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Etats Unis

Le courtage à haute fréquence accusé de manipuler Wall Street

7 avr 2014 | PAR AFP
Le monde de la finance à New York est au coeur d’une polémique car le journaliste américain Michael Lewis accuse les échanges d’être manipulés, au profit des traders à haute fréquence. - Stocklib
Le dernier essai du journaliste américain Michael Lewis bouleverse le monde de la finance à New York. Au coeur de son ouvrage, une accusation : les échanges sont manipulés, au profit des courtiers à haute fréquence. 

Connu comme l'un des premiers auteurs à avoir démontré dans les années 1980 qu'un best-seller sur la finance n'était pas impossible avec les titres « Liar's Poker » ou « Moneyball », Michael Lewis, un ancien courtier, relate dans « Flash Boys » l'histoire vraie d'un courtier en rébellion contre les méthodes de courtage les plus sophistiquées.
Fin 2006, fraîchement débarqué à Wall Street, Brad Katsuyama, employé de la Royal Bank of Canada (RBC), s'étonne : ses positions ne cotent pas comme il le souhaite. Les échanges semblent manipulés. Après une petite enquête, il découvre le coupable : le courtage à haute fréquence (HFT).
La trame de l'essai, publié cette semaine aux États-Unis, est aussi accrocheuse qu'à la mode.
Depuis le krach éclair de mai 2010, pour lequel il avait été mis en cause, le HFT, qui permet d'échanger des actions à la vitesse de la lumière, est sous haute surveillance du public, comme des autorités.
La parution de « Flash Boys » intervient moins de deux semaines après l'annonce d'une enquête par la justice de l’État de New York sur ces pratiques. Le gendarme boursier américain (SEC) et le FBI ont, depuis, fait savoir qu'ils menaient aussi leurs propres investigations sur la question.
Au fil de ses recherches, M. Katsuyama découvre que des opérateurs semblent profiter de la vitesse foudroyante de programmes informatiques, fondés sur des algorithmes complexes, pour mettre en péril ses positions. Et celles de tous les investisseurs « lambda » avec lui.
« Ils peuvent déceler votre envie d'acheter des actions Microsoft, les acquérir avant vous pour vous les revendre finalement à un prix plus élevé », accuse Michael Lewis sur la chaîne CBS.
 

Pas illégal


Une fraction de milliseconde suffit à faire la différence. Elle est acquise au prix fort par des sociétés installant, au plus près des échanges, des serveurs reliés à leurs ordinateurs par des fibres optiques à connexion ultra-rapide et des commutateurs à haute fréquence.
« Le marché américain est désormais comparable à un système de classes séparant les pauvres des nantis, dont la richesse n'est pas l'argent mais la vitesse », écrit M. Lewis.
Certes, répondent les accusés, mais si avantage il y a, ce n'est pas illégal. « Tout le monde peut profiter de ces services moyennant paiement », précise une source proche des intéressés. Le NYSE et le Nasdaq n'ont pas désiré faire de commentaires.
« Il est injuste et irresponsable de dire que Wall Street est truquée parce que certains professionnels (...) poussent d'un cran plus haut le niveau de compétition », fulmine quant à lui William O'Brien, de l'échange BATS.
Décidé cependant à contrer son influence, M. Katsuyama quitte RBC et lance en octobre 2013 sa plateforme d'échanges, l'IEX, « destinée à institutionnaliser l'honnêteté dans les marchés », sans attendre l'évolution de régulations qu'il juge dépassées.
La solution proposée est simple : l'introduction d'un délai de 350 microsecondes entre la demande et l'exécution de chaque ordre pour mettre tout le monde au même niveau.
Une proposition qui fait des émules puisqu’ en plein débat sur le sujet, l'une des plus grosses sociétés de courtage électronique de Wall Street, Interactive Brokers, a annoncé le lancement d'un service inédit permettant aux investisseurs de router leurs ordres directement vers l'IEX.
Loin de toute concurrence potentiellement déloyale du HFT.
Pour certains experts, le courtage à haute fréquence a toutefois d'autres ennemis bien plus sérieux que l'IEX.
Sous l'effet conjugué de la baisse de la volatilité et des volumes d'échanges, mais aussi de la hausse des coûts pour rester compétitif, la part du courtage HFT est en net déclin depuis son pic en 2009. Et les revenus qu'il génère ont depuis été divisés par cinq.
« De plus en plus d'intermédiaires parviennent à protéger leurs clients (...) des courtiers à haute fréquence », explique Larry Tabb, fondateur de TABB Group, une société de conseil financier. « Ce n'est que l'effet logique de la concurrence ».

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