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Le difficile pari des îles vanille

15 sep 2015 | PAR Alain Foulon | N°301
Les Maldives occupent la première place parmi les Îles Vanille avec 1 204 857 touristes en 2014 (dont 30% de Chinois). Mais Maurice n’est plus très loin derrière. - Stocklib/Tatiana Popova
Pas évident de mettre au diapason des destinations qui ne jouent pas dans la même cour. La première difficulté est de convaincre des professionnels qui restent sceptiques. Mais ils n’ont pas grand chose à perdre et tout à gagner…



« Les Îles Vanille ? Je n’ai pas d’avis tranché sur la question. Nous n’avons pas encore beaucoup de séjours combinés et il y a sans doute des choses à faire en mettant en avant les destinations et pas seulement les hôtels. Il y a des Américains qui viennent faire des safaris en Afrique, cela représente une opportunité. » Gilbert Espitalier-Noël, CEO de Beachcomber, le premier groupe hôtelier mauricien avec 2 000 chambres, résume à lui seul un sentiment général. Les professionnels demandent à voir et, bien sûr, aucun hôtelier n’a envie de partager sa clientèle. Il faudra donc lui prouver qu’il peut trouver dans le concept d’Îles Vanille un potentiel de développement. Capter de nouveaux clients comme ces Américains évoqués par Gilbert Espitalier-Noël. 

UNE FORTE DEMANDE POUR LES SÉJOURS COMBINÉS

Xavier-Luc Duval, Premier ministre adjoint et ministre du Tourisme mauricien, actuel président des Îles Vanille, explique dans ce dossier que le concept ne se réduit pas à des séjours combinés, mais qu’il s’agit aussi d’un label qualité et d’une dynamique en matière de marketing. Pas facile à mettre en œuvre tant les disparités sont importantes entre les sept destinations concernées : par ordre d’importance Les Maldives, Maurice, La Réunion, Madagascar, Les Seychelles, Mayotte et les Comores. Le groupe mauricien Beachcomber à lui tout seul exploite quasiment autant de chambre classées que toute La Réunion. Il n’empêche que les séjours combinés ont le vent en poupe. « La demande connaît une forte croissance », souligne Georges Talbotier, directeur général du groupe mauricien Trimetys qui s’est spécialisé dans les « boutique-hôtels ». Il exploite deux hôtels à Maurice, « Le Sakoa » et « Le Tamarin », et un hôtel à Rodrigues (« Le Tekoma »), auxquels il prévoit d’ajouter « Les Salazes » à La Réunion. Ce dernier établissement, situé à Hell-Bourg, dans le cirque de Salazie, avait été annoncé pour 2012, mais sa réalisation a été retardée en raison de l’instruction du dossier en défiscalisation. Trimetys affirme néanmoins sa volonté de le mener à terme et annonce dans le même temps un deuxième hôtel à Rodrigues. Le groupe entend bien jouer à fond la carte des séjours combinés. 
Stéphane Barras, directeur de Lux à La Réunion, se montre sceptique sur l’apport des Îles Vanilles en soulignant que les séjours combinés existent déjà depuis longtemps. Il se trouve également à la tête du Récif dont les murs ont été vendus au groupe de Hong Kong Prosperous Holding Ltd. Un opérateur qui investit dans un hôtel cinq étoiles à Saint-Philippe, futur « Lux Sud Sauvage », avec 82 villas qui seront gérées par l’enseigne mauricienne. Stéphane Barras sera chargé de l’ensemble des opérations à La Réunion. 

ENTRE CONCURRENCE ET COMPLÉMENTARITÉ

Parmi les membres des Îles Vanille, il y a trois destinations directement concurrentes, Les Maldives, Maurice et les Seychelles où le tourisme pèse lourd dans le PIB et a donné le jour à une véritable industrie. Le leadership se dispute aujourd’hui entre Les Maldives et Maurice, cette dernière destination ayant été nettement distancée en 2013. Cette année-là, l’archipel aux 1 200 îles a accueilli 1 125 202 touristes, dont 331 719 Chinois, en progression de 44,5%. Une clientèle qui a continué de progresser en 2014 plus fortement que l’ensemble des visiteurs, à + 9,06%. Les Maldives ont ainsi atteint les 1 204 857 visiteurs. Cette énorme progression s’explique par des dessertes aériennes à bas prix et une image de marque très forte. Pour sa part, Maurice a franchi le cap du million de visiteurs en 2014, dont 63 365 Chinois. Cette clientèle chinoise devrait fortement progresser en 2015 puisqu’elle atteignait déjà 62 185 visiteurs au 31 août.

Si l’on ramène le nombre de touristes au nombre d’habitants, les Seychelles se situent en deuxième position derrière les Maldives puisque cet archipel de 90 000 habitants a accueilli 232 667 touristes en 2014. La proportion de visiteurs chinois y est nettement moins importante qu’aux Maldives, à 13 349, soit 6% de l’ensemble. C’est l’Allemagne (15%) qui occupe la première place, suivie de la France (14%). La clientèle européenne représente encore 66% des visiteurs.

