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Les patrons propagent la culture entrepreneuriale

1 mai 2016 | PAR La rédaction | N°308
Quatre heures au collège et deux heures en entreprise à travers des jeux de rôles permettent aux jeunes âgés de 14 et 15 ans de comprendre un peu mieux la micro-économie. DR
Le mouvement « Envies d’entreprendre » est une façon de rapprocher l’école de l’entreprise. Initié de façon informelle par Paul Martinel, Pdg de la Cilam, il s’est aujourd’hui structuré et l’Éducation nationale pourrait s’en inspirer dans le cadre d’un projet numérique.


Nous avons pu apporter cette formation très ludique à plus de 2 000 collégiens des classes de troisième. C’est encore peu car La Réunion en compte 15 000, mais, avec de plus en plus de chefs d’entreprise qui s’impliquent, nous allons pouvoir renforcer le mouvement. » Paul Martinel a lancé cette initiative originale en 2009 avec quelques industriels. Aujourd’hui à la retraite de son poste de Pdg de la Cilam - un poids lourd de l’industrie agroalimentaire locale - il est toujours impliqué et prend du plaisir à propager la culture entrepreneuriale dans les collèges. Cette initiation au monde de l’entreprise est d’ailleurs devenue un vrai projet pédagogique et a même été distinguée sur le plan national par la Société des membres de la Légion d’honneur (SMLH). Le mouvement s’est structuré pour devenir « Envies d’entreprendre », mais son principe reste le même. « On travaille par groupes de 15 élèves et l’on commence par parler de la plus petite entreprise qui soit, la famille, en mettant en situation un couple qui doit gérer des dépenses et des recettes… Puis on passe à un projet d’entreprise industriel (qui veut fabriquer des desserts au chocolat) et chacun se voit attribué une fonction précise : directeur commercial, directeur industriel, responsable qualité, etc. » Mais tout commence par une assemblée générale constitutive réunissant deux classes et dans laquelle chaque collégien est un actionnaire. 
 

Guy Leblond (à gauche), consultant, témoigne de son travail avec des élèves difficiles du Bas de la Rivière, à Saint-Denis, qu’il intègre par le sport.  Guy Hagelauer (à droite), patron de la Cartonnerie Réunionnaise et impliqué dans le mouvement le compare au mouvement citoyen Bleu Blanc Zèbre, lancé par Alexandre Jardin en France.  Guillaume Foulon
Guy Leblond (à gauche), consultant, témoigne de son travail avec des élèves difficiles du Bas de la Rivière, à Saint-Denis, qu’il intègre par le sport. 
Guy Hagelauer (à droite), patron de la Cartonnerie Réunionnaise et impliqué dans le mouvement le compare au mouvement citoyen Bleu Blanc Zèbre, lancé par Alexandre Jardin en France.  Guillaume Foulon
 

DE L’ENTREPRISE VIRTUELLE  À L’ENTREPRISE RÉELLE

D’abord il s’agit d’évaluer le marché et l’on s’aperçoit que « certains ne connaissent pas très bien la population de l’île. » Des blocs de polystyrène de couleurs différentes permettent de comprendre la valeur ajoutée, le bénéfice et le déficit au sein d’une activité économique. L’assemblée élit 12 administrateurs qui vont définir la stratégie. En somme, un vrai projet entrepreneurial qui, après quatre heures au collège, aboutira, quelques mois plus tard, à la découverte d’une entreprise bien réelle. Une visite qui n’est pas une balade touristique puisqu’elle dure deux heures pendant lesquelles chaque collégien rencontre celui qui occupe la même fonction que celle qu’il occupe dans l’entreprise virtuelle. Un échange pour mieux comprendre son rôle.
« Ils adorent ça », commente Paul Martinel. Un intérêt des élèves qui n’a pas échappé au monde éducatif qui a joué pleinement le jeu. Le rectorat veut même en faire un projet numérique. Lors d’une présentation le 27 avril dernier, qui réunissait de nombreux chefs d’entreprise, dans l’intention de les enrôler dans le mouvement, le principal du collège de St Leu Pointe de Châteaux, Jean-Lou Vallon, est venu témoigner des résultats enregistrés dans son établissement. « Le taux de passage en classe de seconde générale est passé de 48% à 71%. Et l’opération rencontre le même succès dans les classes réputées les meilleures et dans celles qui sont plus difficiles… Il faut profiter de cette idée géniale pour travailler ensemble. »
 

