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Les Africains premiers financeurs de leur continent

12 avr 2014 | PAR Jérémy Stoss | N°284
Afrimarket utilise une technologie de pointe et une solution innovante pour permettre aux utilisateurs de régler directement depuis l’Europe toutes les dépenses alimentaires, de santé et de scolarité de leurs proches en Afrique.

Les transferts d’argent vers l’Afrique représentent désormais une manne financière évaluée à plus de 60 milliards de dollars. Plus que l’aide au développement et que les investissements directs étrangers (IDE).

En 2011 et pour la première fois, la plus grande source de revenus extérieurs de l’Afrique a été… les envois d’argent des migrants africains eux-mêmes. Salutaires pour les pays receveurs comme pour les populations, ces envois sont pourtant encore trop coûteux, ce qui entretient le secteur informel. Le développement de la concurrence et l’essor des transferts électroniques pourront à l’avenir résoudre ce problème.

Les sommes envoyées par les migrants vivant en dehors d’Afrique se sont élevées à 60 milliards de dollars. C’est plus que le montant total de l’aide envoyée à l’Afrique (56 milliards) ou même que les investissements directs à l’étranger (50 milliards – Source : OECD/DAC, World Bank, IMF et African Economic Outlook). Il faut noter cependant que les données statistiques sont parcellaires en la matière et que les canaux informels d’envois d’argent représentent encore une large partie des envois. Ainsi, les montants réels envoyés pourraient être deux fois supérieurs à ceux annoncés. Plusieurs études sur le terrain ont observé et analysé les canaux informels empruntés par les envois de fonds. Elles ont montré l’existence de petits canaux informels, comme l’envoi d’argent par l’intermédiaire de parents qui retournent au pays en vacances. Mais ils ont mis en évidence également l’existence de réseaux organisés d’envois informels, où de larges communautés se regroupent pour faire passer les fonds au pays par le biais de dons à des associations. Et cela en contradiction totale avec les procédures de lutte contre le blanchiment d’argent et contre le financement du terrorisme, avec les risques que cela implique.

DES PISTES POUR RÉDUIRE LES COÛTS ET DIMINUER LA PART DE L’INFORMEL

Comment expliquer la part si prégnante d’envois informels ? La réponse principale réside dans les coûts de transferts. Envoyer de l’argent en Afrique a un coût relativement élevé : en moyenne, 12,5% de frais sont appliqués sur les sommes qui transitent vers l’Afrique, contre 6,5% par exemple vers l’Asie du Sud. Ce sont les opérateurs de transfert d’argent qui occupent une place prépondérante sur le marché de l’envoi d’argent. Vers l’Afrique, deux d’entre eux se partagent 75% du marché. Ces sociétés vivent sur une situation de rente et maintiennent des tarifs élevés grâce à leur position monopolistique. Elles ont déjà réduit de beaucoup leurs tarifs suite à l’arrivée de nouveaux entrants et à une situation intenable (20% de frais en 2011), mais beaucoup de chemin reste à faire. Une récente étude de la Banque mondiale a montré que si les frais de transfert baissaient à 5% des montants envoyés, cela libèrerait plus de 4 milliards de dollars, qui pourraient être réinjectés dans les économies africaines. À titre de comparaison, 12 pays africains ont un PIB inférieur à ces 4 milliards.

Les transferts d’argent apportent aux pays une source de revenus stable puisqu’ils sont moins cycliques. Sur le court terme, ils subviennent aux besoins courants des ménages. Selon les pays, jusqu’à 40% des revenus d’un ménage peuvent provenir des transferts internationaux. Sur le long terme, les transferts renforcent les États et leurs capacités puisqu’une grande partie des transferts sont investis dans le capital humain (santé, éducation). Enfin, ils sont pris en compte par les grandes agences de notation dans les notes attribuées aux quelques pays qu’ils auditent, ce qui contribue indirectement à leur capacité à lever de la dette et se financer. Ainsi, il serait bon pour toutes les parties prenantes de faciliter les transferts de fonds vers l’Afrique et de maximiser la part se déroulant dans un cadre formel. Les experts ont avancé plusieurs pistes en ce sens, notamment le développement de la concurrence ainsi que l’essor de moyens électroniques pour réaliser ces transferts. Ces deux actions en réduiraient significativement le coût. Déjà, de nouveaux opérateurs se placent sur ce segment, principalement en Angleterre et en France. Il sera intéressant de voir les réponses des gros acteurs traditionnels à ces jeunes challengers.

Jérémy Stoss

Directeur général d’Afrimarket (*)
 

(*) Créé en mars 2013, Afrimarket est le premier service de transfert d’argent vers l’Afrique qui sécurise les paiements grâce une accréditation par l’ACP, l’autorité de contrôle prudentiel.  

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