Performance

Réunion

Le service militaire adapté fêtera ses 60 ans en 2021

1 oct 2020 | PAR Ignace de Witte | N°353
Le régiment du service militaire adapté (RSMA) est bien une institution militaire où l’on porte l’uniforme et manie le fusil, où l’on dort à la caserne et participe à la levée des couleurs chaque matin. © RSMA
Le service militaire adapté, spécificité de l’Outre-mer français, a vu le jour en 1961 (1965 à La Réunion) et a fait ses preuves en matière de formation et d’insertion professionnelles en mettant l’accent sur le savoir-être. À tel point qu’il a échappé à la disparition du service militaire en 1997.

Depuis 2012, le Régiment du service militaire adapté de La Réunion (RSMA) est principalement sudiste, avec cinq compagnies basées à Terre-Sainte, sur la commune de Saint-Pierre, et une compagnie à Bourg-Murat, sur la route du volcan (commune du Tampon). Il ne reste plus qu’une compagnie à Saint- Denis, dans le nord, à la caserne Lambert. 
Il s’agit bien d’une institution militaire où l’on porte l’uniforme et manie le fusil, où l’on dort à la caserne et participe à la levée des couleurs chaque matin. La grande différence, c’est que ce régiment dépend du ministère des Outre-Mer, sauf à l’occasion d’une crise particulière où le ministère de Armées peut reprendre la main si besoin. 
« Nous avons bien sûr subi la crise sanitaire en 2020 et, avec les règles de distanciation, nous avons dû limiter les chambres à quatre jeunes volontaires contre six auparavant et stoppé le recrutement pendant deux mois. Si bien qu’on devrait atteindre un effectif de 1 100 contre 1 400 en 2019 », explique le colonel Julien Maurel qui commande le régiment. 

 

Une recrue du RSMA dans la filière de formation d’agent entretien automobile.
Une recrue du RSMA dans la filière de formation d’agent entretien automobile.   ©Droits réservés
 

Donner de la considération 

Deux types de volontaires de 18 à 25 ans frappent à la porte du RSMA. Il y a d’abord les volontaires stagiaires (VS) pour des contrats de six à douze mois (deux ans maximum) qui ne touchent qu’une solde de 315 euros par mois. À ce prix-là, il faut être motivé, mais pour des jeunes souvent en rupture scolaire, illettrés pour certains, c’est la voie de l’insertion sociale grâce à une formation complète. Le colonel Maurel, qui considère tous ces jeunes comme « ses enfants », souligne que 80 % sont insérés, soit en reprenant une formation, soit en accédant directement à un emploi. « Quand on donne de la considération à un jeune qui n’en a jamais eue,  il réussit. » D’ailleurs, la devise du RSMA, c’est « apprendre à réussir ». 
Soixante pour cent des volontaires stagiaires ne disposent d’aucun diplôme et 37 % d’entre eux sont illettrés. Ce qui ne les empêche pas de passer leur permis de conduire. Le RSMA est sans doute l’une des plus importantes auto-écoles de La Réunion avec une piste à Pierrefonds et des voitures, des camions et des bus. Pour ces jeunes, la formation apportée par le RSMA est un appui à leur insertion. 
La deuxième catégorie de volontaires, ce sont les volontaires techniciens (VT) pour des contrats d’un an renouvelables jusqu’à quatre fois. En moyenne, ils passent deux ans au RSMA où ils viennent avec déjà une expérience professionnelle et/ou un diplôme, le Bac le plus souvent. Leur solde se situe entre 1 167 et 1 833 euros par mois. Dans leur cas, il s’agit d’une insertion par l’emploi et, pour cela, le RSMA entretient des relations étroites avec de nombreuses entreprises qui apprécient en général ses stagiaires. Car ce régiment, où l’on commence par une véritable formation militaire et de secouriste, s’efforce d’apporter le plus qui fait la différence : le savoir-être. Pour autant, le savoir-faire n’est pas oublié avec 38 métiers différents proposés au 1er janvier 2020, mais ça fluctue tout le temps en fonction des besoins comme, par exemple, celui d’installateurs de fibre optique.

