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France

Le mal français n’a pas encore été soigné

12 sep 2014 | PAR Alain Foulon | N°288

Le magazine « Causeur », qui détonne dans l’univers français d’une presse conformiste, vient de publier un dossier sur « La France contre Paris » dans son numéro d’été. « Il y a dans ce pays une fracture, non pas simplement sociale, mais territoriale, culturelle et symbolique entre Paris la ville-monde et « la périphérie » provinciale, péri-urbaine ou grand-banlieusarde », écrit Elisabeth Lévy, la directrice de la rédaction. Et François Bayrou, dans un long entretien, parle d’une « rupture proche entre les élites et le pays réel », tandis que le géographe Christophe Guilluy rappelle la dure réalité des chiffres. « La France des 60% d’exclus est bien celle des campagnes et zones pavillonnaires, à l’écart du dynamisme des grandes métropoles. »
Trente-huit ans après la parution du fameux livre d’Alain Peyrefitte, « Le Mal Français » aurait donc empiré. La bureaucratie et le jacobinisme parisien qui, bien souvent, à travers la décentralisation, a généré des jacobinismes à plus petite échelle, avaient empêché ce grand serviteur de l’État et essayiste de talent de mener des réformes et notamment à l’Éducation nationale. « Pourquoi ce peuple vif, généreux, doué, fournit-il si souvent le spectacle de ses divisions et de son impuissance ? », se demandait alors Alain Peyrefitte. Et son livre, paru en 1976, n’a pas vraiment vieilli, sauf qu’on en arrive aujourd’hui à une rupture culturelle entre le Paris des bobos et le reste de la France.
Pour La Réunion, lointaine province à 10 000 kilomètres, la fracture pourrait être ressentie plus durement, mais l’identité insulaire l’amortit quelque peu. L’avantage d’un département d’Outre-mer, qui a connu l’esclavage, c’est d’éveiller davantage de sympathie que la Lozère auprès des grands chefs blancs de Paris qui se croient bien souvent investis d’une mission de libérateur, à l’instar d’un Sarda Garriga. Mais une fois qu’on a profité de tous les rattrapages sociaux, qu’est-ce qu’on fait ? La Réunion ne peut plus se contenter d’être une lointaine province française et elle devra forcément s’émanciper pour réussir son intégration régionale. Le protectionnisme douanier insulaire devrait commencer par s’appliquer aux idées et modèles importés de Paris. Et dans l’autre sens, je propose de doper les chiffres du commerce extérieur en exportant quelques beaux spécimens de « missionnaires », genre profs trotskystes écolos, par exemple. Pour dégager de la valeur ajoutée et bénéficier du label de la production locale « nou la fé », il faudrait les livrer avec des plumes et du goudron. Pour ceux-là, donc, pas de problème ! Par contre, pour les collabos, c’est moins simple. Ils sont chez eux et on ne peut pas les fusiller comme à la Libération. La pire des colonisations, ou la meilleure, selon le point de vue où l’on se place, c’est celle des esprits. Les Américains en savent quelque chose ! Et la décolonisation, à ce niveau-là, est toujours difficile. Mais rien n’est impossible, c’est juste une question de temps. Et l’application du principe de subsidiarité pourrait y aider. Tout ce qui peut être décidé de manière satisfaisante sur le plan local ne devrait pas être décidé ailleurs. Et quand on dit local, c’est aussi à l’échelle d’une commune, d’un quartier ou même d’une famille. Il est nécessaire aussi d’améliorer le dialogue social dans une optique de développement territorial.
Pour cela, les responsables syndicalistes doivent abandonner leurs vieux schémas de lutte des classes importés de Paris. Il n’est pas sain qu’une minorité de grévistes bloquent l’activité d’une entreprise pour obliger sa direction à négocier, comme on l'a vu dans le cas de la Cilam. Que reproche-t-on à cette entreprise agroalimentaire ? De gagner de l’argent et de réinvestir la plus grosse partie de ces bénéfices ? C’est plutôt une bonne chose et d’ailleurs, les actionnaires majoritaires de cette entreprise ne sont pas de vilains capitalistes et encore moins une lointaine multinationale. Il s’agit de l’Union régionale des coopératives agricoles, c’est-à-dire des agriculteurs réunionnais, tout simplement. Décolonisons nos esprits de la pensée unique parisienne !
Il existe par exemple une bourse à 45 minutes d’avion, à Port-Louis, accessible aux entreprises comme aux investisseurs de La Réunion. Pourquoi ne pas en profiter plutôt que de regarder du côté de la bourse de Paris qui demeure inaccessible à la plupart des entreprises réunionnaises ?

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