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Maurice

Les énergies renouvelables progressent timidement

1 oct 2017 | PAR La rédaction | N°323
En mars 2016, le gouvernement a lancé le Nationally Determined Contribution Action Plan qui a fixé de nouveau un objectif de 35% d’énergies renouvelables en 2025 dans la production d’électricité. Stocklib/Tom Wang
L’objectif de 35% dans la consommation d’énergie n’a rien de très ambitieux et il est déjà atteint depuis plusieurs années à La Réunion grâce à une politique volontariste et des financements publics. À Maurice, c’est plutôt le secteur privé qui pousse…

« L’échec de Maurice île Durable (MiD) est dû en grande partie au manque de vision du gouvernement, l’actuel et le précédent, sur la politique énergétique à mener. » Joël de Rosnay, ex-conseiller de l'ex-Premier ministre Navin Ramgoolam, a dressé un bilan amer de ce projet dans un entretien accordé le 3 septembre 2017 à « L'Express Dimanche ». Lancé en grandes pompes en 2008, MiD se voulait « un véritable projet de société, novateur sur le plan mondial, concernant l'économie, l'environnement, le social, le développement durable et la croissance inclusive », explique son ancien président, Osman Mahomed. Or, son arrêt brutal, suite au changement de gouvernement en 2014, a rendu floue la politique du développement durable.

Joël de Rosnay, ex-conseiller du Premier ministre mauricien : « L’échec de MiD (Maurie île Durable) peut s’expliquer par le manque de vision politique, la lenteur de l’administration, la difficulté de la prise de décisions compte tenu du nombre de ministres impliqués. La pression des lobbies et le poids des habitudes ont joué aussi. »
Joël de Rosnay, ex-conseiller du Premier ministre mauricien : « L’échec de MiD (Maurie île Durable) peut s’expliquer par le manque de vision politique, la lenteur de l’administration, la difficulté de la prise de décisions compte tenu du nombre de ministres impliqués. La pression des lobbies et le poids des habitudes ont joué aussi. »  Biotics
 

 

DES GROUPES SE LANCENT DANS LE PHOTOVOLTAÏQUE ET L'ÉOLIEN

Pour combler le vide, le nouveau gouvernement a créé, en 2016, la Mauritius Renewable Energy Agency (MARENA). Elle est chargée de superviser le développement des énergies renouvelables sur l'île. Et en mars 2016, le gouvernement a lancé le Nationally Determined Contribution Action Plan qui a fixé de nouveau un objectif de 35% d’énergies renouvelables en 2025 dans la consommation énergétique. Depuis, des fermes photovoltaïques et éoliennes ont été lancées par des groupes mauriciens, accompagnées parfois d'entreprises étrangères. « Beaucoup de projets d'énergies renouvelables (EnR) que nous voyons aujourd'hui sont, en fait, les fruits de MiD », lance Osman Mahomed qui est également membre de la MARENA.
Le groupe Harel Mallac, l'un des plus anciens du pays, a profité de son repositionnement stratégique pour pénétrer le secteur des EnR. « La question énergétique est le défi principal de demain », explique Christine Nguyen Thac Lam, la Chief Operations Officer (COO) d'Harel Mallac – Equipment & Systems Division, en charge de ce secteur. Son groupe a lancé début 2017 sa première ferme solaire et la deuxième du pays, à Mont Choisy, à travers Solar Field, une joint-venture avec l'entreprise française Dhamma Energy. L’investissement s’élève à 5,3 millions de dollars pour une production de 2MW. « Notre objectif est, à moyen terme, de redéployer notre savoir-faire sur l'océan Indien et l'Afrique australe », assure la COO. Quant au groupe Leal, « il s’est lancé dans la production énergétique verte en 2012 », souligne Prakash Ramiah, le directeur d'exploitation de Leal Energie. Cette filiale du groupe Leal a implanté des installations photovoltaïques chez plus de 300 clients particuliers, commerces, écoles, ONG, à Maurice et à Rodrigues.
Certaines sociétés étrangères se lancent aussi dans la production électrique. Comme l’entreprise française Quadran qui a lancé, avec le Sugar Investment Trust (SIT), un parc de 11 éoliennes d'une puissance totale de 9,35 mégawatts, soit 1% de la consommation nationale...
 

