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Maurice

Le second miracle mauricien se fait attendre

1 déc 2017 | PAR Alain Foulon | N°325

Si vous aviez 20 millions d’euros à investir, est-ce que vous les investiriez à Maurice et, si oui, dans quel secteur ? Voilà une question bien concrète, loin de tous les miroirs aux alouettes. Et il semble bien difficile d’y répondre tant l’image que donne Maurice est floue à l’heure actuelle.
Certes, on me rétorquera que les Investissements directs étrangers (IDE) ont progressé de 40% en 2016, passant de 249 millions à 349 millions d'euros. Mais les trois quarts se situent dans l’immobilier (résidentiel principalement). En clair, ce sont des étrangers qui se sont offerts une villa. Très loin derrière l’immobilier, il y a la finance, mais avec la révision de l’accord fiscal avec l’Inde et la chasse actuelle aux « paradis fiscaux », son avenir demeure incertain. On n’y voit plus très clair et l’immobilier commence à saturer. Quand on aura bétonné toute l’île et implanté un peu partout des « ghettos pour riches », qu’est-ce qu’on fera ? 

CHOIX DE VIE OU CHOIX D’INVESTIR ?

L’île Maurice a des atouts, c’est indéniable. Une fiscalité légère, une stabilité institutionnelle, une certaine qualité de vie, sa francophonie qui séduit les Français et une criminalité qui reste faible comparée à beaucoup d’autres pays. Mais est-ce suffisant sur un marché mondial ouvert et en forte concurrence dans la chasse aux investisseurs ? Le choix d’une qualité de vie n’est pas toujours déterminant, du moins pour des acteurs économiques de poids, à même d’investir de manière significative. Sinon, plus personne ne viendrait en Afrique du Sud où l’on enregistre 52 meurtres par jour. Le dernier mirage mauricien consiste à proposer l’accueil de 200 000 retraités qui injecteraient annuellement 1,6 milliard d’euros dans l’économie. Difficile d’y croire quand on sait que, là aussi, la concurrence internationale est rude et que le Board of Investment (BOI) n’a délivré à ce jour que 594 visas « retraités ». Et l’on se demande d’ailleurs comment un petit pays d’1,3 million d’habitants, qui souffre déjà d’une forte densité, pourrait voir sa population augmenter rapidement de 15%.   

LA CROISÉE DES CHEMINS

Le premier miracle économique est clair, il ne se discute pas et l’on connaît cette belle histoire racontée régulièrement lors de séminaires, colloques et autres mondanités. L’île Maurice, personne n’y croyait, les Anglais n’en voulaient plus, la voyant tout juste bonne à produire du sucre, et des prix Nobel d’économie ne lui prédisaient aucun avenir. Elle a su pourtant diversifier son économie, profitant habilement de la manne du sucre vendu à prix fort à l’Union européenne. Une belle industrie touristique a émergé. Il y a eu aussi la zone franche manufacturière qui a fait travailler beaucoup de femmes, puis le secteur financier qui a pu surfer sur les traités de non double imposition. Et enfin la restructuration de l’industrie sucrière, devenant une industrie cannière. Mais on arrive aujourd’hui à la croisée des chemins. Entre un pays en développement, et qui pourrait le rester longtemps, et un pays développé, ce qu’il est possible d’être avec une stratégie claire, mise en œuvre à travers des partenariats entre l’État et le secteur privé. Ce pourrait être le cas avec l’économie bleue qui représente un véritable relais de croissance, comme le montre l’exemple d’Hawaï. Un secteur susceptible de créer beaucoup d’empois, y compris pour des « petites mains », et énormément de valeur ajoutée tout en accueillant de gros investissements directs étrangers. 

NE PAS CONFONDRE MIRACLE ET MIRAGE

L’économie bleue ne pourra vraiment décoller qu’avec le soutien de l’État. Là encore, l’exemple d’Hawaï le montre clairement. Le second miracle mauricien se fait donc attendre. Tout comme se fait attendre le nouvel organisme chargé de piloter le développement économique. L’Economic Development Board (EDB) existe sur le papier où il est censé absorber le BOI, la Financial Services Promotion Agency (FSPA), Enterprise Mauritius et le Mauritius Africa Fund. Ce guichet unique semble approprié pour éviter l’effet désastreux du millefeuille, spécialité bien française qu’on retrouve à La Réunion, mais il n’est pas encore entré en action. Il est fort probable que cela prendra plusieurs mois puisque le recrutement de son directeur général n’a pas encore été réalisé. Seul son président a été nommé, en la personne de Charles Cartier. Encore de précieux mois de perdus. Et ça fait trois ans que Sir Anerood Jugnauth a promis un second miracle économique qui, pour l’instant, n’est qu’un mirage.

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