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Réunion

Les entreprises réunionnaises à l’heure de la RSE

1 juil 2020 | PAR Ignace de Witte | N°350
Si le concept de responsabilité sociétale ou sociale des entreprises est déjà ancien, il a pris une nouvelle tournure avec la norme ISO 26000 lancée en 2010. Dix ans plus tard, la RSE est devenue un élément incontournable dans la communication des entreprises, comme l’a confirmé la crise de la covid-19.

Tapez « 100 plus grands philanthropes » dans la barre de recherche Google et vous verrez que 100 % des résultats sont des chefs d'entreprise qui ont fait fortune, parmi lesquels Bill Gates, Warren Buffet, Georges Soros, Jeff Bezos, Bloomberg, Rockfeller, le Chinois Jack Ma (Alibaba), etc. Ces milliardaires font ce que les Anglo-Saxons appellent du « give-back », souvent par l'intermédiaire de leur propre fondation. On qualifie parfois cette générosité de « version humaniste de la charité chrétienne », en tous cas, cette générosité est réelle : certains y consacrent jusqu'à 30 % de leur fortune, qui est colossale. Mais la RSE se distingue fondamentalement de la philanthropie : elle ne vient pas en « correctif », mais se trouve intégrée au processus de création de richesse lui-même. 
La RSE couvre plusieurs aspects dont le plus simple à mettre en oeuvre est la protection de l'environnement, qui fait l'objet d'un référentiel spécifique (ISO 14000). La plupart des entreprises qui s'engagent dans une démarche RSE commencent souvent par obtenir cette certification et, quand tout se passe bien, elle vont plus loin et se mettent en conformité avec le référentiel RSE ISO 26000. 
Maîtriser sa consommation d'eau, d'électricité, de papier, de plastiques, d'emballages, de carburant, etc. pour préserver la planète est une chose. Mettre en place des mesures qui participent au mieux-être des salariés au travail en est une autre. Et engager l'entreprise à faire face à sa responsabilité sociétale encore une autre ! 
Le bien-être des salariés passe par les conditions de travail, mais aussi par la « reconnaissance» : un merci, une augmentation, une promotion, une formation, des avantages en nature (véhicule de fonction, bureau individuel, place de parking). À noter que la reconnaissance vient parfois de l'extérieur. C'est le cas de ces séances d'applaudissement chaque soir à 20 heures pour remercier le personnel médical, fortement mobilisé dans la lutte contre la covid-19. 

La RSE apporte une réelle dynamique à l'entreprise 

La responsabilité sociétale va plus loin : on passe de l'individuel au collectif et c'est l'entreprise dans sa globalité qui fait des efforts pour participer à l'amélioration de la société qui l'entoure. C'est à ce stade qu'on fait converger les convictions  personnelles des salariés et les valeurs de l'entreprise : éthique des affaires, parité homme-femme, mixité sociale, droits de l'homme. C'est à ce moment seulement que la RSE apporte une réelle dynamique à l'entreprise : quand l'individu se reconnaît dans les valeurs de son entreprise. La RSE n'est pas encore parfaitement codifiée car tout ceci est plus facile à dire qu'à faire ! 
On peut aborder le problème par les contre-exemples : travail des enfants dans des pays du tiers-monde, conditions de travail indignes, pollution, corruption, mise en danger des salariés et/ou des consommateurs, maltraitance animale, sous-rémunération de certaines catégories de travailleurs, etc. Tout le monde comprend qu'à court terme, cela permet peut-être de gagner de l'argent, mais que cela risque aussi de se retourner contre l'entreprise. D'autant plus que ces faits sont de plus en plus dénoncés par des vidéos mises sur les réseaux sociaux, le plus souvent par les salariés eux-mêmes (de façon anonyme) : broyage des poussins, enfants en guenilles qui travaillent dans les mines, tests sur des animaux, déversements sauvages, harcèlement, gaspillage alimentaire, etc. Certains voudraient que ces « lanceurs d'alerte » soient poursuivis. Mais ne serait-il pas mieux que l'entreprise en cause change ses façons d'agir ? La RSE est le bon chemin. 
 

