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L’économie circulaire peut viser le zéro déchet

1 juil 2019 | PAR Alain Foulon | N°341
D’après l’agence américaine pour la protection de l’environnement, alors que l’enfouissement ou l’incinération génère 1 emploi pour 10 000 tonnes de déchets traitées, les activités de réparation et de recyclage en créent plus de 30. Photo : StockLib
L’économie circulaire est non seulement salutaire - écologiquement parlant - dans une petite île comme La Réunion, mais elle représente un véritable relais de croissance. À condition de ne pas implanter une unité de valorisation énergétique (UVE), terme politiquement correct pour désigner un incinérateur.

La Réunion produit chaque année plus de 4,3 millions de tonnes de déchets (*). Voilà un chiffre qui a de quoi affoler et rend indispensable l’économie circulaire. Une façon de repenser les manières de produire et de consommer pour atteindre l’ob-jectif « zéro déchet ». Pour cela, il faut réduire la consommation de ressources en instaurant des procédés de production plus sobres dans les entreprises, en facilitant le partage d’équipements et en choisissant la location de produits durables plutôt que la vente de biens périssables. Il faut aussi concevoir des biens réparables et organiser des coopérations entre les entreprises pour que les résidus d’une activité en alimentent d’autres, à l’image d’une chaine alimentaire. Enfin, le recyclage permet d’allonger au maximum la durée d’utilisation des matières extraites. 

Des emplois non délocalisables

Il ne faudrait pas voir l’économie circulaire comme une contrainte mais comme une opportunité. À l’échelle des entreprises, elle permet de réduire les coûts de production en limitant la consommation de ressources et l’exposition aux intermédiaires et à la volatilité des prix. Elle offre également l’opportunité d’échapper à la fiscalité sur les activités polluantes tout en stimulant l’innovation. Il s’agit de réinventer les modèles d’affaires grâce à l’économie de la fonctionnalité qui substitue la location d’un service, d’un accès, à la vente d’un bien. On peut citer l’exemple de la location d’un service de mobilité qui est une alternative à l’achat d’une voiture. 
À l’échelle d’un territoire, l’économie circulaire est un moyen de stimuler le développement d’activités et d’emplois non délocalisables, notamment dans les secteurs de la réparation. D’après l’agence américaine pour la protection de l’environnement, alors que l’enfouissement ou l’incinération génère 1 emploi pour 10 000 tonnes de déchets traitées, les activités de réparation et de recyclage en créent plus de 30. Dans une logique de circuits courts et d’ancrage territorial, l’économie circulaire encourage également les échanges entre producteurs locaux et permet de relocaliser la valeur produite sur le territoire.
 Les objectifs proposés dans le Plan régional de prévention et de gestion des déchets (PRPGD) sont basés sur des retours d’expérience d’autres territoires et sur les préconisations de l’Union européenne :
- La réduction du gisement de déchets ménagers de 15 % d’ici 2030 ; - L’augmentation de la réutilisation et le recyclage des déchets de 41 % à 85 % d’ici 2024 et 89 % d’ici 2030 ;
- Le recyclage de 100 % des matières organiques, des papiers/cartons, des plastiques d’ici 2030 ; - La réduction des volumes enfouis à 15 000 tonnes en 2024 et 12 000 tonnes d’ici 2030, soit moins de 2 % des volumes produits.
Pour atteindre ces objectifs, le Plan régional d’action pour l’économie circulaire propose un ensemble de fiches-actions opérationnelles qui visent à accompagner la transformation des entreprises, les habitudes de consommation et l’organisation du traitement des déchets à La Réunion.

 

Photo : StockLib
 

L’incinérateur est un aspirateur à déchets

Mais le projet d’unité de valorisation énergétique (UVE) dans le sud de l’île est venu animer le débat, qui prend une dimension politique dans la perspective  des élections municipales de 2020. UVE n’est qu’un terme politiquement correct pour désigner un incinérateur qui traiterait les combustibles solides de récupération (CSR). Au plan national, le gouvernement défend cette solution de facilité au prétexte qu’elle est complémentaire à la démarche de l’économie circulaire et à l’ambition « zéro déchet ». Mais l’économie circulaire repose sur le principe de hiérarchie de traitement des déchets : éviter la production de déchets, réparer, réutiliser et privilégier le recyclage des matières. La valorisation énergétique et l’enfouissement ne doivent intervenir qu’en dernier ressort, sur les résidus qui n’auraient pu être réutilisés ou recyclés. À La Réunion, les promoteurs de l’UVE souhaitent incinérer plus de 210 000 tonnes de déchets chaque année, soit plus du tiers des déchets ménagers produits. Ces objectifs ne sont clairement pas conformes au principe de hiérarchie de traitement des déchets, qui fonde la politique européenne en la matière.
De plus, ce projet nécessite un investissement autour de 254 millions d’euros et une durée d’amortissement de l’ordre de 30 ans. Sans parler des charges annuelles évaluées à près de 28 millions d’euros. Sans que les recettes ne soient clairement précisées. 
Pour assurer la rentabilité de cette unité, il faudra en tout cas garantir des gisements constants, ce qui empêchera tout effort pour réduire les volumes de déchets et mieux recycler. Une fois construit, un incinérateur se comporte en véritable aspirateur à déchets, tuant dans l’œuf la transition vers l’économie circulaire et les gisements d’emplois potentiels. 
En fait, les promoteurs de l’UVE comptent sur le soutien public pour revendre l’électricité produite par l’incinération au tarif de rachat réglementé par la Commission de régulation de l’énergie (CRE), en inscrivant cette installation à la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Or cette installation vient en contradiction avec les objectifs de réduction des émissions de CO2 et chaque année près de 150 000 tonnes de CO2, soit autant que la production annuelle de 30 000 Réunionnais.
Financer sur fonds publics, à travers la contribution au service public de l’énergie, une unité qui viole le principe européen de hiérarchie de traitement des déchets et qui émet du CO2 constitue un exemple parfait de subvention environnementalement dommageable, dénoncée par la Commission européenne. 

