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Les voitures électriques chinoises à la conquête de l’Europe

1 juil 2019 | PAR Ignace de Witte | N°341
La Région Wallonne (Belgique) a signé un accord avec le chinois Thunder Power pour reconvertir l’ancien site de Caterpillar Belgium en usine d’assemblage de voitures électriques. Le premier modèle produit sera la Chloé, une petite citadine 2 places ressemblant à une Smart, dont l’autonomie sera de 350 km mais surtout dont le prix de vente sera situé entre 12 000 et 15 000 euros. La commercialisation est prévue fin 2020. © Awex
Contrairement aux idées reçues, les voitures électriques chinoises se révèlent parfaitement aux normes. La Chine a même un train d’avance sur l’Europe mais ses constructeurs attendaient des lois favorables. Il faut s’attendre à une invasion massive à partir de 2025.

Les députés européens ont voté les taux moyen de CO2 que devront respecter les marques automobiles distribuées en Europe : 95 g/km en 2021, 81 g/km en 2025 et 59g/km en 2030. Les constructeurs qui ne respecteront pas les nouveaux seuils s’exposent à de très lourdes sanctions : 95 euros pour chaque gramme de CO2 excédentaire, multiplié par le nombre de véhicules vendus, ce qui va se chiffrer en centaines de millions d’euros pour les mauvais élèves ! En l’état actuel de la technologie, pour descendre en dessous de 60g CO2/km, il faut obligatoirement une motorisation hybride, aucun moteur essence ou diesel, même de petite cylindrée, n’y parvient. 

Un coup dur pour les constructeurs européens

Le parlement européen a donc signé la mort du moteur thermique, qui a pourtant fait la renommée mondiale de l’Europe, avec des marques et des sonorités à l’échappement légendaires : Ferrari, Porsche, Jaguar, etc.
Les délais sont trop courts pour que l’industrie européenne puisse développer des technologies alternatives, comme les biocarburants ou l’hydrogène. Vu le calendrier imposé par le Parlement européen, les constructeurs européens ont tout juste le temps de mettre au point des motorisations hybrides ou électriques et prier qu’elles rivalisent avec la technologie chinoise. La Chine est en effet le premier marché mondial de la voiture électrique et hybride rechargeable, avec plus d’un million d’exemplaires commercialisés en 2018. Leur marché est immense mais surtout très bien protégé : les voitures électriques étrangères sont taxées à 40 %, ce qui permet aux marques chinoises de détenir 96 % du marché et de développer leur technologie. Par ailleurs, le gouvernement chinois impose à ses constructeurs 10 % de voitures électriques, un chiffre qui passera à 40 % en 2030. La Chine a également mis en place une importante industrie de production de batteries, un élément stratégique important quand on sait que la batterie représente 35 % de la valeur d’une voiture électrique. Et en ce qui concerne la sécurité, rappelons-nous que les Chinois ont racheté Volvo, la marque la plus sûre au monde depuis un demi-siècle (c’est Volvo qui a inventé la ceinture de sécurité, en 1959). Les Chinois disposent donc de toute la technologie nécessaire pour passer tous les crash tests européens « fingers in the nose ».
C’est également l’analyse que font, à La Réunion, François Caillé et son directeur du pôle automobile Marc Bergeretti : « Les Chinois ont compris que ça ne valait pas la peine de mettre au point des voitures thermiques pour venir sur le marché européen, qu’il valait mieux attendre que Bruxelles rende les moteurs électriques obligatoires. Et là, c’est fait, l’Europe a signé l’arrêt des moteurs essence et diesel. »
Avec l’électrique, l’automobile aborde un virage industriel important. Une voiture électrique est composée de 15 000 pièces, contre 30 000 pour une voiture thermique. Un moteur électrique, c’est en effet un rotor et un stator : deux pièces ! Les voitures ne sont pas pour autant moins chères. Selon un spécialiste « une voiture thermique, c’est un moteur compliqué et un réservoir simple, une voiture électrique, c’est exactement l’inverse, c’est la batterie qui est complexe ! » Et là aussi, l’Asie a pris de l’avance sur l’Europe, ce qui explique qu’aujourd’hui, pour les batteries, BMW s’approvisionne chez Samsung, VW chez Panasonic et Renault chez LG… Donc, même si les constructeurs européens sont en mesure de fabriquer des voitures électriques qui offrent les mêmes qualités routières que les voitures thermiques auxquelles ils nous ont habitués, d’un point de vue économique, la batterie représentant 35 % de la valeur d’une voiture électrique, ils partent avec un sérieux handicap face aux voitures électriques asiatiques en général et chinoises en particulier. On peut effectivement s’attendre à une invasion massive à partir de 2025. 

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