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Océan Indien

L’impôt est-il un vol vraiment nécessaire ?

1 fév 2019 | PAR Alain Foulon | N°336

Suite à l’élection présidentielle malgache, on se prend à rêver qu’Andry Rajoelina va enfin donner tort au général de Gaulle. On connaît, en effet, la boutade assez méchante de ce dernier : « Madagascar est un pays d’avenir et le restera. » Hélas, l’Histoire lui a donné raison jusqu’à maintenant. Après l’expérience collectiviste désastreuse menée par Didier Ratsiraka de 1975 à 1985, la Grande Île s’est enfoncée dans la misère bien qu’étant potentiellement un pays très riche. Les crises politiques se sont succédé et, malgré leur résilience, les entreprises n’ont pu créer autant de richesse qu’elles auraient pu le faire avec un État de droit et une bonne stratégie de développement. La croissance économique a été bien insuffisante pour répondre à celle de la démographie. Si bien que la consommation par tête d’habitant a été divisée par deux depuis l’indépendance acquise en 1960. Avec ses richesses naturelles et sa main d’œuvre habile, Madagascar pourrait s’éveillait très vite et devenir le tigre de l’océan Indien. Si Andry Rajoelina atteint cet objectif qu’il s’est fixé, il pourrait entrer dans l’Histoire. Nous l’expliquons dans nos pages consacrées à l’élection présidentielle qui vient de se tenir et qui, miraculeusement, n’a pas généré de nouvelle crise. 

Une lueur d’espoir dans la morosité ambiante

Les entrepreneurs de la région ont aujourd’hui les yeux tournés vers la Grande Île pour voir si Andry Rajoelina va devenir le Lee Kuan Yew (*) malgache. On pourrait alors parler encore une fois de miracle, et rien n’est jamais impossible. Avec une année 2019 placée sous le signe de la morosité économique mondiale, les entrepreneurs de la région ont bien besoin de cette lueur d’espoir. À Maurice, avec les élections qui approchent et un pouvoir politique quelque peu discrédité, on peut s’attendre à de l’attentisme de la part des investisseurs. Du côté de La Réunion, qui a vécu la crise des Gilets jaunes à l’instar de l’Hexagone, l’incertitude est aussi de mise. Mais le pire n’est pas certain. Si le Medef local est écouté et que le pouvoir parisien accorde à l’île un statut de zone franche fiscale et sociale, il y a de quoi doper la croissance et l’emploi.    
Au-delà de certaines revendications irréalistes, le mouvement des Gilets jaunes a le mérite d’avoir soulevé deux questions essentielles. D’une part, celle de la subsidiarité et de la démocratie participative et, d’autre part, celle de la fiscalité de plus en plus lourde qui paupérise les classes moyennes.   
L’impôt personnel et progressif sur le revenu qui rapporte 76 milliards d’euros à l’État (contre 276 milliards pour la TVA) n’a vu le jour, en France, qu’en 1914. Et avant même qu’il ne soit instauré, Vilfredo Pareto avait prédit ses dérives. « Si, en France, on établit l’impôt sur le revenu, on commencera avec un taux progressif fort supportable et puis, chaque année, à l’occasion du budget, on l’augmentera », écrivait alors l’économiste et sociologue italien. 

Toujours plus d’impôts, de taxes et de prélèvements

Cet impôt sur le revenu visait à plus de justice sociale à travers ce qu’on appelle la redistribution. Une louable intention, sauf que son poids est devenu écrasant et qu’une multitude d’autres impôts, prélèvements et taxes se sont ajoutés, et que la gestion de tout cet argent public est devenue floue. L’État est vorace mais pas forcément bon gestionnaire. Comme le disent crûment les Gilets jaunes : « On veut savoir ce qu’ils font avec notre pognon ! » 
Non seulement trop d’impôt tue l’impôt, mais il arrive un moment où il ressemble à un vol, « purement et simplement », comme le disait l’économiste et philosophe politique américain Murray Rothbard (1926-1995). « Un vol commis à un niveau colossal, auquel les criminels ordinaires n’oseraient prétendre. »
Le vol le plus manifeste est d’ailleurs l’impôt sur les successions qui n’existe pas dans de nombreux pays, y compris dans l’Union européenne. À ce sujet, il est assez drôle de voir les disparités importantes, en matière de fiscalité, qui existent au sein de l’Union européenne. On y trouve même de véritables paradis fiscaux tels que Le Luxembourg et Malte. Puisque le président Emmanuel Macron est un européen convaincu, il devrait y réfléchir. Le mouvement des Gilets jaunes a rendu nécessaire cette réflexion de fond. Comment redonner de la légitimité à l’impôt et jusqu’à quel niveau est-il supportable ?
 
(*) Lee Kuan Yew, au pouvoir de 1959 à 1990, a fait du village de pêcheur qu’était Singapour une cité-État qui a étonné le monde entier et passe pour un modèle.

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