Osman Mahomed, ancien président du MiD : « Le vrai danger dans les questions énergétiques, c’est une vision romantique déconnectée de la réalité. Joël de Rosnay, pour qui j’ai beaucoup de respect, clamait que ‘grâce à la géothermie, notre île pouvait assurer son autonomie énergétique’. Le potentiel était, selon lui, de 300 mé-gawatts ! Or, après avoir investi plus de 20 millions de roupies (500 000 euros) dans des études et des carottages, on s’est aperçu que ce potentiel était quasiment nul. »
Osman Mahomed, ancien président du MiD : « Le vrai danger dans les questions énergétiques, c’est une vision romantique déconnectée de la réalité. Joël de Rosnay, pour qui j’ai beaucoup de respect, clamait que ‘grâce à la géothermie, notre île pouvait assurer son autonomie énergétique’. Le potentiel était, selon lui, de 300 mé-gawatts ! Or, après avoir investi plus de 20 millions de roupies (500 000 euros) dans des études et des carottages, on s’est aperçu que ce potentiel était quasiment nul. »  Jean-Michel Durand
 

 

L’AUTOCONSOMMATION : UN BON MODÈLE

L’autoconsommation est aussi un modèle retenu par certaines entreprises pionnières dans le domaine. C'est le cas de l'entreprise textile RT Knits qui a inauguré sa première usine « eco-friendly » en 2008... Suite à un audit sur ses dépenses énergétiques, RT Knits décide de concevoir sa prochaine unité de production en misant sur les EnR : des panneaux solaires thermiques tapissent la toiture de l'usine, l'énergie captée permet de préchauffer la chaudière et d'immenses baies vitrées laissent entrer la lumière du jour dans la salle d'assemblage. RT Knits est ainsi devenue, sans le vouloir, un modèle. 
À signaler aussi la démarche pionnière de Pascal Tsin qui développe l’enseigne Super U à Maurice. En décembre 2015, il a inauguré la centrale photovoltaïque de son centre commercial Flacq Cœur de Ville. Un total de 4 584 panneaux fournissent une puissance de 1, 146 mégawatt crête (MWc), permettant de produire 1, 179 mégawatt heure (MWh) par an. Cette centrale photovoltaïque, qui a nécessité un investissement de 80 millions de roupies (2 millions d’euros), offre une autonomie 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Elle permet aussi d'éviter l’émission de 1 203 tonnes de CO2 chaque année. L’ensemble des points lumineux du bâtiment est équipé de la dernière technologie de LED et génère ainsi une économie énergétique de 50%. Par ailleurs, le centre commercial a été équipé d’une solution de récupération des eaux de pluie intégrée à la toiture d'une capacité de 75 mètres cube par jour. Elle alimente les toilettes, le système anti-incendie et la végétation du centre. Flacq Cœur de Ville, qui comporte également sa propre station de traitement des eaux usées, est ainsi devenu le centre commercial le plus écologique de Maurice. Une initiative d’autant plus méritante qu’elle n’a bénéficié d’aucun soutien public. Le CEB s’est d’ailleurs montré toujours assez réticent en matière d’achat d’énergie renouvelable intermittente, c’est-à-dire sans stockage. Une réticence qui a freiné le centre commercial de Bagatelle dans ses projets de photovoltaïque.
 

Christine Nguyen Thac Lam, Chief Operations Officer d’Harel Mallac : « La présence d’Harel Mallac à Madagascar, à La Réunion, en Zambie, en Tanzanie, au Burundi et au Rwanda est un atout pour y développer nos premières installations régionales avec l’appui de partenaires étrangers.
Christine Nguyen Thac Lam, Chief Operations Officer d’Harel Mallac : « La présence d’Harel Mallac à Madagascar, à La Réunion, en Zambie, en Tanzanie, au Burundi et au Rwanda est un atout pour y développer nos premières installations régionales avec l’appui de partenaires étrangers.   DR
 

 

POUR UN TARIF PAILLE DE CANNE

La production d’énergie est devenue un volet important de la diversification des groupes sucriers. Les IPP (Independant Power Producers), comme on les appelle, produisent environ 55% de l’électricité consommée à Maurice, principalement à partir de charbon, mais aussi à partir de bagasse. Aujourd’hui, ils veulent redonner du souffle à leur productions en intégrant à leur mix énergétique de la paille de canne. « Nous maintiendrons des exploitations en développant une autre filière, celle de l'énergie pays », explique Jean-Michel Gérard, le directeur de Terragen, joint-venture entre les groupes Terra et Albioma. D'autant plus que l'utilisation de l'Arundo Donax (« Fatak ») s'avère décevante...
Patrick d’Arifat, CEO d'Alteo, la première société sucrière du pays en termes de production de sucre et de capitalisation boursière, explique que « son groupe, dont le contrat avec le CEB arrive à échéance, va créer une centrale à très haute efficience ». Elle produira 420 gigawatts dont 210 en énergie renouvelable avec 24 provenant de la paille. L'usine aura une capacité de 50 MW à 110 Bar de pression et encouragera la production de biomasse. « Nous allons investir 150 millions d'euros avec un retour sur investissement sur vingt ans. Autre étape importante : nous pensons nous lancer, avec le groupe Quadran et dès l'an prochain, dans des fermes photovoltaïques ».
« Il nous apparaît nécessaire de penser un nouveau prix au kilowatt lié à la paille de canne », insistent unanimement les deux directeurs. Ce nouveau tarif fera office de subvention pour inciter son exploitation optimale. « Cela permettrait au pays de réduire l'importation de 70 000 tonnes de charbon d’un montant 5,6 millions de dollars. Et selon nos études, le potentiel de la paille de canne s'élève à 120 gigawatts par an, en estimation basse », précise le directeur de Terragen.
 

