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Russie

Le président défend enfin BNP Paribas… enfin le président de Russie !

26 sep 2014 | PAR Charles Sannat | N°288
Vladimir Poutine a pris la défense de BNP Paribas condamnée à une amende de 6,45 milliards d'euros pour violation d'embargo. - Mark III Photonics/Shutterstock.com
Sans éprouver de sympathie particulière pour la banque française, le « contrarien » Charles Sannat explique pourquoi elle est victime d’un règlement de compte géopolitique. Mais les dirigeants français ne semblent guère s’en émouvoir.

Que les choses soient très claires, car depuis le début de l'affaire BNP Paribas j'ai reçu quelques commentaires pas forcément sympathiques « m'accusant » de défendre l'indéfendable, à savoir la banque BNP Paribas. En tant qu'ancien banquier et de BNP Paribas de surcroît, je pense savoir de quoi je parle et être assez bien placé pour moi aussi ne pas aimer ni les méthodes ni les manières de nos banquiers quels qu'ils soient, raison pour laquelle d'ailleurs j'ai décidé à un moment de ma vie de quitter ce système pour retrouver une réelle liberté en dehors de ce dernier. Je ne veux donc pas que mes propos soient pris ou interprétés comme la défense de BNP Paribas, mais comme la défense d'une idée qui dépasse largement le cadre de cette entreprise fût-elle une banque, à savoir la défense des intérêts de la France et de son peuple. Pour ceux qui n'auraient pas encore compris, ou qui ne veulent pas comprendre, tout en sachant qu'ils bénéficient des circonstances atténuantes puisque ce n'est pas le JT de 20h00 qui leur permettra d'avoir une vision précise des enjeux et des batailles en cours à travers le monde, l'affaire BNP Paribas n'est que le début d'une (nouvelle) attaque orchestrée par nos grands amis les Américains contre les intérêts économiques français.

APRÈS BNP PARIBAS, SOCIÉTÉ GÉNÉRALE ET CRÉDIT AGRICOLE AUSSI DANS LE VISEUR AMÉRICAIN

Comme nous l'apprend un article tout à fait sérieux de « La Libre Belgique » (un vrai journal avec des vrais journalistes), « après BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole risquent également d'être mises à l'amende par les autorités américaines, pour avoir réalisé des opérations en dollars avec des pays sous embargo économique des États-Unis ». La Société Générale et le Crédit Agricole ont donc dû annoncer dans leurs documents officiels qu'ils allaient vérifier l'ensemble des « opérations réalisées en dollars avec des pays sous embargo américain », la Société Générale ayant quant à elle confirmé qu'elle avait déjà entamé des discussions avec les autorités américaines, histoire de négocier déjà le racket, pardon l'amende, auquel elle serait soumise.
Pourquoi le racket ?
Tout d'abord parce que la légitimité morale d'une telle sanction est déjà particulièrement contestable dans la mesure où ce qui est reproché à la BNP, c'est d'avoir utilisé le dollar pour des transactions avec des pays sous embargo américain mais qui ne l'étaient pas en France, or BNP Paribas est une entreprise de droit français appliquant la législation française et européenne. Cela doit permettre au passage de réfléchir sur le rôle du dollar et son encadrement juridique aux États-Unis qui font du dollar une monnaie tout... sauf libre d'utilisation. Ensuite parce que d'autres banques ont déjà été condamnées pour des faits similaires et que les sanctions prononcées ont été vingt fois moins importantes. Dans l'affaire BNP Paribas se cache autre chose, à savoir un chantage des Américains (nos grands amis) à l'égard de notre pays qui livre des navires de guerre (les Mistral) à la Russie et au méchant mangeur d'enfants à chaque petit déjeuner, Vladimir Poutine.

Oui, le monde change. Il devient multipolaire et les Américains ont dû mal à l’accepter.- DROui, le monde change. Il devient multipolaire et les Américains ont dû mal à l’accepter.
 