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Sandrino Ramanitrarivo, Valérie Chow Ping Mo, Christiane Albert et Stéphanie Cavalié du cluster Green (Groupement régional des  entreprises engagées pour l’environnement).  Photo : Ignace de Witte
 



L’Organisation internationale de normalisation (ISO) souligne que la norme ISO 26000 contient des lignes directrices et non des exigences. « Elle ne se prête donc pas à la certification, contrairement à d’autres normes très connues de l’ISO. Elle permet en revanche de clarifier la notion de responsabilité sociétale, d’aider les entreprises et les organisations à traduire les principes en actes concrets, et de faire connaître les meilleures pratiques en matière de responsabilité sociétale, dans le monde entier. Elle vise les organisations de tous types, quelle que soit leur activité, leur taille ou leur localisation. » 
L’ISO 26000 a été publiée le 1er novembre 2010 au terme de cinq années de négociations entre un très grand nombre de parties prenantes dans le monde entier. Des représentants des gouvernements, des ONG, de l’industrie, des groupes de consommateurs et du monde du travail ont été impliqués dans son élaboration. Sept domaines ont été définis : la gouvernance de l'organisation (le respect de la loi, la transparence, la responsabilité de rendre compte et le dialogue avec les parties prenantes), les droits de l'Homme, les conditions et relations de travail, l'environnement, les bonnes pratiques des affaires, les questions relatives aux consommateurs et l'engagement sociétal. 

Un label RSE réunionnais : Efficience 

Il existe cependant des « évaluations AFAQ 26000 » et des labellisations régionales. C'est le cas notamment du label Efficience, mis en place par le cluster Green de La Réunion, sous l'égide du Syndicat de l'importation et du commerce de La Réunion (SICR). À La Réunion, les premiers à s'être intéressés à la RSE sont en effet Frédéric Foucque, président du SICR, et sa directrice Christiane Albert. Cela a commencé par la mise en place de filières locales de collecte et de recyclage, dans le cadre de la Responsabilité élargie des producteurs (REP) : pneus (Avpur), batteries (ATBR) déchets électroménagers pro et particuliers (ESR), lampes (Recylym), piles (Corepile), meubles (DEA), déchets de soins (Dastri), panneaux photovoltaïques (PV cycle), médicaments non utilisés (Cyclamed), papier et emballages (Citea), textile, linge de maison, habillement, chaussures (Eco TLC). Grâce à toutes ces filières, 50 000 tonnes par an ne sont plus mises en décharge, mais sont valorisées, auxquelles il faut ajouter 5 000 véhicules hors d'usage (VHU). 
Le SICR est à l'origine du cluster Green (Groupement régional des entreprises engagées pour l’environnement), dont Christiane Albert est la présidente, qui organise depuis 2016, avec ses partenaires, un forum régional des éco-entreprises (https:// forum-ecoentreprises.re/). Le cluster a procédé au recrutement d'un chargé de mission Développement, Sandrino Ramanitrarivo, et lors de la dernière assemblée générale du cluster Green (12 décembre 2019), […]  on a annoncé qu'une quinzaine d’entreprises réunionnaises étaient engagées dans le processus de labellisation Efficience, parmi lesquelles Air Austral, Aura OI, CFAO, Groupe Caillé, Le Palm Hôtel, Semittel, SICR et Neotek. 
 

CFAO : une des entreprises engagées dans la démarche pour obtenir le label Efficience.
CFAO : une des entreprises engagées dans la démarche pour obtenir le label Efficience.  Photo : Ignace de Witte
 



Le label régional Efficience est décerné en fonction de cinq critères, fort semblables aux sept domaines de l'ISO 26000:2010 : 1-Qualité de vie au travail, 2-Attractivité et ancrage territorial, 3-Progrès environnemental, 4-Production et consommation durable, 5-Gouvernance et stratégie RSE. Ce label est soutenu par l’Agence de la transition écologique (Ademe), L’Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (Anact- Aract), la Direction des entreprises, de la concurrence, de laconsommation, du travail et de l’emploi (DIECCTE), l’association Opcalia (organisme paritaire agréé pour collecter les cotisations des entreprises au titre de la formation professionnelle) et la Région Réunion. 
À La Réunion, la RSE n'est donc pas simplement une notion qui vient d'en haut, de Paris, cela répond à une réelle prise de conscience locale. La covid-19 a permis aux entreprises réunionnaises de faire la preuve de leur réelle responsabilité sociétale en assurant la protection de leurs salariés, en poursuivant les activités indispensables pour la population, voire en mettant leur savoir-faire au service de la collectivité. 
Les distilleries de l'île se sont mobilisées très tôt pour produire du gel hydroalcoolique, des commerces qui ne pouvaient plus accueillir le public (par exemple les opticiens) ont mis en place la livraison à domicile pour répondre aux cas d'urgence, Air Austral a chamboulé son programme de vol et mobilisé ses équipages pour répondre à la forte demande de fret aérien, etc. Cette mobilisation n'est pas passée inaperçue, elle a renforcé le lien qui unit ces entreprises et les Réunionnais. Les entreprises réunionnaises sont de plus en plus convaincues que pour afficher de bons résultats financiers il faut une bonne communication extra-financière. La RSE n'est pas un frein, c'est un tremplin.  

