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Monde

L’employabilité : un défi « civilisationnel » ?

29 sep 2014 | PAR Bernard Alvin | N°288
(…) Le monde moderne est ainsi fait, il bouge tout le temps et les changements ont tendance à s’accélérer. Comme on le dit familièrement, on peut vite se retrouver « has been ».- Stocklib@Ratchanida Thippayos
Le monde économique se heurte régulièrement à cette notion d’employabilité et cela génère du chômage. C’est d’autant plus dommage que chaque être humain possède une réelle valeur et, bien souvent, un fort potentiel.

Le terme employabilité fait son apparition assez souvent dans les médias d’entreprise depuis un certain nombre d’années. Si l’on en parle depuis si longtemps, c’est sans doute parce que c’est une problématique constante dans le temps et qui ne se résout pas facilement. L’employabilité, c’est la capacité pour chacun d’évoluer de façon autonome à l’intérieur du marché du travail, de pouvoir vendre ses capacités et ses projets professionnels à toute entreprise. Cela peut être très utile si l’entreprise qui nous emploie ferme subitement, mais aussi pour poursuivre sa carrière si l’on estime qu’on n’évolue plus là où l’on se trouve. Enfin, c’est toujours utile pour savoir si on est « up to date » par rapport à l’environnement professionnel dans lequel on évolue. Car sur le marché du travail au sens large, il y a une certaine loi de l’offre et de la demande, sachant que les besoins du marché évoluent avec les époques et que le marché en question est national, mais aussi international.

Il est toujours très important de pouvoir se mesurer par rapport à un environnement plus global, sachant que celui-ci est en constante évolution. - Stocklib@Dusit Panyakhom
 

Il est toujours très important de pouvoir se mesurer par rapport à un environnement plus global, sachant que celui-ci est en constante évolution.

ENTRETENIR SON APTITUDE AU CHANGEMENT

Je vois parfois certains cadres de bon niveau et en pleine réussite se tester sur le marché du travail juste pour voir s’ils sont attractifs ou pas. Savoir qu’on est toujours attractif  permet sans doute de libérer plus facilement son leadership dans son entreprise. Rester employable est en réalité très complexe et l’on se trouve dans le domaine de la relativité. En effet, on peut être non employable dans son pays et l’être ailleurs, on peut être non employable dans le type de mission qu’on assure et l’être bien plus dans d’autres missions. Quand on voit une personne en chômage de longue durée devenir créateur d’entreprise et connaître la réussite, cela montre qu’elle n’était pas à sa place auparavant. En créant une entreprise, elle s’est repositionnée très différemment et cette fois pour un grand succès. L’inverse est vrai aussi. J’ai vu des cadres de haut niveau, très bien positionnés en interne, qui ont connu une chute libre suite à la perte de leur emploi dû à une fermeture, une revente de leur entreprise ou un changement de politique. Ces cadres étaient sans doute bien positionnés dans leur propre mission, mais uniquement à cet endroit-là. Et c’est ici que se situe le piège car nous ne vivons pas en vase clos… Il est toujours très important de pouvoir se mesurer par rapport à un environnement plus global, sachant que celui-ci est en constante évolution. La grande leçon à tirer de tout cela, c’est que la vraie solution pour rester employable constamment consiste à avoir un projet professionnel personnalisé qu’on fait évoluer régulièrement pour le rendre toujours plus performant. C’est-à-dire pour qu’il produise toujours plus de valeur ajoutée. En clair, on doit être le pilote de son propre avion, on doit l’entretenir et le rendre toujours plus performant. Cela n’empêche pas de s’investir beaucoup dans son job et sa mission actuels, et de tisser des relations de confiance avec son employeur et ses collègues. Mais dans le monde actuel, tout peut arriver… Les changements arrivent plutôt vite et parfois de façon brutale.
Le Pdg ou même toute la direction d’une entreprise peut changer radicalement du jour au lendemain et le nouveau management peut s’avérer totalement différent… À tel point qu’on ne se retrouve plus du tout compatible avec lui. Une entreprise peut aussi faire évoluer son métier radicalement, comme on l’a vu chez certains distributeurs avec l’apparition du e-commerce. Certes il existe des secteurs « plus stables » dans le temps avec des cycles longs, comme dans le domaine de l’aéronautique et du spatial, mais même là, il peut se produire des situations qui n’étaient pas du tout prévues et qui rebattent les cartes. Concernant ce secteur, il est clair que les événements du 11 Septembre 2001 ont eu un impact soudain et important. Il est donc vain de se croire à l’abri… Le monde moderne est ainsi fait, il bouge tout le temps et les changements ont tendance à s’accélérer. Comme on le dit familièrement, on peut vite se retrouver « has been ».

