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Le tourisme mauvais élève de la silver économie

1 oct 2019 | PAR Arnaud Thomelin | N°344
« Il faut faire attention à ne pas imaginer des produits adressés spécialement aux seniors qui iraient dans le sens d’une stigmatisation », souligne Patrick De Biasi, le directeur d’Alizoa Voyages. ©Droits réservés
D’après toutes les études, il apparaît que les seniors voyagent toute l’année et s’adonnent à des dépenses massives (22 milliards d’euros en France en 2014). Pourtant,  les professionnels du tourisme semblent à peine commencer à prendre conscience qu’il est inévitable de s’adapter aux attentes de cette clientèle phare.

Créer des offres packagées spécifiques, intégrer la question du bon accueil des seniors, mieux cibler les opérations de promotion, développer une offre d’hébergement dédiée au tourisme intergénérationnel… Telles étaient quelques-unes des 17 mesures préconisées par le député de Seine-Maritime Christophe Bouillon dans son rapport, remis début 2017 au gouvernement, pour « dynamiser le tourisme des seniors en France ».
Deux ans plus tard, dans sa feuille de route 2019-2020, la filière silver économie pointe que « le rapport parlementaire (…) est depuis resté lettre morte malgré ses 17 propositions concrètes. (…) Ce sujet, situé dans un angle mort administratif, mérite que la France s’en empare ». Et il y a urgence. En 2014, en France, trois quarts des personnes de 62 à 71 ans avaient voyagé au moins une fois  dans l’année ! 
De leur côté, les professionnels se réfugient derrière la grande hétérogénéité des situations et des demandes. « Il faut faire attention à ne pas imaginer des produits adressés spécialement aux seniors qui iraient dans le sens d’une stigmatisation, voire d’une ghettoïsation, de cette population », souligne Patrick De Biasi, le directeur de l’agence indépendante Alizoa Voyages, installée à Saint-Gilles-les-Bains depuis 2008. Pourtant, il admet que les 60-75 ans constituent ses meilleurs clients.
« Ce sont eux qui nous font réellement vivre, à la fois en volume de clientèle et en chiffre d’affaires. Le Top 10 des plus belles prestations que nous ayons vendues est trusté par les seniors. » Il estime que ces seniors composent un tiers de sa clientèle, et même deux tiers si l’on y ajoute les 50-60 ans, c’est-à-dire les futurs jeunes seniors.  

Améliorer la communication

Pour attirer et fidéliser cette clientèle, Patrick De Biasi réfléchit « encore plus qu’avant aux offres les plus adaptées », mais il se montre confiant dans ce qui a selon lui fait la force de son agence ces dernières années : « Nous proposons des offres packagées au juste prix, pas conçues pour les seniors mais déclinables pour eux. Des offres pas forcément au prix le plus bas, mais avec de la valeur ajoutée. Or c’est exactement ce que recherchent les seniors, plutôt que le prix d’appel ou la promotion, car ils affichent dynamisme physique et pouvoir d’achat. Bref, des services, de la qualité, de la sécurité, des prestations complémentaires, etc. »
À Saint-Denis, Thomas Cook Voyages (avant l'annonce  de la faillite de Thomas Cook, NDLR) lance des offres dédiées durant le mois du salon des seniors, notamment des packages multi-activités tout compris, aussi bien sur les voyages que sur les croisières dont les seniors raffolent. « Les rythmes sont ajustables, en fonction des éventuelles obligations de récupération de certains », insiste la direction. Toutefois, l’antenne réunionnaise des Entreprises du Voyage, l’ancien Syndicat national des agences de voyages, ne dis-pose d’aucune statistique précise. Patrick De Biasi déplore un déficit de communication. « Les campagnes publicitaires des poids lourds du secteur mettent en avant les trentenaires actifs mais très rarement, voire jamais, les seniors. Je pense que cette tendance au jeunisme est une erreur fondamentale. »  
Pour sa part, Thomas Cook communique « de plus en plus auprès des seniors, par voie de presse essentiellement mais beaucoup moins par Internet ». Dommage. En effet, si les seniors composent la clientèle principale des agences physiques, ils seraient 60 % à se renseigner en préalable sur le Web. D’ailleurs, deux des 17 mesures du rapport Bouillon ne portaient-elles pas sur la nécessaire création de contenus en ligne pour les seniors et sur l’intégration des seniors dans les campagnes de promotion ?

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