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L’orientation est mal conçue à l’école comme dans l’entreprise

1 sep 2016 | PAR Bernard Alvin | N°312
La plupart des jeunes éprouvent des difficultés à s’orienter. Et cela peut durer toute une vie. Stocklib/Le Moal Olivier
Pour notre épanouissement personnel et dans l’intérêt de la société, il est urgent d’en faire un moyen de rechercher ses potentiels, ses talents, ses qualités et caractéristiques de fond, en un mot : sa vocation, et d’appliquer cela dans le réel.

Quand nos enfants abordent la fin de leurs « années collège », ils sont invités à commencer à réfléchir à leur orientation. Trois ans plus tard, ils terminent leurs « années lycée » toujours aux prises avec la problématique de l’orientation. Ainsi, l’orientation est une problématique constante depuis la 3ème jusqu’à la fin des études supérieures. Et comme de nos jours, les jeunes font assez facilement des parcours estudiantins d’au moins cinq années, la problématique de l’orientation les habite ainsi pendant neuf ans. Pour quel résultat ? Combien de jeunes sont-ils vraiment sûrs de leur orientation à ce moment de leur vie ? Si l’on réalisait des sondages, ils donneraient « froid dans le dos » en montrant que très peu de jeunes savent vraiment ce qu’ils ont vocation à faire pour se sentir prêts à s’épanouir dans la vie professionnelle. 

UNE « RÉUSSITE PROFESSIONNELLE » SANS BONHEUR

Dans leurs premières années professionnelles, les jeunes vont chercher à « réussir », ce qui passe souvent par le fait de monter en grade, en salaire et en responsabilités.
Mais gagner plus d’argent, plus de responsabilités ou devenir chef ne rend pas nécessairement heureux. C’est pourtant comme cela qu’on conçoit généralement la réussite professionnelle. Au bout de quelques années, ce « modèle de réussite » peut rendre les personnes tellement peu confortables dans leur vie qu’elles sont amenées à se remettre en question. Autrefois, les entreprises leur proposaient des bilans de compétences ; aujourd’hui, on a plutôt recours au coaching même si le bilan existe toujours, sauf que le coaching est plus souvent centré sur les questions comportementales que sur l’orientation réelle. C’est ainsi qu’on peut mener tout un parcours scolaire et professionnel jusqu’à sa retraite sans s’être vraiment bien orienté. 

QU’EST-CE QU’UNE VÉRITABLE ORIENTATION ?

Mon expérience m’a amené à prendre conscience depuis quelques années qu’une véritable orientation était avant tout un processus continu et sans doute sans fin. Il s’agit de rechercher ses potentiels, ses talents, ses qualités et caractéristiques de fond, en un mot : sa vocation, puis à appliquer cela dans le réel. Il est clair que si l’on annonce à un jeune de 13 ou 14 ans qu’il est parti pour un parcours de cinquante ans d’orientation, il sera déconcerté. Et pourtant, n’est-il pas préférable de « dire la vérité », quitte à l’expliquer avec une pé-agogie intelligente, plutôt que de faire comme si l’on était prédestiné très tôt, et « ad vitam aeternam », à un job donné ? Certes, il est plus rassurant sur le plan psychologique de penser dès ses 14 ans qu’il est écrit que notre destinée est de devenir boulanger, avocat, médecin, enseignant, ingénieur informatique, militaire ou fonctionnaire… Mais ce cheminement « prédestiné » enferme chacun dans une voie étroite et peut l’empêcher de s’épanouir et donc de libérer toutes ses capacités. 