CONSTRUIRE UN VRAI PROJET PROFESSIONNEL DURABLE

Sauf à partir en retraite ou en congés sabbatiques suite à des gains au loto, on ne peut échapper à la loi du changement et à son corolaire qui est l’adaptation rapide à ses effets. Il faut donc qu’on accepte tout d’abord ce type de loi, ce qui n’est pas évident dans la pratique. En effet, j’observe çà et là de très nombreuses résistances.
Une fois qu’on a accepté cela, il faut se donner la peine de construire un vrai projet professionnel durable. Personnellement, je prêche pour la construction d’un projet vocationnel car, en terme de durabilité et de potentiel d’évolution, je n’ai pas encore vu mieux. Construire un tel projet est complexe et l’on peut toujours tenter de le faire seul, mais ça ne sera jamais aussi bien fait que si l’on est accompagné par un professionnel qui sait mener ce type de travail. Cela représente donc un coût et là se produit un phénomène étrange. Si une personne, même avec des revenus relativement modestes, n’hésite pas à investir une somme importante dans une belle voiture à 30 000 euros, un camping car à 100 000 euros ou même dans une maison à des prix encore supérieurs, elle se montre réticente à investir une somme bien plus raisonnable dans son propre développement personnel. Le même phénomène se retrouve dans l’entreprise où, là encore, on se montre ouvert à des investissements importants pour renouveler un parc machines, mais nettement moins enclin à investir des sommes bien plus modestes pour maintenir « le parc humain » à son niveau optimal.

INVESTIR DANS L’HUMAIN : UNE NOUVELLE APPROCHE

En fait, dans notre civilisation, il ne va pas de soi de s’occuper de l’humain. Il suffit de regarder ce qui se passe avec le système de soins médicaux. Même si les remboursements sont de moins en moins généreux, en raison du déficit de la Sécurité sociale, le concept de soin gratuit demeure encore dans toutes les têtes. Investir pour soi ou investir pour de l’humain n’est pas une évidence. Et il n’est pas utile d’incriminer quiconque dans ce constat, je pense qu’il s’agit plus d’un phénomène de civilisation. L’individu n’a pas toujours occupé une place de choix et encore aujourd’hui, il existe des pays où l’individu n’est pas du tout valorisé.
Certes, nous avons progressé au cours des dernières décennies, mais si l’on compare la courbe du progrès humain à celle du progrès technique, il n’y a pas photo. La civilisation avance nettement plus vite au niveau technique qu’au niveau humain. On le voit particulièrement bien dans les technologies de l’information et de la communication. Avec Internet, on parvient à des prouesses de vitesse de transmission d’informations qui peuvent être vertigineuses, mais quand on voit ce qu’on en fait sur le plan humain, ça laisse songeur…
Pour en revenir à l’employabilité, il me semble important de prendre conscience que l’être humain  possède UNE GRANDE VALEUR, voire UN ÉNORME POTENTIEL et que ces capacités-là, bien clarifiées et bien pilotées, peuvent produire une grande rentabilité financière tant personnelle que collective tout en produisant par la même occasion beaucoup de bien-être individuel et collectif. Bref, si l’on parvenait à se libérer de nos chaînes civilisationnelles et qu’on se permettait d’investir dans l’humain, alors l’employabilité deviendrait accessible au plus grand nombre. Il faudra sans doute bien des prises de conscience avant d’y arriver, mais il n’est pas interdit de rêver… Rêver pour que tout le monde puisse avoir accès à son emploi favori et durable, mais aussi pour que chacun puisse réaliser son propre rêve à travers son projet.  
 
 

  • Bernard Alvin est à la tête de son propre cabinet, Bernard Alvin Conseil, fondé en 1995 et spécialisé dans l’accompagnement des hommes dans le domaine du développement des potentiels. Bernard Alvin a « coaché » ses premiers cadres et dirigeants dès 1991, faisant figure de pionnier avant que n’arrive la mode du coaching. Cherchant à aller plus loin, il fera émerger le concept de « management vocationnel » à partir de 2005. Il a pratiqué son métier en France métropolitaine, dans les DOM-TOM et dans plusieurs pays dans le monde, dont le Brésil. Il intervient en effet en français, en anglais et en portugais.

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