 

Infographie : ecoaustral
 

Des risques sanitaires

Il convient aussi de parler de la santé. Lors de la construction des premiers incinérateurs, leurs promoteurs ont considéré qu’ils étaient sans danger pour l’environnement et la santé des riverains. Jusqu’en 1989, la réglementation se limitait à fixer des limites en matière d’émissions de poussières et de monoxyde de carbone. Sous l’effet des premiers scandales sanitaires pointant une multiplication des cancers dus à la dioxine libérée par les incinérateurs, des normes plus contraignantes ont été introduites en 2002. Depuis, la réglementation a continué d’évoluer pour s’adapter au danger que représente la combustion des déchets. Si les familles touchées par les différentes maladies (cancers, leucémie, lymphome non hodgkinien) peinent à prouver le lien de causalité directe entre l’exposition à des contaminants et le développement de leur maladie, l’institut de veille sanitaire a précisé dans une étude de 2008 que les populations qui vivent à proximité d’un incinérateur présentent un taux de cancer de 6 % à 23 % supérieur à la moyenne nationale. 
D’après une étude de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) de 2015, les fumées issues de la combustion des combustibles solides de récupération (CSR) libèrent des teneurs élevées en azote, en chlore, en souffre, en fluor et en brome. Les CSR présentent aussi des teneurs très importantes de métaux lourds : chrome, cadmium, plomb, nickel, zinc, cuivre et mercure, qui affectent le système nerveux et les reins. 
En outre, les produits de consommation sont en pleine mutation et de multiples matières n’existaient pas il y a 30 ans. Qui peut dire aujourd’hui que leur combustion est sans danger pour la santé alors qu’une cheminée d’incinérateur libère plus de 2 000 molécules et que seules une vingtaine d’entre elles sont réglementés ?
Se pose la question des normes, qui sont édictées en fonction d’un compromis entre la protection de l’environnement et le coût économique à l’échelle industrielle. 
Autant d’éléments permettant d’animer un débat qui ne doit pas se réduire à des querelles politiques. Car les décisions à prendre aujourd’hui le sont pour les prochaines décennies. 

(*) Données fournies par le cabinet conseil Espélia et figurant dans un rapport du Conseil général de l’environnement et du développement (CGEDD), service du ministère de la Transition écologique et solidaire. Les derniers chiffres publiés re-montent à 2015 (voir notre infographie). Nul doute, qu’ils sont plus importants aujourd’hui.
 

De gauche à droite : Roselyne Boucheron, ingénieur déchets à l’Ademe, Jean-Michel Bordage, directeur de l’Ademe, Frédéric Foucque, président
du SICR, Sandrine Sinapayel, sa responsable environnement au SICR, Stéphanie Cavalié, sa chargée des relations entreprises et Sandrino
Ramanitrarivo, son chargé de mission.   ©Droits réservés
 




Stop aux emballages !
Frédéric Foucque, président du Syndicat de l’importation et du commerce de La Réunion (SICR) a présenté le bilan 2018 des 15 filières de recyclage opérant à La Réunion. Le bilan confirme ce que l’on sait déjà : nous utilisons beaucoup trop d’emballages ! Avec 32 325 tonnes, les emballages (avec le papier) représentent 66 % du total de tout ce qui est
récupéré par les filières de recyclage, contre à peine 1 721 tonnes de batteries au plomb (3,5 %).
Le tonnage d’emballages et de papiers recyclés (en fait récupérés et expédiés vers l’Inde, la Chine et l’Indonésie) n’est pas en soi critiquable, ce qui est insupportable, c’est le « gisement », 32 325 tonnes, si on le compare avec, par exemple, les 1 324 160 tonnes de marchandises
importées par conteneurs. Cela fait 2,4 % d’emballage. Concrètement, à chaque fois que vous acheter un kilo de produits, vous générez 24  grammes de déchets (en ne tenant compte que de ce qui est récupéré par la filière). La Réunion doit impérativement développer l’achat en vrac, les bouteilles consignées et tout ce qui permet de diminuer les emballages, et notamment les sur-emballages
Quand on veut, on pneu !
Bonne nouvelle : le bilan 2018 des filières de recyclage a permis de présenter une nouvelle entreprise, Solyrubb, spécialisée dans la fabrication de produits moulés à partir du caoutchouc récupéré par Solyval (recyclage des pneus). Ces produits (dalles, pavés, bordures souples amortissants, tapis isolants phoniques, etc.) sont désormais commercialisés sous la marque Solygom.
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