Paul Martinel est à l’initiative de cette expérience originale. Aujourd’hui à la retraite de son poste de Pdg de la Cilam, il est toujours aussi impliqué et heureux que le mouvement ait pu toucher plus de 2 000 élèves des classes de troisième.   DR
Paul Martinel est à l’initiative de cette expérience originale. Aujourd’hui à la retraite de son poste de Pdg de la Cilam, il est toujours aussi impliqué et heureux que le mouvement ait pu toucher plus de 2 000 élèves des classes de troisième.   DR
 

DES PROFESSEURS TÉMOINS ET COMPLICES

Le rapprochement entre le monde de l’entreprise et celui de l’école est un élément mis en avant par tous les témoins. « L’image de l’entreprise est déformée chez les jeunes, mais l’image de l’école est également déformée parmi les chefs d’entreprise », commente Christiane André, ancienne inspectrice de l’Éducation nationale et présidente du comité ouest de la Légion d’honneur. Gérard Arzilli, ancien directeur du centre formation de la CCI et aujourd’hui consultant, voit aussi comme avantage à ce mouvement de « faire communiquer des sphères qui ne communiquent pas habituellement. »
Jeune dirigeant de Vert M Prod, Olivier Dejean s’est investi dans « Envies d’entreprendre » et en tire une grande satisfaction car la méconnaissance du monde de l’entreprise se révèle importante chez les jeunes. « Certains pensaient que le capital, c’est ce que le chef d’entreprise avait dans la poche et qu’il partait en vacances avec. »
Autre satisfaction chez les patrons engagés, celle de voir la motivation du corps enseignant et des principaux de collège. « Les professeurs ont été témoins et complices », précise Paul Martinel qui considère qu’il est bon, à travers ce travail ludique, de « dire certaines choses importantes sur l’impôt, la valeur ajoutée et les différents métiers au sein d’une entreprise ». Paul Martinel se souvient du dirigeant d’une entreprise de mécanique de précision qui est venu témoigner devant les élèves de son parcours, leur expliquant qu’il n’avait pas eu la chance comme eux d’aller au collège. Ce qui, au demeurant, ne l’avait pas empêché de créer son entreprise.
Didier Fauchard, fondateur et dirigeant de Format, salue l’initiative en soulignant qu’« il faut faire comprendre que l’entreprise est un lien où l’on peut s’épanouir. »
Guy Leblond, consultant, vient témoigner de son travail avec des élèves en difficulté dans le Bas de la Rivière à Saint-Denis. Un travail en marge du mouvement « Envies d’entreprendre » car il fait appel au sport comme vecteur d’intégration, mais dans la même veine. Guy Hagelauer, patron de la Cartonnerie Réunionnaise et impliqué dans le mouvement le compare au mouvement citoyen Bleu Blanc Zèbre, lancé par Alexandre Jardin en France. « Le moment de l’audace et venu », commente Jérôme Isautier, président de l’ADIR (Association pour le développement industriel de La Réunion).

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 Nous avons pu apporter cette formation très ludique à plus de 2 000 collégiens des classes de troisième. C’est encore peu car La Réunion en compte 15 000, mais, avec de plus en plus de chefs d’entreprise qui s’impliquent, nous allons pouvoir renforcer le mouvement. » Paul Martinel a lancé cette initiative originale en 2009 avec quelques industriels. Aujourd’hui à la retraite...