Le SICR fêtera ses 70 ans en 2023 

Si l’on parle plus souvent du Medef, dont est membre le Syndicat de l'importation et du commerce de la Réunion (SICR), celui-ci est la plus ancienne organisation patronale de La Réunion. Il a vu le jour en 1953, selon une philosophie parfaitement exprimée par son président actuel, Frédéric Foucque, qui cite Jean Jaurès : « Il n'y a de classe dirigeante que courageuse. À toute époque, les classes dirigeantes se sont constituées par le courage, par l'acceptation du risque… » 
Les entreprises peuvent avoir une « raison d'être » 

La RSE arrive à se frayer un chemin dans un contexte européen en pleine mutation, notamment en France où la Loi n° 2019-486 du 22 mai 2019 relative à la croissance et la transformation des entreprises (plus communément appelée Loi Pacte) a modifié les articles 1866 et 1835 du Code civil pour donner un cadre légal et renforcer la RSE au niveau national. L'article 1833 du Code civil a été modifié afin que l'objet social de toutes les sociétés intègre la considération des enjeux sociaux et environnementaux. L'article est maintenant ainsi rédigé : « Toute société doit avoir un objet licite et être constituée dans l'intérêt commun des associés. La société est gérée dans son intérêt social, en prenant en considération les enjeux sociaux et environnementaux de son activité. » L'article 1835 reconnaît maintenant la possibilité aux sociétés qui le souhaitent de se doter d'une raison d'être : « Les statuts doivent être établis par écrit. Ils déterminent, outre les apports de chaque associé, la forme, l'objet, l'appellation, le siège social, le capital social, la durée de la société et les modalités de son fonctionnement. Les statuts peuvent préciser une raison d'être, constituée des principes dont la société se dote et pour le respect desquels elle entend affecter des moyens dans la réalisation de son activité. » 
Le bureau de Google à Bruxelles. La multinationale américaine alimente ses centres de données à l’énergie 100 % renouvelable et sa fondation débourse des centaines de millions de dollars.
Le bureau de Google à Bruxelles. La multinationale américaine alimente ses centres de données à l’énergie 100 % renouvelable et sa fondation débourse des centaines de millions de dollars.  ©Droits réservés



Comment la RSE fait briller Google

La RSE permet au géant du web d'avoir une bonne image auprès du public, et cela malgré les polémiques sur les atteintes à la vie privée ! Il faut dire qu'il met le paquet et que tout le monde, ou presque, rêve de travailler chez Google. Quelques exemples : 1-Transport gratuit, le bus Google vient vous chercher chez vous et le bus est évidemment équipé du wifi pour que vous puissiez commencer à travailler le plus tôt (et le plus tard) possible, 2-Nourriture gratuite et à volonté, non seulement les salariés font des économies (repas gratuits), mais ils ont la garantie de manger sainement. Pour l'entreprise, l'avantage est que le salarié n’a pas besoin de sortir de son enceinte pour prendre ses repas, 3-Quand un salarié Google décède, son conjoint continue à percevoir 50 % de son salaire pendant dix ans. Google emploie effectivement de jeunes geeks qui ne se préoccupent pas trop de leurs vieux jours ou des accidents de la vie, alors l'entreprise le fait pour eux, 4-Vous pouvez venir travailler avec votre chien. Et cet investissement dans le bien-être des salariés, ça marche : c'est en dehors de leur temps de travail (mais au sein de l'entreprise), que des salariés de Google ont créé le navigateur Chrome et Google Maps. En effet, l'entreprise favorise l'intrapreneuriat et les projets personnels.
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