 

Le colonel Julien Maurel, commandant du RSMA
Le colonel Julien Maurel, commandant du RSMA : « Quand on donne de la considération à un jeune qui n’en a jamais eue, il réussit. »  © RSMA
 

L’avenir de La Réunion 

L’encadrement reste militaire, avec 31 officiers, 120 sous-officiers et 40 caporaux-chefs, mais des formateurs extérieurs interviennent. « Nous nous adaptons sans cesse aux besoins du marché du travail et nous travaillons avec des partenaires comme l’Éducation nationale », indique le colonel Maurel qu’on prend parfois pour un Mauricien en raison de son nom. 
Un exemple de cette collaboration : le RSMA et le lycée Mémona Hintermann-Afféjee de Saint-Denis viennent de lancer un bac pro en systèmes numériques-réseaux informatiques systèmes communicants (SN-RISC) filière défense. Une formation qui se déroule sur deux ans et permet à de jeunes Réunionnais d’accéder directement au rang de sous-officier de l’armée de terre dans le domaine du numérique. Depuis le 17 août 2020, 22 jeunes (19 garçons et 3 filles) ont rejoint cette formation. 
Apporter du savoir-être est souvent plus compliqué que d’inculquer du savoir-faire. Pas facile quand on a affaire à des jeunes dont l’âge moyen est de 19 ans et demi, en difficulté souvent (il y a aussi des mères célibataires), avec des problèmes familiaux et parfois des addictions. C’est là que la discipline militaire se montre efficace et, parmi ceux qui ont été recrutés, le taux de défection ou de renvoi reste faible, à 10 %. Mais la discipline militaire ne suffit pas toujours à régler des cas difficiles et, au fil des ans, le RSMA a étoffé ses ressources. Il dispose désormais d’une assistante sociale et d’un psychologue. 
« Mon métier, c’est l’avenir de La Réunion », aime répéter le colonel Maurel qui a un profil atypique. Ce Parisien de 45 ans n’appartient pas à une famille de militaires et a commencé par un cursus en économie à la très réputée université Paris-Dauphine. C’est après qu’il a opté pour l’Armée, par fibre patriotique, et il a roulé sa bosse sur plusieurs terrains d’opérations extérieures avant de prendre le commandement du régiment de service militaire adapté de Polynésie française. Une expérience enrichissante qu’il poursuit à La Réunion, heureux de voir « ses enfants » s’épanouir (comprenez les jeunes volontaires de son régiment !). « Je crois que notre principal atout, c’est de ne pas être une entreprise à but lucratif. Nous restons des militaires à qui l’on a confié une mission. » 

Le RSMA a formé 47 000 Réunionnais 

Si le métier du colonel et de son régiment, c’est « l’avenir de La Réunion », il est aussi question d’histoire puisque le service militaire adapté va fêter ses 60 ans en 2021. En effet, il a vu le jour en 1961 même si le régiment de La Réunion a été créé en 1965, sous l’impulsion de Michel Debré. L’anniversaire devrait être célébré en avril 2021 au parc des expositions de Saint-Denis et le colonel Maurel rêve d’y recevoir le maximum d’anciens. Mais il faudra quand même se montrer prudent, question budget et capacité d’accueil, car pas moins de 47 000 Réunionnais sont passées par le RSMA depuis 1965. « Ça fait un Réunion sur vingt et si l’on ne prend que les garçons, ça fait un sur dix. »

Réagissez à cet article en postant un commentaire

 

Réunion

Le service militaire adapté fêtera ses 60 ans en 2021

Depuis 2012, le Régiment du service militaire adapté de La Réunion (RSMA) est principalement sudiste, avec cinq compagnies basées à Terre-Sainte, sur la commune de Saint-Pierre, et une compagnie à Bourg-Murat, sur la route du volcan (commune du Tampon). Il ne reste plus qu’une compagnie à Saint- Denis, dans le nord, à la caserne Lambert.  Il s’agit bien d’une institution...