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Maurice

Le « Seafood Hub » n’est peut-être pas pour demain

1 avr 2018 | PAR La rédaction | N°328
Inaugurée en novembre 2013, l’usine de la Sapmer a fermé ses portes car l’armateur réunionnais a dû revoir son modèle économique. Davidsen Arnachellum
Cela fait une dizaine d’année que Maurice caresse l’ambition d’être un « Seafood Hub » à même d’attirer des acteurs de premier plan, en particulier dans l’industrie thonière. Mais cette ambition se heurte à de nombreuses difficultés.

Le secteur de la pêche pèse environ 1,6 % du PIB de Maurice et implique 13 000 emplois directs et indirects. À l’export, la longe de thon albacore, qui peut se découper en sashimi, sushi, steak et filet, est particulièrement appréciée en Asie. Si l’océan Indien produit 23 % du thon pêché dans le monde, desquels 962 000 tonnes proviennent de sa partie sud-ouest, la zone économique exclusive (ZEE) mauricienne est en fait assez pauvre en thon. Les zones de pêche sont plus proches des Seychelles, ce qui a conduit l’armateur réunionnais Sapmer à y décharger le produit de sa pêche plutôt qu’à Maurice, retenue initialement et où il avait implanté une usine en 2013. Cet investissement de 4 millions d’euros visait à produire principalement de la longe de thon albacore en complément de Mer des Mascareignes, usine créée en joint-venture avec le groupe mauricien IBL. Une stratégie de valorisation du poisson qui avait du sens. 
Les deux usines devaient traiter, à terme, 30 000 tonnes brutes de poisson afin d’en tirer 12 000 tonnes de produit fini. Pour les fournir en poisson, Sapmer avait développé une flotte de thoniers senneurs-surgélateurs immatriculés à Maurice. C’était une grande première. Mais l’armateur a dû revoir son modèle économique et a fermé son usine mauricienne. Seule Mer des Mascareignes demeure en activité. Et le thon n’est plus livré directement par les thoniers senneurs-surgélateurs car l’éloignement de Maurice par rapport aux zones de pêche rend coûteuse l’opération. De plus, le marché mondial du thon a subi un cycle baissier et les quantités pêchées ont diminué. De quoi infliger de lourdes pertes à l’entreprise de Jacques de Chateauvieux qui a pu redresser la barre et renouer avec les bénéfices à partir de 2016. 
 

Immatriculé à Maurice en novembre 2013, le « Belle Rive », de l’armateur Sapmer, a la particularité de congeler vivants les thons. Plongés dans une saumure à moins 18°C, ils sont ensuite congelés à sec, à moins 40°C, et stockés dans les six cales d’une capacité totale de 700 tonnes.
Immatriculé à Maurice en novembre 2013, le « Belle Rive », de l’armateur Sapmer, a la particularité de congeler vivants les thons. Plongés dans une saumure à moins 18°C, ils sont ensuite congelés à sec, à moins 40°C, et stockés dans les six cales d’une capacité totale de 700 tonnes.  Davidsen Arnachellum
 

Une industrie sous pression

L’épisode Sapmer est riche d’enseignements et tempère les ambitions de Maurice en tant que « Seafood Hub ». D’autant plus que l’industrie thonière fait face à la question stratégique de la gestion des stocks. En effet, la Commission des thons de l’océan Indien (CTOI) a mis en place un Total autorisé de captures (TAC). Ainsi, les thoniers senneurs (qui pêchent à la senne) de l’Union européenne, mais aussi des Seychelles, ont réduit leurs captures de 15 %, alors que les canneurs (ou palangriers, qui pêchent à la ligne) des Maldives ont réduit de 5 % et les palangriers taïwanais de 10 %. Mais certains États n’ont pas donné d’instructions précises à leurs flottes quant aux modalités de l’entrée en vigueur du TAC au 1er janvier 2017. Ce qui a eu pour effet de déclencher une course au thon. « Certains bâtiments de pays européens réalisent rapidement leur quota sur place, puis débarquent du thon dans leurs ports méditerranéens. Il s’agit clairement de comportements de pirates », remarque un acteur du secteur. Et ce sont les conserveries de thon de Maurice, des Seychelles et de Madagascar qui seront pénalisées par le manque de poisson, en particulier en fin d’année.
De fait, les prix du thon tendent à remonter, ce qui, pour les conserves bas de gamme, pose problème. Autant d’éléments qui montrent la complexité et la fragilité du secteur de la pêche et des activités inhérentes. Le « Seafood Hub » mauricien n’est peut-être pas pour demain. Et les Seychelles pourraient en profiter, là où la Sapmer a immatriculé ses derniers senneurs-surgélateurs.

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Le « Seafood Hub » n’est peut-être pas pour demain

Le secteur de la pêche pèse environ 1,6 % du PIB de Maurice et implique 13 000 emplois directs et indirects. À l’export, la longe de thon albacore, qui peut se découper en sashimi, sushi, steak et filet, est particulièrement appréciée en Asie. Si l’océan Indien produit 23 % du thon pêché dans le monde, desquels 962 000 tonnes proviennent de sa partie sud-ouest, la zone économique e...