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Madagascar

Les premiers signes d’une reprise à venir

13 avr 2014 | PAR La rédaction | N°284
Hery Rajaonarimampianina, nouveau président de Madagascar : « Je prévois des taux de croissance économique importants, peut-être à deux chiffres, dans les années à venir, c'est ça l'objectif pour sortir le pays de la pauvreté. » - PNUD

Même si début mars, le Premier ministre n’était toujours pas nommé, la Grande île avance néanmoins avec un président qui s’efforce de regagner la confiance des bailleurs de fonds. 

« Madagascar a tourné la page des crises et de l’impunité. » Déclaration de Hery Rajaonarimampianina à l’AFP lors de son déplacement à Washington le 18 mars. Le nouveau président de Madagascar a entrepris une opération séduction auprès du FMI et de la Banque mondiale. « Après cinq années d'absence, il était temps qu'on renoue ces relations (avec la communauté internationale), explique le chef d’État. Il faut aller très vite. Je prévois des taux de croissance économique importants, peut-être à deux chiffres, dans les années à venir, c'est ça l'objectif pour sortir le pays de la pauvreté. La tâche est lourde mais je regarde devant moi et je vois qu'il y a beaucoup de mains tendues pour me soutenir. Et Madagascar a beaucoup d'atouts. » Hery Rajaonarimampianina s’engage aussi à mettre en place l’État de droit à Madagascar : « Sécuriser les biens, les personnes et les investissements, mettre en place une justice impartiale et équitable et lutter contre la corruption, voilà autant de défis qui me semblent urgents. Les lois doivent s'appliquer de la même manière à tout le monde, qu'ils soient dirigeants ou simples citoyens, afin qu'il n'y ait pas d'impunité. La stabilité se construit jour après jour. »

LE FMI A RECONNU LES NOUVELLES AUTORITÉS

Sur sa revendication des îles Éparses, conservées par la France après l’indépendance de la Grande île, le président se montre prudent : « Je n'ai pas parlé de revendications mais de négociations, ce sont des îles qui ont fait l'objet de beaucoup de débats. On est en train de relancer ces négociations avec la France (…) Il y a des propositions pour une cogestion. Y a-t-il des meilleures formules ? On va essayer de voir ça. À mon avis, la France ne serait pas contre une mutualisation des intérêts avec Madagascar. » Mais le sujet du moment, c’est surtout les relations avec les bailleurs de fonds qui s’impatientent face aux retards dans la nomination d’un Premier ministre. Suite à la crise politique, et à la non-reconnaissance du gouvernement de transition, les grands donateurs, dont la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, avaient coupé le robinet, accélérant le départ des investisseurs et aggravant les maux économiques du pays qui a tout de même fait preuve d’une résilience étonnante. Suivant le mouvement impulsé par les Etats-Unis, l'Union européenne a privé Madagascar de près de 600 millions d'euros de financement. Seules des aides d'urgence humanitaire ont été maintenues. « Au cours des cinq dernières années, il y a eu un très faible niveau d'activité économique et d'investissement, couplé à une détérioration des indicateurs sociaux », résume George Tsibouris, chef de la mission du FMI dans le pays. Selon la Banque mondiale, quelque 30 000 emplois ont été directement détruits dans le fracas du coup d'État, notamment du fait de la suspension de l’AGOA (African Growth Opportunity Act), accord douanier avec les Etats-Unis. Selon le bailleur de fonds, plus de 90% de la population vivrait actuellement avec moins de deux dollars par jour, un taux quasiment sans équivalent sur la planète, mais qu’il faut prendre avec une certaine prudence car une grande partie de l’économie demeure informelle. C’est d’ailleurs, sans aucun doute, ce qui explique la résilience du pays.
La visite du nouveau président malgache à Washington se révèle cruciale car les grands donateurs attendent traditionnellement le feu vert du Fonds monétaire international pour reprendre leur coopération. Le FMI a déjà levé une hypothèque majeure en indiquant qu'il reconnaissait officiellement les nouvelles autorités. « Cette reconnaissance est un pas extrêmement important, mais il faudra un programme du FMI pour faire revenir les grands donateurs de façon optimale », souligne Haleh Bridi, « Country Manager » de la Banque mondiale, qui a d’ailleurs quitté son poste à Tananarive pour Maputo, au Mozambique.

« Tout est maintenant possible, un article IV (les évaluations annuelles du Fonds - Ndlr), des conseils sur les mesures, des programmes d'aide financière ou de l'assistance technique », énumère de son côté George Tsibouris. Une mission du Fonds s'est déjà discrètement rendue dans le pays avant même la reconnaissance officielle des autorités afin de sonder l'économie locale, qui n'a pas été évaluée officiellement par le FMI depuis juin 2007. « La situation budgétaire a été maintenue relativement sous contrôle en dépit de pressions très intenses du fait du retrait des donateurs », relève le représentant du FMI.
 

