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Afrique

Louise Mushikiwabo va-t-elle sonner le réveil de la Francophonie ?

1 oct 2018 | PAR Alain Foulon | N°333

Après la tenue du XVIIe sommet de la Francophonie à Erevan (Arménie), les 11 et 12 octobre 2018, et le consensus politique qui a désigné Louise Mushikiwabo pour succéder à Michaëlle Jean au poste de secrétaire générale de l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie), on ne peut que regretter une nouvelle fois l’échec de Jean-Claude de L’Estrac en 2014 au sommet de Dakar. Un échec dû au président François Hollande qui a imposé au dernier moment la Canadienne Michaëlle Jean. Le bilan de cette dernière, après quatre ans de mandat, étant proche de zéro, on mesure le temps perdu. C’est d’ailleurs la première fois qu’un secrétaire général ne voit pas son mandat renouvelé. Même son pays, le Canada, a lâché Michaëlle Jean. Il faut dire que le président français Emmanuel Macron s’était accordé avec l’Union africaine pour soutenir la ministre des Affaires étrangères du Rwanda. Le Canada s’est donc rangé derrière le consensus. Mais, selon tv5monde.com, il aurait réussi à obtenir de Paris deux contreparties : son soutien pour obtenir un siège de membre non permanent au Conseil de sécurité de l'ONU et la suspension de la demande d'adhésion à l’OIF de l'Arabie saoudite, pays en froid avec le Canada depuis l'expulsion de son ambassadeur par Riyad. 

La « Realpolitik » d’Emmanuel Macron

Le soutien d’Emmanuel Macron à Louise Mushikiwabo, qui s’est distinguée par ses diatribes antifrançaises, a de quoi surprendre. Il faut y voir sans doute l’expression d’une Realpolitik visant à améliorer les relations avec un pays où règne en maître Paul Kagamé, très en pointe en Afrique. Le continent s’est d’ailleurs rangé derrière la candidature de Louise Mushikiwabo, une proche de Paul Kagamé, et, pour l’occasion, a mis de côté les exigences de démocratie dont le Rwanda est loin d’être un modèle. D’après ce qu’il a laissé entendre, le président Macron pense que l’ostracisme ne serait pas la bonne stratégie vis-à-vis du Rwanda et que le dialogue et le rapprochement feront évoluer favorablement cet État qui n’est pas tendre vis-à-vis des opposants.
Le plus drôle, pour la petite histoire, c’est que le Rwanda n’était plus à jour de ses cotisations à l’OIF depuis plusieurs années, comme l’a dévoilé Nicolas Beau dans mondafrique.com : « Selon des sources bien informées, en 2014, l’OIF a dû accorder au Rwanda une réduction de 50 % de sa contribution statutaire et s’entendre sur un calendrier de règlement des arriérés. Mais malgré cette réduction, durant les années 2015, 2016, 2017 et même 2018, le compte de ce pays était resté en souffrance pour une maigre contribution de 30 000 euros par année. » On peut penser que le pays des mille collines est passé à la caisse avant la désignation de sa candidate. Sinon, cela ferait désordre. 

Le recentrage du Rwanda : info ou intox ?

Quoi qu’il en soit, même si la France est de très loin le premier financeur de l’OIF, au vu du poids de l’Afrique au sein de la communauté francophone (55 % actuellement, 85 % en 2050), il est légitime que le secrétaire général de l’OIF soit issu de ce continent. C’était le cas du candidat mauricien Jean-Claude de L’Estrac en 2014 qui, malheureusement, n’a pas bénéficié d’un soutien unanime des États africains et, au final, s’est fait torpiller par François Hollande. Un candidat qui n’avait rien de sulfureux, au contraire de Louise Mushikiwabo, et se montrait un bon analyste de la géopolitique mondiale et des relations entre l’Afrique et l’Asie. Mais on ne refait pas l’histoire ! Aujourd’hui, la question est de savoir si le pari risqué d’Emmanuel Macron sera payant et, surtout, si la nouvelle secrétaire générale de l’OIF, qui prendra ses fonctions en janvier 2019, va réveiller la Francophonie. Pour l’instant, on ne sait pas grand-chose de son « programme » sinon qu’elle entend donner plus de visibilité à son organisation. Est-ce un engagement sincère ou une annonce politicienne ? Quelle est la stratégie du Rwanda en s’impliquant dans une organisation qui ne semblait pas l’intéresser beaucoup jusqu’alors ? Ce petit pays, marqué par le génocide de 1994, a été pendant longtemps activement soutenu par les États-Unis, mais les relations se sont refroidies et plus particulièrement depuis l’arrivée de Donald Trump. Cela pourrait expliquer son recentrage actuel.

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