Si La Réunion occupe la troisième place, parmi les Îles Vanille, en nombre de touristes, avec 405 700 visiteurs en 2014, c’est en raison de l’importance de son tourisme affinitaire (amis et familles en visite) qui pèse pour plus de la moitié. Le développement du tourisme d’agrément dépend surtout de l’accroissement du parc hôtelier qui ne représente que moins de 20% du parc mauricien. Même problématique à Madagascar où l’on vise néanmoins les 300 000 visiteurs en 2015, ce qui sera encore loin du record de 375 000 enregistré en 2008. Avec ses 5 000 kilomètres de côte, sa faune et sa flore uniques au monde, la Grande île ne manque pas d’atouts. Mais elle doit instaurer un réel climat de confiance pour attirer des investisseurs. Dans l’immédiat, elle a tout à gagner des Îles Vanille, étant parfaitement complémentaire aux destinations phares que sont Les Maldives, Maurice et les Seychelles. On peut dire la même chose des Comores et de Mayotte, la première étant quasiment inexistante sur la carte mondiale du tourisme. Les dernières statistiques officielles, qui remontent à 2011, n’indiquent que 19 000 touristes. En nette progression par rapport à 2010 qui, avec 15 000 visiteurs, a subi les conséquences du crash de l’avion de Yemenia en 2009, mais très loin des 28 000 touristes enregistrés… en 1998. Il faut ajouter que le tourisme comorien est majoritairement affinitaire, alimenté par la diaspora comorienne de France métropolitaine. Les Comores ne manquent pas d’atouts naturels et culturels, mais il reste à les faire connaître et, surtout, à attirer des investisseurs pour développer les infrastructures d’hébergement. 










Classée au Patrimoine mondial de l’Unesco, La Réunion dispose d’atouts complémentaires aux locomotives que représentent les Maldives, Maurice et les Seychelles. Mais elle doit développer son infrastructure hôtelière. - Ipreunion.com

LES LIAISONS AÉRIENNES SERONT DÉTERMINANTES

Avec 50 500 visiteurs en 2014, Mayotte s’en sort mieux que le reste de « l’archipel des sultans batailleurs » mais enregistre une baisse de 4%. Le tourisme d'agrément, motivé principalement par la découverte de l'île, est le plus pénalisé et ne fournit que 20% des visiteurs. Ce qui explique que seulement 25% des visiteurs fréquentent un hébergement marchand. « L'intérêt touristique de Mayotte est confirmé par les visiteurs, mais plus de la moitié d'entre eux mettent un bémol sur le rapport qualité/prix », signale l’Insee dans son enquête annuelle.
Au bout du compte, il ressort que derrière les trois locomotives que représentent les Maldives, Maurice et les Seychelles, les autres destinations des Îles Vanille éprouvent encore des difficultés à s’imposer en matière de tourisme d’agrément. Mais elles disposent d’atouts incontestables comme La Réunion, par exemple, qui peut profiter de son inscription au Patrimoine mondial de l’Unesco. Toute la difficulté consiste à mettre en œuvre des synergies permettant à chaque destination de s’y retrouver. Pascal Viroleau, directeur de l’organisation des Îles Vanille, y croit et fait ressortir que 186 000 touristes ont choisi un séjour combiné en 2014, en progression de 15%. « Cette tendance devrait se poursuivre en 2015 car les produits inter-îles ont tendance à augmenter. Ils correspondent aux attentes et satisfont les clients. » Pascal Viroleau s’appuie également sur une étude qui montre que sur 700 possibilités mondiales, les îles Vanilles arrivent à se positionner en tant que destination alternative par rapport à la Thaïlande, l’Indonésie, les Fidji ou encore les Etats-Unis. Parmi les points forts des îles de l’océan Indien : l’environnement, la beauté des paysages, la propreté, la qualité architecturale et la qualité de l'air. « Ce qui est important aujourd’hui, c’est que les îles continuent de travailler ensemble et qu’elles renforcent leurs partenariats », souligne le directeur des Îles Vanille. Dans ce cadre, des soutiens aux tours-opérateurs régionaux vont être apportés par le label pour qu’ils aient des produits combinés dans leurs catalogues. Cela s’étendra au niveau international grâce aux partenariats établis avec les voyagistes TUI Group et Rev Vacances. Mais le point le plus important concerne la connectivité aérienne. En la matière, le travail de la Commission de l’océan Indien commence à payer avec la création d’une « Alliance Vanille » entre les compagnies Air Madagascar, Air Mauritius, Air Austral et Air Seychelles. Enfin, les îles Vanille vont collaborer avec la compagnie italienne Costa Croisières avec l’objectif de faire tripler d’ici à 2017 le nombre de croisiéristes qui s’élève actuellement à seulement 6 000. Maurice, La Réunion, les Seychelles et Madagascar (avec Tamatave, Nosy Be et Diego Suarez) devraient faire partie des nouveaux circuits de croisière.

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