Pavitra Maulloo, le directeur technique de Green Energy Manufacturing (GEM) : « Notre proposition est la gestion 2.0 de la production et surtout du stockage de l’énergie. »
Pavitra Maulloo, le directeur technique de Green Energy Manufacturing (GEM) : « Notre proposition est la gestion 2.0 de la production et surtout du stockage de l’énergie. »  Davidsen Arnachellum
 

 

DE NOUVEAUX ACTEURS QUI ÉMERGENT

Certaines PME ont aussi senti le potentiel des EnR. C'est le cas de Green Energy Manufacturing (GEM). Elle y évolue depuis 2009. Cette entreprise familiale propose, entre autres, des systèmes avec du « Lithium-Ion Energery Storage System - ESS ». Il s'agit de nouvelles batteries. « Le chaînon manquant pour assurer le développement de la filière photovoltaïque », explique Pavitra Maulloo, le directeur technique de GEM. « La technologie que nous utilisons vient d’Allemagne et du Japon. Elle est respectueuse de l’environnement et a une durée de vie de vingt ans. Elle convient à tous les usages particuliers et commerciaux. » L’électricité d’origine photovoltaïque non consommée dans l’immédiat est stockée dans nos modules lithium-ion pour un usage ultérieur. Et si un excès d’énergie ne peut-être stocké, alors il sera envoyé dans le réseau du CEB. « Notre système assure une fourniture d’électricité ininterrompue à toute heure. Bref, c'est la gestion 2.0 de la production et surtout du stockage de l'énergie. Présents à Maurice, nous travaillons aussi à Madagascar et en Afrique sub-saharienne. »

UN MANQUE DE RÉGLEMENTATION

Prakash Ramiah, qui est également membre du conseil d'administration de l'Association of Mauritian Manufacturers (AMM), regrette que « la filière photovoltaïque ne soit toujours pas règlementée par un cadre légal, par la mise en place de normes et standards de qualité des installations photovoltaïques. L’enregistrement des acteurs auprès des instances régulatrices est primordial pour assurer le référencement des entreprises qualifiées et le développement durable du secteur EnR ».
 

Patrick d’Arifat, CEO d’Alteo : « Nous pensons développer le pôle énergétique dans nos usines au Kenya et en Tanzanie ».
Patrick d’Arifat, CEO d’Alteo : « Nous pensons développer le pôle énergétique dans nos usines au Kenya et en Tanzanie ».  Davidsen Arnachellum
 
LA COI S'INSPIRE DE MAURICE ET LANCE LE PREE
La Commission de l’océan Indien (COI) a lancé, en août 2017 le Programme régional d’efficacité énergétique (PREE). S'inspirant du Programme national d’efficacité énergétique (PNEE) réalisé à Maurice, il s'agit de réaliser une cartographie des potentiels d’efficacité énergétique dans les entreprises de la région et dans les principaux secteurs d’activité. « Il s'agit au final de diminuer leurs coûts d’opération, de les rendre plus efficientes et de renforcer leur démarche durable », indique Denis Levy, consultant auprès de la COI.
LA GRANDE DISTRIBUTION S’IMPLIQUE DANS L’EFFICACITÉ ÉNERGÉTIQUE
Business Mauritius (qui fédère le secteur privé) a dévoilé le 29 septembre 2017 le nom des six entreprises du projet PNEE (Programme national d’efficacité énergétique) - grande distribution. Ces six entreprises mauriciennes inscrites au programme suite à un appel à candidatures au niveau national sont Super U Grand-Baie, Super U Belle Rose, Monoprix Bagatelle, Monoprix Cascavelle, Mall of Mauritius et Riche Terre Mall. Dans le cadre de l’émergence progressive du marché de l’efficacité énergétique pour les chaînes de grande distribution, un appel d’offres a été lancé pour recruter les experts en audit énergétique pour mener le projet de novembre 2016 à aout 2017. Les services de quatre consultants ont été retenus : la société Intergrale Engénierie qui est en charge de la coordination d’électricité et du traitement d’eau, la société Edex Engénierie qui a la responsabilité de la consommation des cuisines, la société Afconsulting qui s’occupe pour sa part du management de l’énergie et du froid alimentaire et la société DOM Energy qui coordonne la gestion du Cloud, les mesures et enregistrements. Résuire leur consommation d’énergie tout en maîtrisant leurs coûts, gagner en compétitivité en étant plus éco-responsables, ce sont les objectifs fixés par les entreprises de la grande distribution. Les experts ont mis en place une méthodologie pour évaluer et quantifier l’usage énergétique de ces six entreprises.
Le nouveau modèle de la Leaf, qui vient d’être lancé au Japon, devrait arriver cette année à Maurice. Sa batterie est dotée d’une autonomie de 378 kilomètres.
Le nouveau modèle de la Leaf, qui vient d’être lancé au Japon, devrait arriver cette année à Maurice. Sa batterie est dotée d’une autonomie de 378 kilomètres.  Nissan

