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Réunion

L’innovation comme levier de croissance

1 mar 2019 | PAR Ignace de Witte | N°337
Pour l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), l’innovation se définit comme l’ensemble des démarches scientifiques, technologiques, organisationnelles, financières et commerciales qui aboutissent, ou sont censées aboutir, à la réalisation de produits ou procédés technologiquement nouveaux ou améliorés. Stocklib/Dusit Panyakhom
On parlait autrefois de R&D (recherche et développement), on parle maintenant de RDI (recherche, développement et innovation). La RDI est un domaine où les grandes nations se font une concurrence féroce, car l’innovation peut donner un avantage économique décisif.

La RDI (recherche, développement et innovation) est aujourd’hui totalement délocalisée et chaque région du monde peut et doit apporter sa contribution, basée sur ses spécificités. La Réunion a ainsi toute sa place dans la RDI française, européenne et même mondiale. Elle se distingue d’ailleurs régulièrement. Historiquement, c’est l’industrie sucrière qui a donné aux Réunionnais les premières opportunités de développer de nouvelles technologies, d’innover. Aujourd’hui, l’innovation réunionnaise concerne de nombreux domaines, dont certains sont évidents (construction en milieu tropical et énergies renouvelables), d’autres plus surprenants (santé et alimentation). 
Il existe un indicateur du niveau d’innovation d’un territoire, le nombre de brevets déposés : La Réunion en dépose entre 13 et 17 chaque année auprès de l’INPI (Institut national de la propriété industrielle). Autre bon indicateur : i-Lab, un concours national ouvert à tous ceux qui ont un projet de création d’entreprise à technologie innovante. i-Lab a été lancé en 1999 par Claude Allègre, alors ministre de l’Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie, et a récompensé à ce jour 3 412 lauréats, dont une trentaine de Réunionnais, certains ayant même été primés à deux reprises.

Accompagner les start-up

Depuis 2018, non seulement les lauréats reçoivent une subvention (en moyenne 250 000 euros), mais ils bénéficient maintenant d’un accompagnement adapté, pour passer plus vite du projet à la réalité (création de l’entreprise et début d’activité). Comme l’explique Frédérique Vidal, l’actuelle ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, « le gouvernement est plus déterminé que jamais à stimuler l’innovation de rupture, en facilitant la création d’entreprises par des chercheurs, en levant les obstacles juridiques et administratifs qui aujourd’hui freinent l’innovation, et en renforçant le financement et l’accompagnement des start-up les plus prometteuses ».
Abel Hiol, DRRT (délégué régional à la Recherche et à la Technologie) de La Réunion, complète : « L’innovation fait partie des missions régaliennes de l’État. » Le concours récompense ainsi par un « grand prix » les projets qui répondent à l’un des dix grands défis auxquels doit faire face la nation : 

  1. Gestion sobre des ressources et adaptation aux changements climatiques ;
  2. Renouveau industriel ;
  3. Santé et bien-être ;
  4. Sécurité alimentaire et défi démographique ;
  5. Mobilité et systèmes urbains durables ;
  6. Société de l’information et de la communication ;
  7. Société innovante, intégrante et adaptative ;
  8. Liberté et sécurité de l’Europe, de ses citoyens et de ses résidents ;
  9. Une ambition spatiale pour l’Europe.
  10. Innover mais également former

Pour le préfet Amaury de Saint-Quentin, représentant de l’État, les plus grands défis à relever localement sont : « Accompagner l’évolution du climat, respecter l’environnement et le développer de manière harmonieuse, faire croître notre société en soutenant les plus faibles. Ces défis, La Réunion les vit au quotidien. Or, depuis vingt ans, la force du territoire réunionnais a été de transformer les contraintes liées à l’insularité en un formidable levier pour faire de l’île un laboratoire de solutions exportables dans les domaines de la bio-économie, de l’économie digitale, de la santé et du défi du vieillissement, de l’énergie et du bâti tropical, de l’environnement et du vivre ensemble. »
La Réunion doit tirer profit de ses spécificités géographiques, démographiques, insulaires, etc. mais l’innovation peut venir de n’importe où, parfois de là où l’on s’y attend le moins, c’est pour cela que la RDI réunionnaise ne se focalise pas sur ses domaines de prédilection mais reste ouverte à 360°.
Si l’innovation est indispensable à l’entreprise et à la nation pour se développer, la formation est tout aussi indispensable, pour intégrer cette innovation. Ce sera le thème d’un prochain dossier de l’Éco Austral. 

Des étudiants entrepreneurs
Une vingtaine d’étudiants à La Réunion sont actuellement à la tête d’une entreprise, c’est-à-dire avec un numéro Siret (système d’identification du répertoire des établissements), tout en bénéficiant de leur couverture sociale étudiante. En 2013, 30 Pepite (Pôles étudiants pour l’innovation, le transfert et l’entrepreneuriat) ont été créés en France. Selon le rapport d’évaluation du dispositif remis à la ministre Frédérique Vidal le 17 janvier dernier, « le concept Pepite est pertinent mais peut être renforcé et professionnalisé sur l’ensemble du territoire ». La ministre a déclaré : « L’entrepreneuriat étudiant est un sujet essentiel, auquel je suis personnellement très attachée. J’annoncerai dans les prochains mois des mesures pour que notre modèle d’entrepreneuriat étudiant change de dimension. » Depuis la mise en place d’un statut national d’étudiant-entrepreneur, au total, près de 8 000 étudiants en ont bénéficié au niveau national et le nombre progresse très nettement. À La Réunion, Pepite s’appelle P2ER (Pôle de l’entrepreneuriat étudiant de La Réunion) et peut être joint à l’adresse email p2er@univ-reunion.fr ou par téléphone au 0262 93 83 31. 
Pôles de compétitivité : Qualitropic labellisé pour quatre ans
Le Premier ministre Édouard Philippe a annoncé en juin 2018 le lancement d’une phase IV des pôles de compétitivité, guidée par une ambition : faire de la France la première nation d’innovation en Europe. Les pôles avaient jusqu’au 19 octobre 2018 pour déposer le dossier de renouvellement de leur label. Sur 66 pôles existant en phase III, 56 dossiers ont été déposés (car certains pôles ont décidé de fusionner pour être plus forts) et 48 ont finalement été retenus, dont Qualitropic à La Réunion. Les critères de labellisation étaient les résultats obtenus au cours de la phase III (brevets, innovations, emplois créés…) mais surtout l’ambition européenne et la mobilisation de financements privés.
Pour Delphine Geny-Stephann, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, « depuis maintenant plus d’un an, le gouvernement met en place un cadre favorable à la création, à la disruption et à l’investissement dans les nouvelles technologies. Nous avons transformé notre fiscalité pour favoriser la prise de risque et le financement de nos entreprises en fonds propres. Nous avons, dans un contexte budgétaire guidé par le rétablissement de l’équilibre de nos finances publiques, pérennisé des dispositifs d’innovation qui fonctionnent, en sanctuarisant le crédit impôt recherche. Avec la loi PACTE, que je porte actuellement au Parlement avec Bruno Le Maire, nous investissons massivement dans les technologies de rupture grâce à la création d’un fonds pour l’innovation et l’industrie doté de 10 milliards d’euros […] C’est en associant les meilleurs ingénieurs européens et les entreprises les plus prometteuses que nous arriverons à attirer des capitaux et faire naître des sociétés capables de rivaliser avec leurs concurrents américains, chinois et sans doute demain indiens ».
 
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