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Le port de Djibouti toujours dans la course

1 déc 2018 | PAR Bernard Lugan | N°335

Jusque dans les années 1960, Djibouti fut le principal débouché du commerce éthiopien dont il assurait 60 % du volume. Avec le régime marxiste du colonel Mengistu Hailé Mariam, au pouvoir à Addis-Abeba de 1974 à 1991, Djibouti fut délaissé au profit du port alors éthiopien d’Assab moins de 10 % du commerce éthiopien continua à se faire par Djibouti. À partir de 1998, à la suite de la guerre Éthiopie-Érythrée, le port de Djibouti redevint le principal poumon de l’Éthiopie. Cette position dominante peut-elle changer avec le réchauffement des relations entre Asmara et Addis-Abeba ?
Depuis l’indépendance de l’Érythrée en 1993, l’Éthiopie, qui n’a plus de façade maritime, dépend pour son commerce extérieur des corridors d’Assab, de Djibouti et de Berbéra. En 1998, la guerre contre l’Érythrée avait coupé l’Éthiopie de son exutoire « naturel » qui est le port d’Assab et, à partir de cette date, le pays dépendit essentiellement de Djibouti pour ses approvisionnements et ses exportations.
Jusqu’à la guerre entre l’Érythrée et l’Éthiopie, Assab, Djibouti et Berbéra se livraient une concurrence féroce pour obtenir des parts dans le trafic extérieur de l’Éthiopie. Assab qui avait bénéficié de tous les égards du gouvernement marxiste éthiopien et même de mesures protectionnistes destinées à l’imposer comme débouché essentiel du pays totalisa jusqu’à 85 % du commerce éthiopien. L’indépendance de l’Érythrée en 1993 changea naturellement les données du problème car Assab devint un port érythréen et ses handicaps, jusque-là compensés par l’exercice de la souveraineté éthiopienne, s’imposèrent alors. Ils étaient essentiellement liés à l’existence d’une route goudronnée de 870 km devenue largement déclassée.
L’Éthiopie qui ne voulait pas dépendre trop étroitement de Djibouti chercha alors à utiliser le port de Berbéra dans l’actuel Somaliland auto-proclamé. Cependant, les troubles qui secouent la région ont remis en évidence le rôle hautement stratégique et même monopolistique de Djibouti, cette véritable « porte » de l’Éthiopie et d’où part le chemin de fer qui aboutit directement à Addis-Abeba.
Depuis 1998, le trafic éthiopien passe donc à nouveau très majoritairement par Djibouti, ce qui constitue une véritable aubaine pour le pays. Le port de Djibouti est mieux équipé que celui d’Assab puisqu’il dispose de dix-huit quais au lieu de sept, dont deux pour la maintenance des navires, d’un terminal à conteneurs avec deux portiques adaptés au trafic le plus moderne et de deux postes pétroliers aux normes du trafic international.
En 2017, le nouveau port de Doraleh, extension de celui de Djibouti, a  été inauguré à  une quinzaine de kilomètres du premier. Son coût de 580 millions de dollars a été financé à 85 % par les banques chinoises. Il dispose de 12 portiques de couleur rouge alignés sur un quai de 1 200 mètres de long. Profond de 18 mètres, le port a une capacité de 9 millions de tonnes de marchandises par an. Relié directement à Addis-Abeba par voie de chemin de fer, il a été conçu comme la porte de l’Éthiopie vers l’Asie.

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