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Les Ziyara : ces esprits au cœur de la société mahoraise

4 oct 2014 | PAR La rédaction | N°288
Mosquée de Polé. Ce type d’édifice très ancien permet de maintenir le lien avec les ancêtres et permet au Ziyara musulman de s’exprimer. - DR
Un touriste occidental aura certainement du mal à concevoir qu’il y a des endroits de la planète où un individu est caractérisé par deux personnalités totalement différentes, l’être humain et son Esprit. Ce dernier exerce un certain pouvoir mystique sur un corps dit possédé, son « cheval », selon les termes de la déontologie.

À Mayotte, société fortement traditionnelle, les lieux qui renvoient à la spiritualité sont monnaie courante, éparpillés un peu partout sur le territoire et souvent fréquentés de nos jours pour des raisons thérapeutiques. Cela nous amène à vous présenter quelques uns de ces lieux aux noms évocateurs, les Ziyara et leurs rituels associés. Voyage au cœur d’us et coutumes qui ont toujours véhiculé des messages et des vœux pieux, et qui ont caractérisé l’identité d’un peuple depuis la nuit des temps.

Le lac du volcan Dziani. Mayotte recèle des sites magiques qui valent le détour.-  Stocklib/Stefan Ember

Le lac du volcan Dziani. Mayotte recèle des sites magiques qui valent le détour.

ZIYARA AUSTRONÉSIEN ET BANTU

Le Ziyara austronésien et bantu s’identifie à des lieux d’habitation sacralisés, des objets, des animaux, une rivière, un bois, une source… Les gens y viennent pour évoquer leurs doléances et demander une protection divine via les esprits en collaboration avec les personnes habilitées à le faire, les « foundis ». Dans ces lieux, les acteurs sont très proches de l’animisme bantu caractérisé par la croyance aux esprits de l’eau, du feu, des vents et de la terre.

ZIYARA MUSULMAN

Le Ziyara musulman revêt un sens différent et met en avant l’aspect religieux. Ce sont des lieux saints ou des tombeaux d’hommes dont la mémoire est vénérée, des endroits où reposent des dignitaires du village, voire de l’île. Certains de ces endroits recèlent des traces qui portent à croire que les ancêtres y venaient pour exprimer leurs croyances. Des mosquées très anciennes font apparaître des indices que l’on peut observer de nos jours. En général, la préservation et l’entretien de ces lieux relèvent de la compétence des descendants des fondateurs du village.  

Le promontoire de Mahabou où certains rois sont enterrés. On leur rend hommage lors de rituels où l’alcool coule à flots dans une animation musicale à base de « dzindze » (instruments à cordes). - DR

Le promontoire de Mahabou où certains rois sont enterrés. On leur rend hommage lors de rituels où l’alcool coule à flots dans une animation musicale à base de « dzindze » (instruments à cordes).

ZIYARA MIXTE

Le Ziyara mixte se trouve dans des lieux de rituels qui reflètent parfaitement le brassage ethnique et culturel de Mayotte, ainsi que la cohabitation de plusieurs religions, même si l’Islam se taille une large prédominance. On y pratique alors des rituels d’origine malgache (« trumba »), africaine (« maganja ») et d’inspiration musulmane (« mawulida ya shenge »). C’est un lieu de rituel qui fait l’objet d’une pratique animiste ou relative à la religion ou les deux à la fois.

LES ESPRITS VENUS D’AILLEURS

En provenance de la forêt, ce sont les esprits les plus proches des hommes, les plus familiers : les « djinns » dits « patrossi ».
L’accession aux Ziyara se fait par l’intermédiaire de personnes « habilitées » (selon la nature du Ziyara) et des rituels bien définis par des pratiques et cérémonies. En général, on fait appel à un Zyara pour satisfaire un certain besoin social ou pour mieux affirmer la notion d’identité (circoncision, faire venir la pluie…).
Si vous avez l’occasion de vivre quelque temps à Mayotte, avec une curiosité un peu plus poussée, vous ne manquerez certainement pas l’occasion d’assister aux principaux rituels que sont le « mawulida ya shenge » ou « shenge », le « rumbu » et le « ngoma ».

  • Le « shenge » est une cérémonie d’inspiration musulmane qui honore les esprits aborigènes de Mayotte aux origines musulmanes.
  • Le « rumbu » concerne les esprits des rois décédés. Certains sont enterrés au promontoire de Mahabou. Lors de ces rituels, l’alcool coule à flots dans une animation musicale à base de « dzindze » (instruments à cordes).
  • Le « ngoma » concerne les esprits de la forêt, les « mugala » et les fameux « patrossi ». Ceux-ci apprécient particulièrement le sang des zébus, des chèvres et des volailles…Dans les cérémonies, ils consomment en général de l’eau de rose (le « mawarde ») et du parfum « pompéia » très utilisé dans les rituels vaudou. Ce « parfum magique » est le fruit de la concoction de plusieurs sortes de poudres et produits d’origine haïtienne. Les plus croyants laissent entendre qu’en se frictionnant ou qu’en mélangeant ces parfums à l’eau de son bain, on peut attirer les personnes de sexe opposé. Certains en feraient appel à des fins professionnelles ou pendant les campagnes électorales.
     
En provenance de la forêt, les esprits les plus proches des hommes et les plus familiers sont les « djinns » dits « patrossi ». - DR

En provenance de la forêt, les esprits les plus proches des hommes et les plus familiers sont les « djinns » dits « patrossi ».

Précision

À noter que ces pratiques sont à différencier de la sorcellerie. Celle-ci se fait dans la discrétion puisqu’elle relève de la tricherie, d’actes délibérément malintentionnés sous l’égide d’esprits maléfiques.


 

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