POUTINE DÉNONCE UN « CHANTAGE » AMÉRICAIN SUR LA VENTE DES MISTRAL

Alors que le silence du président français, qui était allé faire le caniche à Washington pour sa visite d'État, est particulièrement assourdissant et sa mollesse grandement remarquée (sans parler de son inefficacité sur ce sujet), c'est le président russe Vladimir Poutine qui vient prendre la défense de BNP Paribas et des intérêts économiques français en mettant officiellement les pieds dans le plat et en disant tout haut ce que tout le monde savait déjà tout bas (et je l'avais d'ailleurs à plusieurs reprises expliqué). Le président russe Vladimir Poutine a donc déclaré le plus sérieusement du monde : « Nous sommes au courant de la pression que nos partenaires américains exercent sur la France pour qu'elle renonce à la livraison des Mistral en Russie, et du fait qu'on lui a fait comprendre que si elle y renonçait, les sanctions sur les banques seraient levées ou réduites. Comment peut-on qualifier cela autrement que de chantage ? » Bon, il faut dire qu'entre-temps, la France livre quand même ses navires de guerre à la Russie et que 400 marins russes sont venus à Saint-Nazaire pour prendre livraison de leur dernière commande de jouets qui s'avère pour la France une très mauvaise affaire financière.

LE PROBLÈME DU DOLLAR...

Le problème du dollar, c'est qu'il est en réalité une monnaie dont vous n'êtes pas libre de l'utilisation lorsque vous êtes une nation étrangère. Vous devez appliquer la loi US pour commercer en dollar, cela est donc une restriction particulièrement intolérable pour une monnaie qui se veut la référence mondiale et l'étalon monétaire du monde économique moderne. Cela pose évidemment également le sujet de la réalité de l'amitié franco-américaine et de notre alignement sur les intérêts américains au détriment des nôtres. Les États-Unis sont progressivement passés, et insidieusement d'ailleurs, d'une attitude où les idéaux américains étaient suffisamment forts pour susciter l'adhésion des peuples et des nations partenaires à une dictature diplomatique et à une obligation de partenariat en utilisant des moyens coercitifs de plus en plus forts. Cette attitude profondément belliqueuse et humiliante à l'égard des partenaires historiques des États-Unis d'Amérique date des suites des attentats du 11 septembre et de la doctrine Bush pour la guerre en Irak (et avec quel succès comme on peut le voir aujourd'hui puisque Bagdad va tomber et que ce n'est qu'une question de jours et tout au plus de semaines) du « vous êtes avec nous ou contre nous »... et être avec les Américains, c'est se taire et obéir. Face à ces excès américains parfaitement condamnables et inacceptables, la France doit retrouver son propre positionnement, à savoir un non-alignement, et servir de pont entre les États-Unis et la Russie à travers sa place centrale en Europe. L'Europe doit prendre conscience qu'elle doit se défendre et se comporter comme un État souverain garant de ses intérêts supérieurs et de la protection de ses peuples (ce que cette Europe-là, profondément pro-américaine, est incapable de faire, d'où la nécessité d'en sortir pour refonder une autre Europe). Nous sommes écoutés, nous sommes espionnés, nous sommes humiliés, nous sommes rackettés par ceux censés être nos amis et nos alliés... Or, nous avons quitté depuis longtemps le domaine de l'amitié pour rentrer dans celui d'un régime autoritaire d'occupation économique de la part des Américains. C'est la raison pour laquelle nous devons retrouver notre souveraineté dans sa plénitude et cela passe par le refus pur et simple du Traité transatlantique, qui n'est pas envisageable dans l'état de pressions diplomatiques et économiques que nous subissons, et que nous devons mettre fin à cette expérience européenne qui ne fait de nous que des vassaux de la toute-puissance américaine.
 

  • Charles Sannat

    Ce diplômé de l'École supérieure du commerce extérieur et du Centre d'études diplomatiques et stratégiques a commencé sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies. Comme consultant puis manager au sein du groupe Altran - Pôle technologies de l’information (secteur banque-assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires. Il est actuellement le directeur des études économiques d'Aucoffre.com. Il édite aussi sur Internet « Le Contrarien matin » qui se veut un « décryptage quotidien et sans concession de l’actualité économique ». « Contrarier signifie s’opposer, gêner ou encore, ce qui est plus précis, faire obstacle. L’objectif de notre Journal est de faire obstacle à la bien-pensance conformiste et moraliste qui nous répète comme un mantra les valeurs présumées de l’ordre établi, souligne Charles Sannat. Si vous êtes pénible, embêtant, irritant ou agaçant, si vous avez un esprit chagrin, si vous êtes sceptique et que vous ne gobez pas le prêt-à-penser, alors ce Journal est fait pour vous. Vous êtes un Contrarien. »

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