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L’indigence de la pensée politique

14 avr 2014 | PAR Alain Foulon | N°284
Les dirigeants français actuels ont perdu tout sens de l’histoire et ne prennent leurs décisions qu’en fonction des idéologies au goût du jour. - Stocklib © Sergey Nivens

Pour ouvrir le bal, on pourrait imaginer que ça bouge dans le canal du Mozambique, plus exactement du côté de l’archipel des Comores. Il est possible en effet que le président de l’Union des Comores, Ikililou Dhoinine, reçoive une lettre de son homologue François Hollande l’informant que la France abandonne sa souveraineté sur Mayotte et propose sa réintégration au sein de l’ensemble comorien, comme le réclame l’ONU. Bien sûr, je plaisante… Mais cette position serait cohérente au regard de celle adoptée par la France dans le dossier de la Crimée. Si le principe de continuité territoriale prime sur celui des peuples à disposer d’eux-mêmes, Mayotte aurait dû suivre les trois îles de l’archipel dans la voie de l’indépendance en 1975. Si la liberté des peuples est plus importante, alors la France devrait reconnaître celle des habitants de Crimée qui n’ont jamais été consultés lors de leur rattachement à l’Ukraine en 1954. La « communauté internationale » (ce qui ne veut pas dire grande chose et se limite surtout à l’avis de Washington) ne reconnaît pas le référendum qui vient d’être organisé en Crimée, mais elle ne reconnaît pas davantage les référendums organisés par la France à Mayotte, dont le dernier en a fait un département. Il y a un proverbe réunionnais qui dit qu’il faut avoir le fond de son pantalon propre quand on monte au cocotier. Les dirigeants français actuels devraient le méditer. Mais le problème, c’est que, pour la plupart, ils ont perdu tout sens de l’histoire et ne prennent leurs décisions qu’en fonction des idéologies au goût du jour. Le philosophe français Michel Onfray le confirme dans un récent entretien accordé à l’hebdomadaire mauricien « Week-end » (16 mars 2013). « J’ai eu l’occasion d’interviewer Sarkozy pour « Philosophie Magazine » et Hollande pour « Le Nouvel Observateur », ce qui m’a permis de mesurer leur inculture… » Et au journaliste qui lui demande s’il existe une différence de niveau entre les deux, Michel Onfray répond : « À mon avis, Hollande est le pire des deux. Les politiciens d’aujourd’hui ne sont pas des gens qui pensent et qui réfléchissent. »

Revenons à l’océan Indien et à La Réunion qui vient de vivre des élections municipales dont je ne dirai pas grand chose, ayant écrit cet éditorial avant d’en connaître les résultats. Ce n’est d’ailleurs pas nécessaire pour dire que Jean-Paul Virapoullé et Paul Vergès – deux brillants politiciens – ont quand même perverti le débat pendant une bonne trentaine d’années, le transformant en un combat entre l’appartenance à la France et l’indépendance. Au bout du compte, c’est sans doute Paul Vergès qui a permis d’éviter l’indépendance en canalisant tous les mécontentements et en marginalisant les vrais indépendantistes. Il a fini sénateur et président de région. De son côté, Jean-Paul Virapoullé, croyant bien faire dans ce combat manichéen, a fait inscrire dans la Constitution (article 73) une petite phrase qui enlève à La Réunion toute maîtrise de son destin économique. Il est bon de citer tout d’abord l’article 73 pour comprendre : « Dans les départements et les régions d'outre-mer, les lois et règlements sont applicables de plein droit. Ils peuvent faire l'objet d'adaptations tenant aux caractéristiques et contraintes particulières de ces collectivités. Ces adaptations peuvent être décidées par ces collectivités dans les matières où s'exercent leurs compétences et si elles y ont été habilitées selon le cas, par la loi ou par le règlement. Par dérogation au premier alinéa et pour tenir compte de leurs spécificités, les collectivités régies par le présent article peuvent être habilitées, selon le cas, par la loi ou par le règlement, à fixer elles-mêmes les règles applicables sur leur territoire, dans un nombre limité de matières pouvant relever du domaine de la loi ou du règlement. Ces règles ne peuvent porter sur la nationalité, les droits civiques, les garanties des libertés publiques, l'état et la capacité des personnes, l'organisation de la justice, le droit pénal, la procédure pénale, la politique étrangère, la défense, la sécurité et l'ordre publics, la monnaie, le crédit et les changes, ainsi que le droit électoral… » Comme on peut le constater, cela donne une certaine marge de manœuvre à l’Outre-mer français, en particulier dans l’économie. Mais la petite phrase, qui a été ajoutée à la demande de Jean-Paul Virapoullé, alors parlementaire, en exclut La Réunion : « La disposition prévue aux deux précédents alinéas n'est pas applicable au département et à la région de La Réunion. » Il faudra bien gommer tôt ou tard cette phrase si l’on veut s’engager sur la voie de la subsidiarité. Et la droite ne devrait pas laisser le monopole de ce combat à la gauche qui, d’ailleurs, est souvent plus jacobine. Ce n’est plus une question de droite ou de gauche, mais un enjeu pour La Réunion.
Celui de maîtriser son développement économique.

 

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