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Luc Billard innove avec les sous-marins privés

1 déc 2017 | PAR Jacques Rombi | N°325
Les sous-marins permettent de côtoyer les épaves après le récif de Grand Baie, par moins de 35 mètres. Blue Safari
Ce marin français ne savait pas qu’il allait fonder l’un des seuls centres de sous-marins privés au monde (*) quand il débarquait à l’île Maurice en 1995. Une activité innovante qui est devenue une attraction touristique de premier plan.

« Je suis un navigateur, mais c’est à la voile que j’ai fait le tour du monde, dans la course qui se nomme aujourd’hui la Volvo Ocean Race. » Au côté de son ami Patrick Therond, L’ambition de Luc Billard est alors de lancer les premières croisières en catamaran autour de l’île. Un marché déjà occupé et qu’il devra oublier rapidement. Il se rapproche alors de Jean Michel Onofri, un jeune ingénieur qui construit un premier sous-marin de cinq personnes sur les chantiers de La Ciotat. « Le Business Model me semblait idéal à Maurice qui cumulait toutes les conditions pour exploiter ce type d’activité innovante : une côte nord-ouest abritée de la houle toute l’année, un accueil favorable des autorités et un vivier croissant de touristes au pouvoir d’achat conséquent (aujourd’hui une heure de sous-marin coûte environ 120 euros par personne - Ndlr). »
 

Luc Billard et l’un des « subscooters » qu’il a inventés et développés avec l’ingénieur Jean Michel Onofri.
Luc Billard et l’un des « subscooters » qu’il a inventés et développés avec l’ingénieur Jean Michel Onofri.   Jacques Rombi
 

DES BANQUES MOINS FRILEUSES QU’AUJOURD’HUI

Il reçoit son premier sous-marin en 1997 et les affaires démarrent bien, sauf qu’un incendie à bord du bateau support de l’époque emporte une partie de l’investissement estimé à plus de trois millions et demi de francs (environ 530 000 euros). Un baptême du feu qui ne décourage pas le jeune entrepreneur. « J’ai organisé une augmentation de capital qui, cumulée à un prêt bancaire, m’a permis de redémarrer. J’en profite pour souligner au passage combien les banques étaient moins frileuses qu’aujourd’hui... »
En tous cas, le lancement bis est couronné de succès pour Blue Safari Submarine qui fidélise les plus gros réceptifs de l’époque comme Mauritours, White Sand et Concorde. Un second sous-marin de dix places est acquis en 2000 en Finlande, puis un troisième en 2006. Celui-ci dort encore sur les quais de Port-Louis pour cause de crise financière. « Nous avons commencé à l’équiper quand la crise de 2008 a frappé la destination et notre chiffre d’affaires a baissé alors de 30%. Pour le moment, il est en stand-by car il nous faut injecter 20 millions de roupies pour le terminer (environ 500 000 euros). » Dixit l’entrepreneur de l’océan qui apparemment ne se décourage jamais, et pour cause : « Depuis quatre ans, notre chiffre d’affaires a recommencé à progresser avec une croissance à deux chiffres, aussi je réfléchis à une stratégie pour que mon équipe soit de plus en plus autonome et responsable de la gestion de l’entreprise... » En fait, Luc Billard nourrit d’autres projets comme ces « subscooters » qu’il a inventés et développés aux côtés de Jean Michel Onofri en 2005. « Nous en avons construits douze et en exploitons cinq, les autres ont été vendus à l’export. » Ces scooters reposent sur le principe d’Archimède, c’est à dire qu’une bulle d’air isolée dans un scaphandre permet au pilote et son passager de respirer naturellement sans aucun appareillage. Ces « subscooters » sont utilisables à 3 mètres de profondeur, soit pour à peu près tout le monde. 
 

Le « subscooter » permet de se balader en scooter sous l’eau en toute simplicité.
Le « subscooter » permet de se balader en scooter sous l’eau en toute simplicité.  Blue Safari
 

LA REDISTRIBUTION POUR FIDÉLISER LES SALARIÉS

Aujourd’hui, Blue Safari Submarine est positionné sur un segment d’activité plutôt exclusif, réalise 90 millions de roupies de CA (environ 2,2 millions d’euros) dont 80% sont issus des tour-opérateurs et réceptifs, le reste de la clientèle (95% étrangère) d’un marketing direct, des conciergeries ou encore des rabatteurs comme les taxiteurs. Bon an, mal an, ce sont 30 000 clients qui font l’expérience des « subscooters » ou des sous-marins basés à Trou aux biches. Une affaire qui peut faire des envieux mais qui nécessite environ 400 000 euros chaque année en maintenance. « Nos sous-marins sont démontés et révisés à 80% chaque année et entièrement tous les trois ans. » En outre, ce type d’activité très pointue demande de s’appuyer sur une solide équipe de professionnels de la mer. « Il faut vraiment fidéliser chaque membre du staff et, pour cela, j’ai mis en place un système innovant de redistribution de 20% du chiffre d’affaires annuel. Les 57 salariés ont chacun une note qui prend en compte plusieurs critères comme leur implication dans l’entreprise ou encore leur taux d’absentéisme. En fonction de tous ces critères, une note sur 20 leur est attribuée et le pourcentage de redistribution permet à certains de cumuler jusqu’à trois mois de salaires supplémentaires en fin d’année. » Un intelligent système qui prouve encore une fois que le moteur d’une entreprise, c’est la motivation des ressources humaines. À méditer... 

(*) Il n’y a que 13 bases de sous-marins privés dans le monde dont 6 pour la seule enseigne canadienne Atlantis.

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