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Réunion

L'économie sociale et solidaire représente 10 % des emplois

1 mar 2020 | PAR Ignace de Witte | N°348
La marque Indian vient du pays du dollar et du capitalisme, mais, à La Réunion, la marque est distribuée par une structure coopérative. © Indian SD
L’économie sociale et solidaire se développe et se structure à La Réunion. Ce sont aujourd'hui 2 046 associations et autres coopératives qui emploient au total 24 226 salariés. Parmi ces structures, il y a de tout, des banques et même un magasin de motos.

Urban Moto Cycles, route de la Rivière des Pluies à Sainte-Clotilde, est connue de tout motard qui se respecte car c'est le distributeur de la marque Royal Enfield et, depuis septembre 2019, de la prestigieuse marque américaine Indian à La Réunion, l'autre V-Twin. Son gérant, Jean David, dirigeait auparavant Planet Motos, rue Ruisseau des Noirs à Saint-Denis, bien connu des amateurs de Harley Davidson. Ce que personne ne sait, c'est que Urban Moto Cycles est une société coopérative (SCOP) ou plus exactement une « société coopérative exploitée sous forme de SARL » . Ce statut conjugue efficacité économique et équité sociale, en permettant aux salariés d’être acteurs lors des grandes décisions. Dans une SCOP, les salariés sont majoritaires et le dirigeant est élu, selon le principe un salarié égale une voix. 
Mais avant d'arriver à ce que l'économie sociale et solidaire soit reconnue comme une véritable économie, le chemin a été long. Cela a commencé bien avant la célèbre loi de 1901 relative aux associations avec, par exemple, à La Réunion, la « Maison de la charité » fondée en 1831 et qui était gérée par le clergé local. La loi de 1901 a permis le foisonnement de ce type d'oeuvre de bienfaisance et certaines ont pris une place très importante, comme l'association Saint-François d'Assises ou l’Association pour la protection de l'enfance coupable et abandonnée (Apeca). Un tournant s'est opéré quand les pouvoirs publics se sont appuyés sur ces structures, souvent subventionnées, pour enrayer la montée du chômage, en les aidant à recruter du personnel grâce à des contrats adaptés : TUC, CIA, emplois-jeunes, etc. En 1999, on comptait ainsi à La Réunion 3 200 associations, employant 15 000 personnes. 

Deux études en cours 

La Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire (CRESS) relève que « cette croissance exponentielle n'a pas toujours été maîtrisée : absence de structuration, projets mal définis, déficit de formation, difficultés financières, perspectives de développement imprécises... sont aujourd'hui les problèmes qui se posent le plus souvent ». Pour avoir une meilleure vision de ce secteur devenu important de l'économie, deux études sont en cours : « Étude de l'écosystème de la vie associative » et « Observatoire de l'insertion par l’activité économique » . Mais on constate déjà un phénomène : ces vingt dernières années, le nombre de structures a diminué (de 3 200 à 2 046), mais le nombre de salariés qu'elles emploient a augmenté, passant de 15 000 à 24 226, et aujourd'hui, un salarié sur dix travaille dans une association de loi 1901 ou une structure coopérative. 

Un levier contre le chômage 

Bon, les statistiques sont un peu biaisées par le fait qu'il existe de grosses, voire de très grosses coopératives. Par exemple, le Crédit Agricole est une coopérative, de même que le Crédit Mutuel et la BRED, la MAIF (Mutuelle d’assurance des instituteurs de France) et la MGEN (Mutuelle générale de l'éducation nationale). Si l’on enlève ces grosses structures, les chiffres restent quand même intéressants et l'existence d'une chambre régionale se justifie pleinement. Elle est présidée par Théodore Hoarau, bien connu des Réunionnais puisqu'il est président de la Mutualité de La Réunion (Muta Santé, Muta Assurances, Muta Décés, Muta Voyages). Dans le conseil d'administration de la CRESS, on trouve le père Stéphane Nicaise (jésuite) au tire de l'AREP (Association réunionnaise d’éducation populaire). Un des leviers d'action pour enrayer le chômage à La Réunion est assurément le développement de l'économie sociale et solidaire et surtout des structures comme Urban moto Cycles, des coopératives qui ne font pas « dans le social » mais fonctionnent différemment dans l'économie concurrentielle, exactement comme les banques mutualistes apportent quelque chose de différent par rapport aux banques commerciales. 

Un secteur qui se professionnalise
 

Autrefois, la bonne volonté suffisait pour diriger une association. Aujourd'hui, avec leur montée en puissance, les structures relevant de l'économie sociale et solidaire se professionnalisent et les organismes de formation apportent tout leur savoir-faire pour les y aider. L'IAE (École universitaire de management) propose par exemple une licence pro en GOESS (Gestion des organisations de l'économie sociale et solidaires) et un master 2 en management des associations. Plus de détails sur www.iae-reunion.fr.
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