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Océan Indien

Le marché réunionnais demeure tourné vers la France

Quatre compagnies françaises opèrent sur l’aéroport Roland Garros (Air Austral, Air France, Corsair et XL Airways). Elles seront cinq en juin 2017 avec l’arrivée de la compagnie « Low Cost » French Blue. - Studio Lumière pour la SA ARRG
Si la concurrence va s’intensifier avec l’arrivée de French Blue, la compagnie « Low Cost » du groupe Dubreuil, cela reste une bataille franco-française. Et l’on peut se demander si le tourisme en profitera alors qu’il a besoin de diversifier ses marchés.


Depuis 2011, l’aéroport Roland Garros a franchi la barre des 2 millions de passagers et profite d’un marché dynamique, concurrentiel et innovant, avec de nouveaux modèles économiques émergents. En 2015, la croissance du trafic passagers s’est établie à + 3,6% avec, en première ligne, 1 188 000 voyageurs de ou vers la France métropolitaine qui pèsent 58% du marché. Un nombre qui a encore progressé en 2016 même si nous ne disposons pas encore des derniers chiffres au moment de boucler ce dossier. Sur le seul mois de novembre 2016, le nombre de passagers a progressé de + 5,8% par rapport à novembre. Mais ce marché a la particularité d’être très saisonnier, avec de fortes pointes de trafic chaque saison estivale. C’est dans ce contexte que la première compagnie française « Low Cost » et long-courrier, French Blue, filiale du groupe Dubreuil, a décidé de voler dans le ciel réunionnais à partir du 16 juin 2017. Avec des ambitions fortes. Huit rotations par semaine de Paris vers Saint-Denis, 20% de capacité en plus, l’objectif de Jean-Paul Dubreuil est clair : « Devenir un challenger de choix sur la desserte et détenir 20% des parts de marché d’ici un an à un an et demi en stimulant le trafic par une politique de prix agressive ». 

PLUS NOMBREUX À SE PARTAGER LE GÂTEAU

Chez les concurrents, cette arrivée inquiète et interroge à la fois sur la trop forte concentration des opérateurs sur un même marché et sur le modèle « Low Cost », une tendance lourde de l’économie qui a fait ses preuves mondialement dans l’aérien sur les vols moyen-courrier. « Nous devons nous interroger su l’émergence d’un modèle « Low Cost » long-courrier, estime Pascal de Izaguirre, Pdg de Corsair International et de TUI France. C’est un modèle pérenne et dominant, qui a été créé sur le moyen-courrier et qui commence à se développer sur le long-courrier. Il peut bousculer notre Business Model et doit nous conduire à une réflexion stratégique pour savoir quelle riposte adopter. » Dans l’esprit du « Low Cost », Corsair a annoncé revoir sa grille tarifaire à compter du printemps 2017, pour proposer des vols avec des tarifs à la carte. 
Pour Marie-Joseph Malé, Pdg de la compagnie réunionnaise Air Austral, il faut être lucide. « Nous sommes réalistes. Nous savons que l’arrivée d’un cinquième concurrent va nous impacter car cela correspond à 20% de capacité supplémentaire. Nous avons observé par le passé, avec l’arrivée de XL Airways, que le trafic a frémi mais n’a pas bondi. Certes, French Blue propose des prix intéressants mais pas en complet décrochage. C’est hybride. Il va falloir que les compagnies s’adaptent en baissant leurs prix ou leurs capacités. » Même son de cloche chez Air France. « C’est une entrée agressive qui ne sera pas sans conséquence sur le marché actuel dont l’élasticité n’est pas infinie, explique le directeur régional de la compagnie française, Christian Oberlé. Mais cela fait 72 ans que nous sommes présents à La Réunion. Nous avons vu d’autres compagnies passer et sommes confiants en notre modèle qui est robuste. »

SCEPTICISME GÉNÉRAL QUANT AU DÉVELOPPEMENT DU TOURISME

Le véritable enjeu est de savoir si le secteur du tourisme profitera de cette capacité supplémentaire alors qu’il est naturellement orienté vers le marché métropolitain (à 79,8% sur le premier semestre 2016, selon l’observatoire de l’IRT) et se caractérise par une grande part d’affinitaire (visite des proches et de connaissances). Pour Pascal de Izaguirre, aussi patron de TUI France, premier groupe de voyages et de tourisme, il reste beaucoup à faire pour développer le tourisme sur l’île. « Le tourisme à La Réunion ne sera pas plus important parce que le billet d’avion sera plus bas. Le prix n’est pas le seul élément qui motive un voyage touristique. Il y a les hébergements, les infrastructures hôtelières, l’offre de loisirs… ». L’avenir nous le dira. 

Photo signée Marion Gauge-Rousselot
 
TROIS QUESTIONS À YOLAINE COSTES

L’Eco austral : Vous êtes vice-présidente de la Région Réunion, en charge notamment de la continuité territoriale. Pouvez-vous nous présenter ce concept et sa mise en œuvre ?
Yolaine Costes : Le droit de mobilité des citoyens fait partie des devoirs de l’État et se trouve inscrit dans la constitution européenne. En 2003, des aides ont été attribuées aux DOM, mais, en réalité, elles ont surtout concerné la Corse. À l’époque, 30% à 40% des Réunionnais n’avaient jamais voyagé et il y avait une vraie volonté d’ouvrir La Réunion sur le monde, de rapprocher notre DOM de la Métropole. Cela a commencé en 2010 avec Ladom, l’opérateur de mobilité de l’État, en partenariat avec la Région. La montée en puissance a été progressive pour atteindre 100 000 billets par an. Depuis octobre 2014, l’aide, qui émane à 100% de la Région, finance 300 euros d’un billet par personne et par an pour 6 000 à 26 000 euros de quotient familial, et 450 euros pour 0 à 6000 euros de quotient familial. C’est un préalable pour les jeunes, une forme d’égalité des chances pour faire des études, décrocher un premier emploi…
Quel est son poids économique et toutes les compagnies en bénéficient-elles ?
Cela représente environ 30 millions d’euros par an, un chiffre stable d’année en année et qui n’est pas soumis à des quotas, mais seulement à des conditions de ressources des personnes qui en font la demande. La continuité territoriale génère du trafic et impacte positivement toutes les compagnies qui vont en Métropole, y compris Air Mauritius – au départ de Pierrefonds – pour une arrivée à Paris. Mais c’est très verrouillé, le trajet doit absolument rejoindre la Métropole. Dans les agences de voyage conventionnées IATA (association internationale des transporteurs aériens) qui écoulent les bons de continuité territoriale, le poids du dispositif dans leur chiffre d’affaires est de l’ordre de 50% à 60%.
La continuité territoriale pour les Réunionnais de Métropole a été ouverte en août 2016. La fréquentation va-t-elle augmenter ? 
Nous envisageons une augmentation d’un quart des 100 000 billets émis chaque année. Nous savons que 10% des 850 000 Réunionnais vivant dans l’île utilisent ce dispositif. On compte 270 000 Réunionnais habitant la Métropole, environ 10% d’entre eux sont donc susceptibles de recourir à ce système. Il pourrait y avoir cependant une collusion des ensembles, c’est-à-dire que le nombre de billets Réunion-Métropole pourrait baisser légèrement au profit des billets Métropole-Réunion. 
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