LE RISQUE DE LA « DOUBLE VIE »

Prenons un exemple de parcours pour illustrer l’importance de mener un travail continu sur son orientation. Cet exemple est basé sur un parcours réel mais modifié pour éviter de « dévoiler » cette personne. Nous l’appellerons « Lambda ».
Ce dernier se découvre une passion qu’on pourrait appeler « producteur de spectacle » dès ses 14 ans. Il monte des spectacles de la création à la vente avec des copains et copines et ça fonctionne. Il poursuit ce parcours en marge de sa scolarité, ce qui signifie qu’il mène une double vie, d’un côté le collège, puis le lycée, de l’autre une voie très riche d’épanouissement de sa personnalité. Cette double voie se poursuit une fois qu’il parvient aux études supérieures qu’il effectue dans une école de commerce. Il est diplômé au bout de quatre ans (+ deux ans de prépa) et brigue un premier poste en entreprise dans la fonction commerciale-marketing dans le secteur de la chimie. Il ne s’y épanouit pas et ses résultats ne sont pas brillants. Il décide de réorienter sa trajectoire professionnelle en se rapprochant de son autre voie qu’il a toujours cultivée. Il devient animateur, non pas de spectacles, mais de clients. Il intègre la formation dans ses animations. Comme ça se passe plutôt bien, on le nomme « cadre » pour le récompenser. Même s’il a mis plus de cohérence dans sa vie, il continue de poursuivre sa double vie ou double trajectoire. L’un des effets négatifs est qu’il constate un comportement différent selon qu’il se trouve dans l’une ou l’autre situation. 

MIEUX VAUT SE FAIRE ACCOMPAGNER

Lambda continue son opération « cohérence » en imaginant un nouveau service interne à son entreprise, plus en rapport avec son côté producteur de spectacles. Ce service est « vendu » en interne et il fonctionne aussitôt avec succès. Son côté producteur de spectacles a amené Lambda à faire de l’animation d’équipes et de projets depuis toujours. Il finit par en prendre conscience pour intégrer cela dans sa vie professionnelle et il se voit confier un job de manager. Mais animer des équipes autour d’un projet motivant est une chose, devenir un véritable développeur d’hommes sur un plan individuel et collectif en est une autre. Ne devient pas manager qui veut ! Et Lambda ne perce pas en tant que manager. In fine, il se repositionne comme animateur d’hommes et de projets et son avenir reste à écrire. Nul doute qu’il rencontrera encore beaucoup de péripéties avant de parvenir à une pleine cohérence de sa personne et un plein épanouissement de ses capacités naturelles. Lambda est un cas intéressant puisqu’au fond, il a compris intuitivement que l’orientation était un parcours et qu’il a changé régulièrement de positionnement pour renforcer progressivement sa cohérence personnelle. La méthode qu’il suit inconsciemment peut s’appeler « essais-erreurs ». C’est-à-dire qu’il se lance dans des positions concrètes et, ensuite, il se remet en question quand il observe qu’il y a des couacs. Un tel parcours est sans doute chronophage et dévoreur d’énergies. Cependant, il a le mérite d’intégrer le fait qu’une orientation est un parcours évolutif en continu.
Y a t il une meilleure démarche que la méthode « essais-erreurs » ? Très certainement et il me semble que l’idéal consiste à se faire accompagner dans le temps par un expert en orientation. Il n’est pas nécessaire de voir cet expert chaque jour, mais d’avoir des échanges avec lui pour définir les étapes à franchir et en faire le bilan au fur et à mesure. 

OUI AU VIRUS DE L’ENTHOUSIASME !

Cette démarche va permettre à la personne accompagnée de mener son parcours d’orientation en optimisant son temps et son énergie. Les enjeux sont considérables tant pour les personnes que pour leurs entreprises. Sur un plan personnel, il s’agit d’accomplir une vie très riche et très épanouie, en un mot très heureuse. Sur un plan professionnel, il s’agit de diffuser le virus du bonheur et de l’épanouissement dans toutes les strates de l’entreprise, au point de « contaminer » également les clients et l’environnement de l’entreprise. Un jour, l’un des grands spécialistes internationaux de l’orientation m’avait dit une chose que je n’ai jamais oubliée : « L’enthousiasme personnel est un virus qui se transmet aux autres à grande vitesse, au point de pouvoir rapidement ‘contaminer’ des équipes entières au sein d’une ou plusieurs entreprises. »
Je ne serai pas mécontent de voir un jour ce virus provoquer une épidémie chez nos congénères !
Bernard Alvin

 
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