache une réalité socio-économique délicate à exprimer, mais qui apparaît clairement à la lecture des chiffres : un cadre dépense en moyenne 60 euros en achat de riz par an, contre 109 euros pour un employé, 171 euros pour un ouvrier et 188 euros pour un agriculteur. À l’inverse, un cadre va dépenser 68 euros en achat de pâtes, contre 36 euros pour un ouvrier, 39 euros pour un employé et 42 euros pour un agriculteur. Nous éviterons toute polémique sur un sujet sensible en nous contentant de dire que pour devenir cadre, c’est simple : il faut arrêter de manger du riz et se mettre à manger des pâtes !
Autre marqueur social : les ménages les plus modestes (inactifs) consomment principalement du poulet et du canard (frais ou congelé), 327 euros par an, contre 217 euros pour les cadres, ces derniers étant parmi ceux qui mangent le plus de bœuf, plus cher. L’Insee précise : « Au total, les ménages aisés dépensent 60 % de plus en viande que les plus modestes. » Ce sont également les cadres qui achètent le plus de beurre (42 euros par an, contre 21 euros en moyenne) et ce sont encore eux les plus gros consommateurs d’eau en bouteille : 174 euros par an, contre 63 euros pour un ouvrier, 82 euros pour un agriculteur et 49 euros pour un inactif qui, on imagine, boit plus souvent l’eau du robinet puisque les besoins hydriques sont les mêmes pour tous.

Principales dépenses alimentaires

L’Insee a également comparé les dépenses alimentaires des ménages réunionnais par rapport aux ménages métropolitains. En moyenne, elles sont de 29 euros de moins par mois pour les achats en magasin et 54 euros de moins pour les repas pris à l’extérieur du domicile, ceci alors que les prix se révèlent plus élevés à La Réunion et le revenu moyen plus faible. Le contexte socio-économique local fait que le ménage réunionnais type privilégie les produits « premier prix » et les « camions-bars ». Il existe cependant bien une clientèle haut de gamme à La Réunion, et même très haut de gamme, qui consomme des produits de luxe (homard, caviar, huitres) et fréquente les restaurants gastronomiques. Dans l’assiette se reflète la société.
En ce qui concerne le contenu de l’assiette, les Réunionnais consomment 31 % de plus de matières grasses (huile, beurre, margarine) que les métropolitains. En particulier, la consommation d’huile est deux fois plus élevée, surtout pour les ménages les plus modestes, qui consomment 20 litres d’huile par an contre 8 litres chez les ménages métropolitains les plus modestes. 
Autre constatation : les ménages réunionnais achètent beaucoup moins de fruits (- 52 %) et un peu moins de légumes (- 6 %), ils achètent par contre davantage de viande, mais pas la même. Les Réunionnais consomment trois fois plus de volaille, plus de porc (+ 59 %), mais moins de bœuf (- 61 %) que les métropolitains. Encore plus surprenant : les Réunionnais mangent, en moyenne, moins de poissons que les métropolitains (alors qu’ils se trouvent sur une île). Seuls les ménages les plus aisés mangent la même quantité de poisson qu’en Métropole.

(*) À La Réunion comme en Métropole, l’alimentation est le deuxième poste de dépenses des ménages, derrière les transports. Mais en ajoutant aux achats alimentaires (1,7 milliard d’euros) les repas pris à l’extérieur du domicile (418 millions d’euros), « se nourrir » devient le premier poste de dépenses du ménage moyen.


 




L’autoconsommation

Quelqu’un a dit : « Cultiver ses fruits et légumes, c’est comme imprimer les billets de banques avec lesquels on fait ses courses. » L’autoconsommation est évidemment conditionnée par le fait de disposer d’un terrain. Dans ce cas, on note que les ménages les plus modestes cultivent plus souvent des fruits et légumes alors que les ménages les plus aisés préfèrent les fleurs et les plantes ornementales. Les ménages modestes qui possèdent un terrain élèvent aussi souvent de petits animaux de basse-cour (poules, canards, lapins). Il semble difficile d’évaluer le poids économique de cette autoconsommation, mais l’enquête Budget des ménages permet d’avoir des chiffres : 18 % des ménages réunionnais cultivent et élèvent à la maison et cela représente 337 euros par an et par ménage, soit au total 134 millions d’euros, de « non dépenses » (dont il faut évidemment retirer la nourriture des animaux, l’eau, l’engrais, etc.) L’autoconsommation permet de faire des économies mais surtout de manger mieux : il a été constaté que la production domestique ne se substituait pas aux achats mais permettait de doubler la consommation de produits frais.
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