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Maurice

Le mirage d’une monnaie unique

5 déc 2013 | PAR | N°282
LÉGENDE : Rundheersing Bheenick, gouverneur de la Banque de Maurice : « Nous travaillons à la mise en place d’une monnaie unique africaine, mais ce qui se passe aujourd’hui en Europe doit nous rappeler qu’il faut être prudents.

L’objectif n’est pas nouveau et représente, depuis de nombreuses années, l’espoir de garantir l’union de ce continent hétéroclite à plus d’un titre. Mais le chemin semble encore très long.

La monnaie unique, ce n’est pas qu’une simple ambition économique, mais plutôt une volonté de créer un véritable outil de politique monétaire et commerciale censé compenser les faiblesse de gouvernance de certains pays de l’Union africaine. Mais si le succès de la mise en œuvre de l’euro a suscité de l’intérêt chez les banquiers africain, il paraît clair que les conditions de départ ne sont pas les mêmes. Sans parler des soubresauts actuels de la monnaie unique européenne. « Nous avons reçu un agenda clair de la part des chefs d’État de l’Union africaine qui est de travailler à la création d’une communauté économique africaine. Ceci passera par la création d’une Banque centrale africaine, puis d’une monnaie unique. Mais ce qui se passe aujourd’hui en Europe doit nous rappeler qu’il faut être prudents », a expliqué Rundheersing Bheenick, gouverneur de la Banque de Maurice, lors de conférence de l’Association des banques centrales africaines qui s’est tenue en août à Maurice.

Une idée qui fait son chemin depuis vingt-deux ans

Tout a commencé en 1991, à Alger, lors de la conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Unité africaine. Ces derniers recommandaient à l’époque aux États membres d'« harmoniser leurs politiques monétaire, financière et de paiement pour parvenir à une intégration financière et monétaire en Afrique ». Il était également recommandé aux États membres de mettre l’emphase sur le commerce intra-communautaire de biens et de services et de renforcer la coopération monétaire entre eux. C’est ensuite en 2009, à Kinshasa, qu’a été adopté le PCMA (Programme de coopération monétaire en Afrique). Celui-ci a pour objectif l'intégration économique et financière des pays membres de chaque regroupement sous-régional. Ce regroupement se fera au terme d'un processus de convergence dont les critères devront être remplis par au moins 51% des pays candidats à l’union monétaire. Il existe quatre critères principaux : un déficit budgétaire hors dons inférieur à 3% (avec des objectifs intermédiaires), un taux d’inflation annuel inférieur à 3%, un financement minimal, voire nul, du déficit budgétaire par la Banque centrale et des réserves extérieures supérieures ou égales à six mois d’importations de biens et de services. À ces critères s’ajoutent des recommandations complémentaires : la résorption des arriérés de paiements en relation avec le secteur public, un ratio recettes fiscales/PIB supérieur ou égal à 20%, un ratio masse salariale/recettes fiscales totales inférieur à 35%, le maintien de la stabilité du taux de change réel par chaque pays et le maintien de taux d’intérêt réels positifs.

Le pari difficile de la convergence

Depuis le début des années 90, de nombreux pays africains ont entamé des programmes de réformes soutenus par les institutions de Bretton Woods. Ces programmes ont abouti non seulement à une convergence stratégique, mais ont également favorisé une certaine convergence macro-économique. Mais le chemin à parcourir demeure long et les freins nombreux. Le premier frein demeure l’appartenance de bon nombre de pays à plusieurs organisations régionales. Ce ne serait pas un problème en soi si ces sous-ensembles étaient homogènes tant dans leur structure que dans leur programme d’intégration monétaire. Comme l’indique le Fond monétaire international (FMI), ces situations se traduisent par des divergences dans la conception des critères de convergence et les pays font davantage face à une concurrence plutôt qu’à une complémentarité ou à une harmonisation des programmes. Tout cela couplé à un manque d’harmonisation dès lors que certains pays s’engagent simultanément dans plusieurs programmes. C’est d’autant plus dommageable que cela freine souvent les réformes. Le second frein réside dans l’hétérogénéité des performances des pays africains. Si les pays de la zone franc ont pour la plupart réussi à atteindre et à maintenir un taux d’inflation à un chiffre, tel n’est pas le cas pour bon nombre d’autres pays, notamment au sein du COMESA (Marché commun d’Afrique orientale et australe). Le chemin vers une monnaie unique africaine  semble encore long, mais ce n’est finalement pas une surprise…

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