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Océan Indien

Le Réunionnais Vêlayoudom Marimoutou nommé secrétaire général de la COI

1 aoû 2020 | PAR La rédaction | N°351
« Dans une zone composée de pays insulaires ou riverains d’un océan, la question de la connectivité des réseaux et de ses réseaux de transport est centrale, économiquement et politiquement. »
Proposé par la France, qui prendra la présidence de la Commission de l’océan Indien en 2021, Vêlayoudom Marimoutou occupait depuis mars 2016 le poste de recteur de l’académie de La Réunion. Cette grosse pointure de l’Université française est un militant de l’indianocéanie. Trois axes prioritaires vont guider son action à la COI.

« Nous sommes collectivement des héritiers, celui d’une civilisation que de grands historiens français et africains appellent la culture des rivages (de l’arabe sawâhil, qui signifie « rivages »), ces rivages qui ont fait de l’océan Indien non pas un barrage ou un obstacle, mais un trait d’union entre les côtes d’Afrique, d’Inde et d’Asie. Nous devons nous représenter dans un espace commun, assumer un destin commun et assumer véritablement que nous avons une région pleinement à bâtir. » Dans son discours d’investiture, Vêlayoudom Marimoutou a tenu à situer ce qu’il appelle l’indianocéanie, une région du monde qui a son identité propre. L’ancien professeur d’université, docteur en sciences économiques, spécialisé en économétrie, est aussi un lettré et féru d’Histoire. II est d’ailleurs le frère de l’universitaire et poète Jean Claude Carpanin Marimoutou. 

La sécurité maritime toujours au programme 

« Je suis né à La Réunion où j’ai grandi et fait une partie de mes études. À l’Université de La Réunion, j’ai lié amitié avec des jeunes de la zone… J’ai voyagé dans ces îles au moment de l’insouciance, à un moment où, au sortir des indépendances, de grandes interrogations nous questionnaient. Chacun a trouvé des solutions adaptées à son territoire. Rapidement la nécessité d’une approche globale s’est imposée. La COI fait partie de la solution. » Une bonne raison pour le recteur de l’académie de La Réunion d’accepter ce nouveau challenge. 
Un challenge qui concerne  trois grands axes prioritaires, présentés le 16 juillet lors de la cérémonie de passation qui s’est faite par visioconférence puisque Vêlayoudom Marimoutou ne peut pas encore se rendre à Maurice où siège la COI. 
Au programme, la sécurité. L’indianocéanie doit être « un espace de liberté et de souverainetés respectueuses les unes des autres, et nous devons en assurer collectivement la sécurité pour que chacun puisse avoir la liberté de souveraineté et qu’aucune hégémonie ne s’installe dans la région ». Pour le nouveau secrétaire général, il s’agit d’avoir un agenda commun avec une vision océanique pour la construction de cette liberté. « C’est un agenda de surveillance maritime, de protectionde nos espaces maritimes, de protection de nos espaces marins. La France exercera la présidence de la COI l’année prochaine et nous approfondirons l’agenda d’intégration autour de la sécurité maritime. » 

Le climat et la biodiversité 

Le deuxième axe prioritaire concerne la lutte contre le réchauffement climatique et pour la protection de la biodiversité. Un vaste sujet. « L’agenda climatique est absolument décisif. Il y a un cadre de coopération internationale, il faut mobiliser à plein les financements et construire des stratégies communes avec l’ensemble des partenaires de la COI. Dans ce cadre, il faut accélérer la lutte pour la biodiversité. C’est un sujet de construction de filière économique. Protéger notre biodiversité, c’est éviter la prédation de certains projets qui ne sont plus compatibles avec un développement harmonieux. C’est au contraire donner toute sa place à nos populations. C’est aussi donner la possibilité de développer des filières de création d’emplois localement. » 
La défense de la biodiversité ne s’oppose pas au développement économique à condition que celui-ci soit durable. Ainsi en est-il de la pêche qui doit être durable. « Le paradoxe est de voir des réseaux prédateurs venir dans nos eaux faire de la pêche industrielle, parfois épuiser les réserves halieutiques. Et cela a un coût considérable pour nos économies, pour l’emploi et le commerce. La réponse à cela est de préserver la biodiversité et de faire respecter notre souveraineté. Il faut avoir les instruments juridiques pour interdire cette exploitation. » 

La connectivité est déterminante 

Le troisième grand dossier concerne l'économie, la connectivité et les infrastructures physiques et numériques. « Être connecté, c’est avoir un accès. Avoir un accès à la possibilité de se déplacer, d’aller faire des études y compris dans la région, de commuter, d’avoir, d’exister dans cet espace qui est un espace culturel, linguistique, qui a sa réalité, mais qui est séparé parfois par des barrières de non-connexion maritime, aérienne ou numérique. Les besoins d’infrastructures dans la région sont colossaux. » 
Pour le nouveau secrétaire général de la COI, « l’enjeu est de construire avec nos partenaires des infrastructures de transport et de communication de qualité, qui garantissent la libre circulation des personnes, de l’information et des biens, qui soient des projets soutenables économiquement et respectueux de la souveraineté ». 

Hamada Madi



L’heure du bilan pour Hamada Madi 


Le mandat de quatre ans d’Hamada Madi Boléro s’est distingué sur le front des réformes institutionnelles. « L’Accord de Moroni sur l’avenir de la COI » (2019) et « L’Accord de Victoria révisé » (2020), texte fondateur de l’organisation, édictent les ambitions des États membres et balisent l’évolution institutionnelle et fonctionnelle de la COI. Dans le même temps, la COI a renforcé son positionnement dans le paysage politique et diplomatique. Après avoir accueilli la Chine comme premier membre observateur en 2016, le mandat d’Hamada Madi a été marqué par l’arrivée dans la famille élargie de la COI de l’Union européenne, de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) et de l’Ordre de Malte en 2017, puis de l’Inde, du Japon et de l’Organisation des Nations unies en 2020. Au niveau opérationnel, il faut signaler l’installation en cours du câble Internet très haut débit METISS, dont l’accord de construction et de gestion a été signé en 2017, la mise en place d’une architecture de sécurité maritime avec la création de deux centres régionaux, grâce à deux Accords régionaux dont il a été le dépositaire, le cofinancement avec l’Union européenne de 11 projets d’énergies durables et la signature de 17 nouveaux projets de coopération en cours d’instruction ou de lancement… 
Un docteur au chevet de la COI 

Aujourd’hui âgé de 63 ans, Vêlayoudom Marimoutou avait été nommé recteur de l’académie de La Réunion en mars 2016. Auparavant, il était professeur de classe exceptionnelle à la faculté des sciences de Luminy à Aix-Marseille Université depuis 1999. Titulaire d’un doctorat (1986) et d’une habilitation à diriger des recherches (HDR) en sciences économiques, spécialisé en économétrie, il a effectué son cursus à l’Université d’Aix-Marseille et à l’Université de La Réunion. Maître de conférences à l’Université de Bordeaux (1988-1992), il est agrégé en sciences économiques en 1992. Il est alors coresponsable du DESS modélisation stochastique et recherche opérationnelle (1992-1998), puis fondateur et responsable de la licence et maîtrise d’économétrie de l’Université de Bordeaux (1994-1999). Vêlayoudom Marimoutou a été doyen de la faculté des sciences économiques et de gestion de l’université de Bordeaux de 1996 à 1999, puis directeur du Greqam, unité mixte de recherche du CNRS en économie quantitative, de 2000 à 2004. Il a également dirigé l’institut français de Pondichéry, en Inde, de 2008 à 2013. Source : www.letudiant.fr.
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