DÉBUT PROMETTEUR POUR LES VÉHICULES ÉLECTRIQUE
« Avec les mesures du dernier Budget, la vente des véhicules électriques neufs devrait grimper. Les effets ne seront perceptibles que l'an prochain », souligne Dean Ah-Chuen, l'Executive Director d'ABC Motors, filiale du groupe ABC.
« Malheureusement pour nous, la Nissan Leaf était trop en avance sur notre législation quand nous l’avons lancée en 2012. Alors que le constructeur japonais voulait que Maurice soit le premier pays de l’hémisphère sud à proposer ce modèle totalement électrique, nous nous sommes heurtés à d'incompréhensibles réticences des promoteurs de MiD. Finalement, la Leaf a été proposée, avant Maurice, à Singapour, en Australie et en Afrique du Sud. Nissan a aussi abandonné son plan stratégique pour faire de Maurice sa vitrine technologique et son centre de développement pour tout l’hémisphère sud. On a laissé passer notre chance », ajoute-t-il, amer. Et ce n'est qu'en 2016, avec le dernier Budget, qu'ont été levés les droits d’accises. Le nouveau modèle de la Leaf devrait arriver prochainement à Maurice. Elle a une autonomie de 378 kilomètres contre 160 kilomètres auparavant. Les Nissan Xtrail hybride et e-Note devraient aussi arriver cette année.
Du côté du groupe Leal, près de 100 voitures électriques ou hybrides ont été vendues. La gamme proposée par ce groupe est assez variée : six modèles BMW hybrides rechargeables, la première MINI hybride - la Countryman SE - la Renault Zoe et le premier modèle hybride de Mitsubishi, le Outlander PHEV. 
LA VALORISATION ÉNERGÉTIQUE DES DÉCHETS
Envron 91% des 400 000 à 420 000 tonnes de déchets solides ménagers produits chaque année sont enfouis au Centre d'enfouissement technique de Mare Chicose. C’est dire s’il reste beaucoup à faire en matière d’économie circulaire. Mais il exise des pionniers comme l'entreprise Solid Waste Recycling Ltd (SWRL) qui valorise des déchets sur son site de la Chaumière, dans l'ouest de l'île. Elle en reçoit 300 à 400 tonnes par jour. Ces déchets, qui ne sont pas triés à leur arrivée, sont soumis à un traitement mécanique et biologique. Passant à travers des tamis de plus en plus fins, ils sont arrosés de bioculum, une bactérie naturelle qui va détruire les agents pathogènes. « 60% des déchets sont compostables », précise Vincent Thévenau, Business Development Manager de ‎SWR. Après plusieurs semaines, ces déchets organiques sont transformés en compost qui est vendu sous la marque Fer-Rich. L'entreprise en produit 8 000 à 10 000 tonnes par an. Mais elle vise aussi la méthanisation pour produire de l’électricité. En attendant, suite à l'incendie qui a frappé son site fin avril 2017, elle attend son certificat attestant de sa mise aux normes afin de pouvoir de nouveau recevoir des déchets. Elle attend aussi un soutien financier des autorités pour s’agrandir. « L'usine pourrait facilement transformer 115 000 tonnes de déchets chaque année, soit 25% des déchets actuellement enterrés », explique Vincent Thévenau. SWR mise sur la valorisation énergétique des déchets et attend les résulats d’un appel d’offres pour avancer dans cette direction. 
L’usine de SWR (Solid Waste Recycling Ltd) reçoit 300 à 400 tonnes de déchets par jour.
L’usine de SWR (Solid Waste Recycling Ltd) reçoit 300 à 400 tonnes de déchets par jour.  Davidsen Arnachellum
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« L’échec de Maurice île Durable (MiD) est dû en grande partie au manque de vision du gouvernement, l’actuel et le précédent, sur la politique énergétique à mener. » Joël de Rosnay, ex-conseiller de l'ex-Premier ministre Navin Ramgoolam, a dressé un bilan amer de ce projet dans un entretien accordé le 3 septembre 2017 à « L'Express Dimanche ». Lancé en grandes pompes en 200...