ID

Monde

Le système éducatif face à la déferlante du numérique

21 avr 2014 | PAR Emmanuel Davidenkoff
Ceux qui auront anticipé le tsunami numérique dans l’éducation et en auront compris les dynamiques en tireront profit ; les autres en pâtiront, rudement. (Photo Stocklib/Illia Uriadnikov).
Un tsunami s'apprête à déferler sur nos écoles, nos universités et nos grandes écoles, explique Emmanuel Davidenkoff dans un livre qui vient de paraître aux éditions Stock : « Le tsunami numérique – Éducation. Tout va changer ! Êtes-vous prêts ? »

Du nord au sud de la Silicon Valley californienne, établissements d'enseignement supérieur, entreprises, centres de recherche publics ou privés ont inscrit l'éducation sur leurs agendas de travail, à égalité avec les autres priorités du moment - nanotechnologies, génomes à trois cents dollars, biotechnologies, énergies vertes... L'écosystème qui a converti en quelques décennies des milliards d'êtres humains au smartphone et à Internet a mis toute sa puissance de travail et d'innovation au service d'un objectif : réinventer l'éducation.
Si ce tsunami produit sur l'éducation les mêmes effets que sur les industries de la presse, du disque ou de la distribution - précédentes cibles, qui restèrent trop longtemps confites dans leur modèle économique et leurs tranquilles certitudes -, trois conséquences affecteront demain les enseignements primaire et supérieur, après-demain l'enseignement secondaire : un changement de modèle économique conduisant à une baisse des tarifs du privé, donc à un changement radical des termes du marché scolaire et universitaire ; une prise de pouvoir définitive du consommateur d'école sur le citoyen usager du service public ; la montée en puissance des organisations collaboratives au détriment des structures pyramidales qui dominent l'organisation scolaire et universitaire partout dans le monde, notamment en France. Que vous soyez étudiant, parent, salarié ou enseignant, ce tsunami vous atteindra. Ceux qui l'auront anticipé et en auront compris les dynamiques en tireront profit ; les autres en pâtiront, rudement. L'objet de ce livre est d'en décoder l'impact individuel et collectif.
Ces changements concerneront en premier lieu l'enseignement supérieur. Parce qu'il est déjà structuré en marché. Parce que le secteur privé y est fort et s'est construit, depuis ses origines, sur sa capacité à proposer des approches pédagogiques disruptives. Parce que les ordinateurs, tablettes et smartphones ont déjà envahi amphis et salles de travaux dirigés alors qu'ils restent le plus souvent dans les cartables au collège et au lycée. Parce que nombre d'établissements ont effectué les indispensables investissements matériels. Parce que le lien avec le marché de l'emploi permettra très vite de prouver - ou non - l'efficacité de telle ou telle innovation. Enfin parce qu'une partie minoritaire mais hyperactive et influente du secteur vit à l'heure de la mondialisation.
Les signes annonciateurs de la révolution sont déjà perceptibles et ne concernent pas seulement l'engouement pour les MOOC (Massive Open Online Courses), qui méritent attention et encouragements, mais dont la conception actuelle est probablement à l'innovation pédagogique ce que Pong est à World of Warcraft en matière de jeu vidéo (le MOOC se contente pour l'heure d'actualiser la forme la plus traditionnelle, la plus conservatrice, de pédagogie : celle du cours magistral). Écoles de commerce, d'ingénieurs, de design sont en train de diversifier leurs modes de recrutement et leurs organisations pédagogiques pour y intégrer les fondamentaux de la révolution numérique et de l'innovation ; on commence à enseigner le design thinking. Des formations mariant commerce, technologie et conception voient le jour (Web School Factory, master Idea à Lyon...). Le potentiel pédagogique des «jeux sérieux» (serious games) commence à être reconnu. Certaines écoles renoncent aux concours traditionnels pour aller chercher les talents ailleurs que dans le vivier formaté des bacheliers S mention très bien (France Business School), d'autres - y compris les plus prestigieuses - élargissent leurs viviers de recrutement via des voies d'accès destinées aux bacheliers moins « scolaires » (d'ores et déjà deux diplômés de grande école sur trois ne sont pas passés par une classe préparatoire, étape qui n'est aujourd'hui indispensable que pour accéder au top 10 des écoles de commerce et au top 20 des écoles d'ingénieurs).

  • Biographie de l'auteur

    Emmanuel Davidenkoff est directeur de la rédaction de « L’Étudiant ». Il est également chroniqueur sur « France Info » depuis 1997, ainsi que pour « L’Écho républicain » et « lexpress.fr ». Il est notamment l’auteur de « Les universités sont-elles solubles dans la mondialisation ? » (Hachette Littératures, 2006) et « Réveille-toi, Jules Ferry, ils sont devenus fous » (Oh ! éditions, 2006).

Réagissez à cet article en postant un commentaire

 

Monde

Le système éducatif face à la déferlante du numérique

Du nord au sud de la Silicon Valley californienne, établissements d'enseignement supérieur, entreprises, centres de recherche publics ou privés ont inscrit l'éducation sur leurs agendas de travail, à égalité avec les autres priorités du moment - nanotechnologies, génomes à trois cents dollars, biotechnologies, énergies vertes... L'écosystème qui a converti en quelques décennies des m...