PRIORITÉ À L’INFRASTRUCTURE ROUTIÈRE

Les projets appuyés par les bailleurs de fonds pourraient concerner prioritairement les infrastructures. Durant les cinq années de transition politique, les budgets d’entretien routier se sont effondrés. Les entretiens annuels courants entre 2007 et 2009 étaient déjà très bas, à 450 kilomètres par an. Entre 2010 et 2012, cette moyenne a chuté à moins de 27 kilomètres. Avant la crise politique, le budget financé par le Fonds d’entretien routier a permis de financer l’entretien de 12 000 kilomètres de routes nationales, ce qui couvre environ 90% du réseau. Ce budget est presque inexistant actuellement et les recettes des redevances routières et amendes perçues par l’Autorité routière de Madagascar demeurent modestes (un total de 46 000 euros sur neuf mois). L’état actuel des routes nationales et des routes intra-urbaines laisse penser que les bailleurs de fonds vont faire figurer la réfection et l’entretien dans leur priorité. Il faut savoir que la réfection d’un tronçon d’un kilomètre de route nationale à Madagascar pourrait coûter jusqu’à 500 millions d’ariary (175 000 euros). Sur les 12 000 km de routes nationales en 2012, seulement 33% sont jugés en bon état par la Banque mondiale. L’appui n’est pourtant pas automatique venant des bailleurs de fonds car ils demandent à examiner les conditions de réhabilitation et les entretiens suivant les plans de déblocage des fonds.

UN NOUVEAU FINANCEMENT DE LA BAD
 
Grâce à de bonnes relations avec la BAD (Banque africaine de développement), qui n’ont jamais été rompues, Madagascar bénéficiera prochainement d’un nouveau programme de financements au titre du 13e Fonds africain pour le développement (FAD 13). Ce programme porte sur la période  2014-2016 et il s’y ajoutera une aide supplémentaire, Madagascar bénéficiant du statut de « pays fragile ». Plusieurs projets ont été financés par la BAD durant la période de transition comme, par exemple, la réfection de la route nationale 9 reliant Toliara et Befandriana et la réhabilitation du périmètre irrigué de Manombo. L’appui à la gouvernance institutionnelle (PAGI) s’ajoute aux projets financés par la BAD. Leur montant est évalué à 213,5 milliards d’Ariary (71 millions d’euros). On annonce déjà le prolongement de la réhabilitation de la RN9, comprenant le tronçon de route reliant Morombe-Bevoay-Morondava et le projet de Bas Mangoky II pour doubler la capacité de production rizicole de ce périmètre qui était de 28 000 tonnes par an auparavant. 
 

 
PRIX DU CARBURANT ET NIVEAU DE L’ARIARY : DEUX DOSSIERS SENSIBLES

Deux indices constituent une épée de Damoclès sur l’économie malgache à court terme : les prix du carburant et la valeur de l’ariary. Depuis la subvention des prix du carburant à la pompe mise en place par le gouvernement de Transition, Madagascar a connu une relative stabilité sur les prix à la consommation. Mais on parle désormais de hausses significatives. La possibilité d’une dévaluation progressive de l’ariary, qui a commencé avec une première perte de valeur constatée à la fin du mois de janvier, est aussi à prendre en compte. Elle pourrait d’ailleurs figurer parmi les conditions posées par la Banque mondiale et le FMI. Autant de mesures impopulaires car elles entraîneront inévitablement des hausses des prix à la consommation. 
 
REPRISE DES AIDES DU JAPON
 
L'ambassadeur du Japon, Ryuhei Hosoya, a désigné les infrastructures et l'agriculture comme prioritaires et un premier budget de 40 milliards d'ariary (14 millions d’euros) a déjà été débloqué en leur faveur. Pour la suite, le Japon attend l’instauration d’un gouvernement. À partir de ce moment, il se penchera sur le dossier de la réhabilitation du port de Tamatave. Il s’agit notamment de l'approfondissement du pied de quai du terminal aux alentours de 14 mètres et de l’extension du port lui-même par un remblaiement sur la mer. 


  • Des budgets d’entretien routier devenus prioritaires

    Durant les cinq années de transition politique, les budgets d’entretien routier se sont effondrés. Ils figurent maintenant parmi les priorités. - Pierre-Yves Babelon

    Durant les cinq années de transition politique, les budgets d’entretien routier se sont effondrés. Ils figurent maintenant parmi les priorités. - Pierre-Yves Babelon

  • Aide du Japon

    Le Japon va participer au financement de l’extension du port de Tamatave. - DR

    Le Japon va participer au financement de l’extension du port de Tamatave. - DR

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